La démocratie locale a-t-elle un avenir au Maroc ? Le pays peut-il renouveler ses conseils communaux sans reconduire les mêmes travers qui ont conduit depuis 1976 au gâchis actuel ? Comment optimiser le rendement des collectivités locales selon les critères d’une bonne gouvernance à même d’injecter de la vraie urbanité dans les villes ?
Autant de questions qui sont d’actualité à l’approche des élections communales prévues en octobre 2003. Si l’issue de ces échéances va consacrer le même fait local avec ses effets ravageurs, faire émerger le même profil de présidents et de conseillers, cela ne sert à rien de les organiser. D’abord, parce que les collectivités locales au Maroc, de l’avis de tous, sont malades et leurs animateurs sur leur terrain ont prouvé depuis longtemps ce qu’ils savent faire. Ensuite, parce qu’il est contre-productif de vouloir tenir de nouvelles élections sans faire le bilan de l’expérience de 1976 jusqu’à aujourd’hui et marquer une halte salutaire pour réfléchir aux meilleurs moyens de sortir la démocratie locale de l’incurie où elle s’est vautrée depuis plus de deux décennies. Enfin, si au nom de la démocratie, le pays doit de nouveau livrer la chose publique et les citoyens à des élus ripoux, cela relève de la politique de l’autruche et d’une certaine complicité qui ne dit pas son nom.
Alors qu’est ce qu’il faut faire ? Il faut arrêter de présenter le projet de réforme de la Charte communale de 1976 comme le remède aux mille et un maux des communes. Car ce texte n’a montré ses limites et ses insuffisances que dans les mesures où nombre de ses dispositions ont été dévoyées. Toute loi ne valant que par la qualité des hommes qui sont chargés de l’exécuter et de ceux qui ont obligation de veiller à sa bonne application, il est fort à craindre que la nouvelle réforme communale ne connaisse le même sort que la charte initiale, en l’absence des conditions objectives pour la faire vivre sur des bases efficaces, saines et transparentes. Ce qui nous conduit à parler de la responsabilité de partis politiques qui fournissent le personnel communal. C’est cette machine à écrémer une élite locale digne de ce nom qui est en panne. On a vu le type de profil qui brigue les mandats électifs dans ce pays. Les pouvoirs publics doivent aller au-delà de la concertation avec les partis sur le dispositif en termes de mode de scrutin approprié ou du découpage électoral…Ils ont aussi le devoir au nom de la réhabilitation de l’action communale pour l’intérêt des populations de cogérer en amont avec leurs interlocuteurs les candidatures et le choix des hommes en s’entendant sur un minimum de critères que doit remplir les différents postulants. L’affaire des investitures est trop sérieuse pour la laisser entre les seules mains de structures partisanes dont l’état de santé laisse à désirer. En un mot, il s’agit de faire en sorte que “l’État coach“, auquel appelle le CGEM pour la conduite des affaires économiques du pays, puisse s’exercer également dans le domaine communal avec un système de contrôle et d’évaluation régulier. Pour que le Maroc aussi bien des villes que des champs trouve enfin la voie du salut…








