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Ejaculation précoce : 30% des hommes concernés

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Entretien avec Dr Fadwa Saâdani, médecin psychothérapeute et sexologue

Les sexothérapies les plus couramment utilisées dans la prise en charge de l’éjaculation précoce sont les thérapies comportementales. Elles reposent sur un apprentissage qui permet au patient de moduler son excitation sexuelle, afin de la maintenir à des niveaux qui ne déclenchent pas l’éjaculation.

Si l’éjaculation précoce fait partie des sujets tabous dans une société comme la nôtre, il n’en demeure pas moins que cette problématique demeure répandue et concerne beaucoup de personnes. Loin d’être un simple dysfonctionnement organique, l’éjaculation précoce peut avoir un impact très lourd et négatif sur la vie de famille et l’avenir d’un couple. Pourtant des solutions existent et peuvent mettre un terme à la souffrance des personnes concernées. Dan cet entretien, Dr Saadani fait le tour de la question en détaillant les causes et l’impact sans oublier les pistes de solutions thérapeutiques et médicales. Interview.

ALM : Quelles sont les principales caractéristiques de l’éjaculation précoce chez les hommes ?

Dr Fadwa Saâdani : L’éjaculation précoce est le trouble sexuel masculin le plus fréquent. Elle peut toucher jusqu’à 30% des hommes.
Elle est définie par un délai entre le début de la pénétration et l’éjaculation de moins de deux minutes, avec une incapacité pour l’homme de retarder volontairement l’éjaculation, et entraînant des conséquences personnelles négatives telles que la gêne, la frustration ou l’évitement de l’intimité sexuelle.
L’éjaculation peut être primaire, c’est-à-dire qu’elle est présente depuis le début de l’activité sexuelle. Elle peut aussi être secondaire, apparaissant après une période de relations sexuelles avec un délai d’éjaculation normal.
Parfois l’éjaculation peut survenir avant même la pénétration, on parle à ce moment d’éjaculation anté-portas.
Dans tous les cas, l’éjaculation précoce peut entraîner une souffrance personnelle importante, une frustration des deux partenaires et des conflits conjugaux qui peuvent aller parfois jusqu’au divorce.

Ce dysfonctionnement est-il lié à des raisons psycho-comportementales ou à certaines pathologies organiques ?

L’éjaculation précoce peut être liée à des causes diverses. Des causes neurobiologiques avec une dysrégulation des récepteurs de la sérotonine ; des causes organiques, comme la prostatite ou l’hyperthyroïdie ; des causes psychologiques comme l’anxiété, la dépression, la peur de l’échec ; ou encore des causes sexologiques comme la faible activité sexuelle ou la dysfonction érectile.

Cette problématique est courante, elle peut nuire à la relation au sein du couple et pourtant ce sujet reste relativement tabou dans notre société. Que recommandez-vous aux personnes qui n’arrivent pas à aborder ce sujet avec leur partenaire ?

En effet, plusieurs couples ont du mal à parler de leur sexualité en général et encore plus des problèmes qui y sont liés.
Il est important que la partenaire aborde le sujet comme un problème du couple et pas de l’homme uniquement, avec clarté, bienveillance, sans aucune agressivité et dans une démarche de recherche de solutions. Il faut surtout éviter de culpabiliser le partenaire ou d’utiliser des mots blessants ou humiliants. Au contraire, la partenaire doit veiller à lui apporter son soutien et sa collaboration dans le processus thérapeutique. Cette position empathique et encourageante de la partenaire est un élément important dans la réussite de la prise en charge.

Quels sont les traitements disponibles (sexothérapies) ?

Les sexothérapies les plus couramment utilisées dans la prise en charge de l’éjaculation précoce sont les thérapies comportementales. Elles reposent sur un apprentissage qui permet au patient de moduler son excitation sexuelle, afin de la maintenir à des niveaux qui ne déclenchent pas l’éjaculation. Des exercices comme le «stop and go» couplés à des techniques de respiration et de relaxation font partie des modalités du traitement.
La thérapie sexocorporelle qui se base sur l’apprentissage de certaines habiletés corporelles qui permettent à l’homme de diffuser son excitation et la canaliser pour mieux la gérer, est également utilisée.
Les thérapies cognitives et les thérapies de couple sont également conseillées de façon complémentaire pour instaurer une communication fluide et efficace dans le couple et pour corriger certaines croyances erronées du patient ou de sa partenaire concernant la sexualité.

En quoi consiste le traitement à base de dapoxétine et quelles sont les personnes pour qui elle est déconseillée ?

La dapoxétine est un médicament spécifiquement développé pour le traitement de l’éjaculation précoce. C’est un inhibiteur de la recapture de la sérotonine. Il agit en retardant le réflexe éjaculatoire et permet donc de prolonger l’acte sexuel. Il se présente sous forme de comprimés à prendre à la demande une à trois heures avant l’activité sexuelle.
La dapoxétine est contre-indiquée chez les personnes qui souffrent d’insuffisance rénale ou hépatique, qui ont des problèmes cardiaques ou des antécédents de syncope, ou encore qui présentent des troubles psychiatriques, particulièrement la dépression ou le trouble bipolaire.
Comme pour tout médicament, il est toujours préférable de demander conseil à son médecin ou pharmacien avant de le prendre.

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