24 heures

Les otages du désert racontent

L’armée algérienne a attaqué les ravisseurs, des islamistes armés au nombre de trente, avec trois hélicoptères et «il y a eu un échange de coups de feu de plus d’une heure», a déclaré Ingo Bleckmann, un industriel salzbourgeois de 60 ans, au cours d’une conférence de presse donnée à Salzbourg (centre de l’Autriche) avec huit de ses camarades de captivité. «Dès le premier coup de feu, ils (les ravisseurs) se sont éloignés de nous pour que nos vies soient épargnées alors qu’ils auraient pu nous utiliser comme bouclier humain», a-t-il ajouté. «Nous n’avons jamais été en danger», a-t-il estimé. Cette déclaration confirme d’autres témoignages sur l’opération militaire conduite mardi dernier à Amguid, localité du Sahara algérien située à 1.900 km au sud d’Alger, pour libérer dix Autrichiens, six Allemands et un Suédois séquestrés, certains depuis plusieurs mois. «Les forces d’intervention sont arrivées avec des hélicoptères et les otages ont cherché refuge au bord des falaises», avait notamment affirmé le parent d’un ex-otage dans le quotidien autrichien Salzburger Nachrichten de vendredi. «Nos kidnappeurs, qui parlaient français, n’étaient pas des terroristes meurtriers. Il s’agissait de gens beaucoup plus humains avec qui nous avons presque sympathisé pendant les 52 jours de détention», a encore indiqué M. Bleckmann, ajoutant qu’ils avaient « essayé de sauver des vies humaines». Selon lui, il s’agissait d’«islamistes modérés (…) dont l’objectif est de fonder un Etat religieux en Algérie ».
D’après les autorités militaires algériennes, le groupe de touristes avait été séquestré par le Groupe salafiste pour la prédication et le combat d’Hassan Hattab, affilié au réseau terroriste Al-Qaïda d’Oussama Ben Laden. Interrogé à ce sujet par l’ORF, la télévision publique autrichienne, un autre otage, Harald Galler avait indiqué dimanche que l’un des preneurs d’otages avait reconnu appartenir au GSPC, mais il avait précisé ne «rien avoir à faire avec (…) Ben Laden». Lundi, les ex-otages autrichiens ont affirmé avoir été bien traités, avoir été nourris trois fois par jour «même si parfois les rations n’étaient pas suffisantes».
Ils ont également reçu un litre et demi d’eau par jour, «une eau sale contenant des insectes et des algues» qu’ils ont filtrée avec du papier toilette. «Les femmes ont reçu un traitement privilégié et les ravisseurs ne leur ont fait aucun mal», a expliqué Annemarie Kienberger, 45 ans. «Certes, nous avons dû porter un voile et une jupe longue mais, en fait, cela nous a protégé du vent et de la poussière». «Je n’ai pas vraiment eu de difficulté à revenir à la vie normale», a indiqué Johann Ruppnig, 69 ans. «La seule chose qui me pèse, ce sont les 15 autres otages toujours détenus» dans le Sahara, a-t-il ajouté. Ce groupe de dix Allemands, quatre Suisses et un Néerlandais aurait été libéré lundi et serait en route vers Alger, selon la chaîne de télévision allemande d’information NTV. Le ministère allemand des Affaires étrangères a refusé de commenter l’information.

Daniel Aronssohn (AFP)

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