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Fès : Une bombe à retardement

© D.R

La ville de Fès fait encore une fois la Une de la presse nationale. L’assassinat d’un jeune touriste français et l’agression à l’arme blanche de sa mère, alors qu’ils se baladaient dans les ruelles de la cité millénaire, a fait rejaillir le débat sur les problèmes socioéconomiques de la capitale spirituelle du Royaume.
Cet incident a aussi remis en surface le problème de la prolifération de l’islamisme dans cette ville. Car, aussitôt que l’incident s’était produit, les soupçons des observateurs se sont orientés vers la piste islamiste.
Faut-il rappeler que Fès était au coeur des événements qui ont marqué le Maroc ces deux dernières années, notamment en ce qui concerne la mouvance terroriste dite Salafiya Jihadia et les actes terroristes qui ont été perpétrés par les adeptes de ce mouvement intégriste ?
Il est donc normal qu’un incident pareil fasse immédiatement penser à un acte terroriste. Le profil de l’assassin et le fait qu’il ait visé des touristes étrangers ont certainement contribué à faire prospérer la thèse terroriste.
Mais, la réalité est ailleurs. Selon des sources policières informées, il s’agit d’un individu qui n’a de relation avec aucune mouvance islamiste et son acte n’a pas été motivé par des raisons idéologiques. « Il s’agit d’un acte isolé commis par un individu qui souffre de troubles psychiques très graves et qui, en plus, avait des problèmes de consommation de stupéfiants », affirme notre source.
Selon les premiers éléments de l’enquête diligentée par les services de la police judiciaire de la préfecture de la sûreté régionale de Fès, si le dénommé Abdelilah Benali, 29 ans, s’est attaqué aux deux touristes français c’est seulement par ce qu’ils se trouvaient en ce moment précis sur son chemin. Il ne s’agit donc pas de victimes préalablement ciblées. « Vu l’état dans lequel il se trouvait, il aurait pu s’attaquer à n’importe qui sur son chemin », affirme une source proche de l’enquête. Selon les premiers éléments de l’enquête, l’individu en question avait de grands problèmes financiers et souffrait de graves problèmes psychiques dus notamment au fait qu’il avait arrêté de consommer des stupéfiants depuis plus de deux mois.
Aide-menuisier depuis plusieurs années, il avait décidé, il y a quelques mois, de monter sa propre affaire et, pour ce faire, il avait contracté beaucoup de dettes. Or, les recettes de l’atelier étant très faibles, ses dettes se sont aggravées et il s’est retrouvé dans une situation encore plus difficile. Estimant que ses problèmes étaient dus notamment au fait qu’il était un toxicomane, il a décidé, il y a deux mois d’arrêter de se droguer. Or, durant ces deux mois, son état psychique s’est détérioré et il a commencé à chercher refuge dans la religion.
C’est ainsi qu’il commencera à se rendre de temps en temps à la mosquée de la Zaouia Tijania dans l’ancienne médina pour y faire ses prières. L’imam de cette mosquée, connue dans le monde entier pour être le lieu de pèlerinage de tous les adeptes du soufisme à la « tariqa tijania », a déclaré à la police que Benali ne faisait pas régulièrement ses prières dans cette mosquée.
« Il est venu me voir une fois pour me demander de lui apprendre à faire ses ablutions et m’avait dit qu’il venait d’arrêter de consommer de la drogue et qu’il avait besoin d’aide, mais, il ne venait que rarement à la mosquée », a déclaré l’imam de la Zaouia à la police. Il faut signaler que cette mosquée ne peut être taxée de lieu d’intégrisme étant donné que le soufisme est à l’opposé de l’islamisme radical.
Abdelilah Benali n’était donc pas un intégriste. Son acte criminel, il l’a perpétré sous l’effet de la drogue. Car, apparemment, quelques heures avant de commettre son crime, il avait mis fin à sa période de désaccoutumance et avait consommé une grande quantité d’hallucinogènes. Le médecin psychiatre qui l’a examiné juste après son arrestation à la demande des enquêteurs de la police judiciaire a expliqué à ces derniers que le mis en cause était dans un état psychique qui ne lui permettait même pas d’établir un diagnostic.
Ainsi, le cas de Abdelali Benali rappelle que la lutte contre l’insécurité à Fès ou dans n’importe quelle autre ville n’est pas uniquement une affaire policière. Car, le renforcement de la présence policière doit être accompagné par une politique globale de développement et d’amélioration de la situation socioéconomique. D’ailleurs, la sécurité de la ville de Fès a été renforcée ces derniers temps et les efforts déployés par la préfecture de police ont donné de très bons résultats. Selon les statistiques des services de la police judiciaire, il a été enregistré une baisse de plus de 60 % en ce qui concerne les actes d’agression.
Ainsi, Fès a besoin d’un projet de développement global. Or, les autorités élues, qui sont censées avoir une vision claire en ce qui concerne la résolution des problèmes de la ville, ont montré qu’elles en sont incapables.

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