24 heures

Le terrorisme gagne du terrain

La « carte » du terrorisme s’est brutalement étendue vers l’ouest de l’Afrique du nord le 16 mai dernier, lorsque le Maroc, qui avait paru jusqu’alors largement à l’abri du phénomène, a été frappé par cinq attentats-suicide au cœur de Casablanca, sa capitale économique. Aucun lien direct n’a été jusqu’à présent révélé par les autorités marocaines entre ces attentats, qui ont fait 43 morts, et le terrorisme international – à fortiori avec l’organisation Al-Qaïda d’Oussama Ben Laden. Mais la concomitance des attentats et des alertes, comme le profil des milieux intégristes impliqués, établissent à eux seuls un parallèle entre les événements du Maroc et ceux qui ont visé ou qui menacent la Tunisie ou l’Egypte, et plus à l’est le Kenya, la Tanzanie, l’Erythrée, l’Ethiopie, la Somalie, Djibouti, l’Ouganda. Sans doute en raison de leur proximité avec la poudrière proche-orientale, les pays du nord-est de l’Afrique ont été les premiers touchés, et certains d’entre eux ont déjà été plusieurs fois la cible d’attentats au cours des dernières années. C’est le cas du Kenya qui détient un dramatique record en la matière, avec des attaques en 1998 et en 2002, et qui a été l’objet de multiples nouvelles alertes, amenant la Belgique, le Canada, le Danemark et l’Allemagne à avertir leurs citoyens des risques qu’il y aurait à se rendre vers cette grande destination touristique du continent.
En août 1998, des attentats signés Al-Qaïda avaient été perpétrés contre les ambassades des Etats-Unis à Nairobi et Dar es-Salam (Tanzanie), l’explosion d’une voiture piégée ayant tué 213 personnes, dont 12 Américains à Nairobi. Le 28 novembre dernier, un double-attentat anti-israélien avait eu lieu à Mombasa, sur la côte de l’Océan Indien. Trois kamikazes avaient fait exploser leur voiture piégée dans la réception d’un hôtel à capitaux israéliens, tuant 12 Kenyans et trois Israéliens. L’Egypte a été le théâtre, en 1997, de la première attaque massive visant directement les intérêts économiques d’un pays du continent africain – avec l’attentat contre des touristes sur le site historique de Louxor, qui avait fait 57 morts.
Ce pays, qui n’a pas connu de nouvelle attaque majeure, depuis cette date, continue de se sentir directement visé au point d’avoir décidé d’annuler, « par mesure de sécurité », une foire de produits égyptiens qui devait s’ouvrir ce vendredi à Nairobi. Aux menaces planant sur le Kenya, sont venues s’ajouter celles signalées par le gouvernement britannique dans six pays de l’est de l’Afrique: l’Ouganda, l’Ethiopie, la Tanzanie, la Somalie, l’Erythrée et Djibouti. Londres a mis en garde le 16 mai ses ressortissants contre une « menace terroriste évidente » dans ces pays, en plus du Kenya. Plus à l’ouest, c’est une grande partie du Maghreb qui est désormais directement concernée par le fléau du terrorisme. L’Algérie est le pays qui a été le plus durement touché par une violence de type terroriste, d’une origine essentiellement interne. La violence, imputée aux islamistes armés, a fait depuis 1992 plus de 100.000 morts, selon un bilan officiel, entre 150.000 et 200.000, selon la presse et des sources occidentales.
Dans la Tunisie voisine, qui se croyait, comme le Maroc, à l’abri du phénomène, l’attentat du 11 avril 2002, devant une synagogue de l’île de Djerba (sud tunisien), a sonné comme un dur retour aux réalités. Revendiqué par Al-Qaïda, il avait fait 21 morts à la suite de l’explosion d’un camion chargé de gaz. Le Maroc n’aura été que le dernier épisode de cette inquiétante progression du terrorisme qui vise tantôt les intérêts des Etats-Unis, pris pour cible notamment pour leur soutien à Israël dans le conflit palestinien, tantôt des cibles touristiques, ou encore des lieux de « débauche » au sens où l’entendent les intégristes – vaste terrain d’action en perspective.