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Cadrage : Valeurs approximatives

Les élections communales sont perçues par les partis politiques marocains comme un scrutin secondaire. L’élite politique est beaucoup plus attirée par les Législatives qu’elle considère comme étant l’apothéose de sa réussite et de son ancrage sur l’échiquier politique national. Il est vrai que la députation mène à la fois à la notoriété nationale et à la gouvernance de la chose publique quand la majorité est acquise. Mais le sens de la différenciation entre le Parlement et le conseil communal tel qu’il est perçu par nos politiques est trop disproportionné pour pouvoir refléter la réalité. Cette vision trouve ses origines dans les péripéties houleuses qu’a connues la démocratie marocaine depuis l’indépendance. Le conflit entre le pouvoir et les partis dits démocratiques a creusé un grand fossé entre les deux antagonistes qui a poussé le premier à ne pas impliquer les forces politiques dans la gestion gouvernementale. Ce faisant tout au long de quatre décennies, la lutte des uns et des autres s’est cantonnée dans la bataille des élections législatives. Les partis politiques étant toujours à la recherche d’une légitimité populaire par le biais d’un scrutin national. Cette lutte concentrée sur ce seul terrain a fait oublier à l’élite politique la valeur réelle de la gestion locale. Une perception fausse qui les a poussés à se comporter avec les Communales comme étant un scrutin de second rang. Une idée complètement récusée par l’essence même d’un parti politique qui prêche la proximité et surtout l’autonomie de gestion, par le truchement de la majorité, de toute une ville ou agglomération rurale. Ailleurs, tous les mastodontes de la politique ont fait leurs premières classes dans la gestion des collectivités locales. C’est le cas de la France, par exemple, où la plupart des ministres sont issues des mairies, des cantons et des conseils régionaux. Chez nous, on inverse le sens de la pyramide de telle sorte que l’élite des partis politiques ne vise que la députation et laisse toute la latitude à ses sections régionales pour cautionner les candidats aux Communales. Les élections communales ne sont devenues importantes pour certains qu’après qu’elles aient ouvert la porte à la chambre des Conseillers. Autrement les partis politiques avalisent la candidature de gens dont la moralité est mise en cause y compris des personnes qui ont eu des démêlés avec la justice. À tel point que les conseils communaux et ruraux regorgent, jusqu’à ce jour, de personnes de tout acabit à partir des incultes et des illettrés jusqu’aux escrocs avérés. Certains ont été épinglés par la justice, d’autres et ils sont légion ont été épargnés pour on ne sait quelle raison à part celle de l’impunité.
L’ex-ministre de l’intérieur n’avait-il pas déclaré devant le Parlement que pas moins de 120 présidents de communes étaient accusés de dilapidation des deniers publics? Quand on paye pour devenir élu, c’est que l’on attend une contrepartie en retour surtout quand la réforme de la charte communale permet toujours aux illettrés de siéger dans un conseil et à un détenteur de certificat d’études primaire de le présider.
La proximité ne se conjugue pas avec l’ignorance dans la gestion d’une ville, sinon elle débouche sur une débâcle d’une ampleur égale à celle des dernières inondations.