Une grande inquiétude était perceptible dans les organisations islamistes marocaines reconnues ou tolérées, après les attentats terroristes de Casablanca attribués à des réseaux intégristes marocains et internationaux. Certains kamikazes marocains qui ont perpétré les attentats de Casablanca ayant fait vendredi 41 morts et une centaine de blesés étaient "récemment venus d’un Etat étranger", a déclaré dimanche le ministre marocain de la Justice, Mohamed Bouzoubâa, tout en indiquant qu’ils étaient en relation avec une organisation intégriste marocaine, Assirat Al Moustaqim (le Droit chemin). Le Parti de la Justice et Développement (PJD, islamiste modéré) a condamné dimanche "les attaques criminelles" de Casablanca et appelé à "s’unir autour du Commandant des croyants, le Roi Mohammed VI" et à "renforcer les acquis du Maroc en matière de libertés".
Dans un communiqué signé par son secrétaire général, Abdelkrim Khatib, et publié dans le journal islamiste “Attajdid”, le PJD n’a pas hésité à appeler "tous les Marocains à coopérer avec les autorités sécuritaires et judiciaires pour arriver au plus vite à punir les criminels". Une autre association islamiste proche de ce même parti, le Mouvement unification et réforme, souligne que les attentats de Casablanca sont "inacceptables aussi bien selon les principes de la chariâ, que selon ceux de la raison ou de la politique".
Cette association recommande, à l’instar du PJD, de "continuer à respecter le multipartisme politique et culturel ainsi que les libertés individuelles et collectives". L’association islamiste Al Adl Wal Ihssane (Justice et bienfaisance), la plus influente formation islamiste du Maroc, a, de son côté, réaffirmé son opposition de principe à la violence. Son porte-parole, Fathallah Arsalane, a condamné les attentats en affirmant que son association "bannit la violence,, la clandestinité et la collaboration avec l’étranger".
Les craintes de voir se rétrécir la marge concédée par les autorités au travail politique et culturel des organisations islamistes sont d’autant plus grandes que les premières arrestations consécutives aux attentats ont été opérées dans les milieux se réclamant de l’islamisme. Nadia Yassine, fille du chef spirituel d’Al Adl Wal Ihssane, le cheikh Abdessalam Yassine, a déclaré à l’AFP qu’elle ne s’attend pas à des mesures draconniennes en matière de libertés après les attentats de Casablanca.
Concernant un éventuel rétrécissement des libertés, Mme Yassine admet que "les attentats donnent une légitimité aux lois antiterroristes". Mais elle souligne que "le Makhzen (le pouvoir) garde le peu de lucidité nécessaire pour ne pas faire ce genre de gaffe, parce qu’il y a une demande d’identité et de spiritualité". Le pouvoir, ajoute cette porte-parole officieuse de la plus importante organisation islamiste marocaine, devrait opter pour "un islam pacifique, que nous représentons", s’il ne veut pas se voir "confronté à des manipulations obscures".
Concernant les groupuscules intégristes qui prônent la violence comme mode d’action, Mme Yassine estime qu"’il ne s’agit pas "d’organisations locales, mais de jeunes révoltés". Leur attitude, estime-t-elle, est à mettre au compte de la colère, de la naïveté politique et même de l’analphabétisme". Mme Yassine s’est par ailleurs déclarée "choquée" par les attentats de vendredi. "On n’a jamais eu ce genre d’horreur à proximité", a-t-elle dit.
• Abdelfettah Fakihani (AFP)








