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Périscope : Cassus Belli

Les Etats-Unis pressent la Turquie, allié stratégique, de lui fournir des soldats et d’autoriser l’ouverture de ses bases aériennes et de ses ports, en prévision d’une frappe contre l’Irak. Ce qu’attend Washington de la Turquie est énorme et rappelle à plusieurs égards les pires périodes de la guerre froide. L’Administration Bush demande la permission de déployer une centaine de milliers de soldats aux frontières entre Ankara et Bagdad et exige que la Turquie mette à sa disposition 35.000 hommes.
De très hauts responsables américains se trouvent déjà sur place pour négocier la mise immédiate à la disposition de Washington d’une division armée turque, soit ente 17.000 et 20.000 soldats, pour envahir l’Irak. C’est réellement impressionnant puisqu’en contrepartie de cet apport logistique et militaire, la Turquie verrait sa dette militaire, de six milliards de dollars, effacée.
Les préparatifs américains ne laissent planer aucun doute sur les desseins de Washington. Dans ces conditions, les inspections de l’ONU en Irak servent-elles à quelques choses ? En réalité non, si ce n’est à entretenir des illusions. La messe serait déjà dite, car les Etats-Unis sont en train de concrétiser leurs menaces contre Saddam Hussein ce qui devrait entraîner, à terme, un remaniement complet de la carte du Moyen-Orient. On planche déjà sur la configuration du futur Etat. L’Irak post-Saddam Hussein devrait en principe voir naître un Etat kurde, dans le cadre d’un Etat fédéral irakien. D’où l’importance stratégique du rôle et de la réaction de la Turquie directement concernée par tout ce qui touche de près ou de loin à cette question.
Jusqu’à présent, elle s’est catégoriquement opposée à pareil scénario. Le gouvernement sortant, celui de bülent Ecevit, considérait la création d’un Etat turc comme un «cassus belli». L’actuel gouvernement, islamiste par son appartenance partisane et plutôt enclin à se solidariser avec les Arabes, se garde bien de se dévoiler. Mais, jusqu’à quand ? Les événements se précipitent et il doit bien prendre position. L’absence d’une vision politique turque sur le dossier irakien est patente. Mais, l’armée veille et la continuité de l’Etat ne fait aucun doute. Dans ces conditions, le «cassus belli» défendu par Ankara fait naître bien des interrogations. À qui s’adresse cette mise en garde? À l’Irak. Cela n’a pas de sens. Faut-il alors déclarer la guerre aux Etats-Unis ? C’est l’impasse. Et c’est pourquoi, la seule chose que sait faire la Turquie c’est menacer !

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