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Algérie : Après le chaos, la colère

Le dernier bilan du tremblement de terre qui a frappé la région d’Alger mercredi soir était dimanche de 2.047 morts et de 8.626 blessés, selon le ministère algérien des Affaires étrangères. Des chiffres qui promettaient encore d’être revus à la hausse puisque près de 2.000 personnes se trouvaient, quatre jours après le drame, toujours ensevelies sous les décombres. C’est d’ailleurs à mesure que les cadavres sont désincarcérés des ruines par les équipes de secouristes, que les autorités algériennes annoncent le nombre de victimes. Et même si des personnes ont encore pu être sauvées la veille, notamment une femme et son bébé à Boumerdès, les chances de retrouver des personnes saines et sauves semblaient dimanche très faibles.
Le chef du gouvernement algérien Ahmed Ouyahia a exprimé dès samedi à la radio d’Etat ses «craintes» de ne plus retrouver de survivants. «Les opérations de sauvetage se poursuivent, mais viendra un moment au-delà duquel ces opérations commenceront à devenir désespérées», a-t-il déclaré alors que les secouristes recevaient pour consigne de porter des masques face au risque d’épidémies. Les grues et les bulldozers ont également commencé à remplacer les chiens renifleurs à Boumerdès comme dans le reste de cette wilaya particulièrement dévastée. Sur fonds de vague de chaleur, les secours vont progressivement passer à la méthode de «l’effeuillage», a expliqué à l’AFP le lieutenant-colonel Jean-Marie Clerc, chef du détachement de la Sécurité civile française à Boumerdès. Depuis mercredi soir, des centaines de volontaires originaires des régions voisines sont venus aider des secouristes dépassés par l’ampleur du séisme – réévalué à 6,3 sur l’échelle de Richter – et dépourvus de matériels adéquats. Ce manque de moyens, partiellement comblé par l’arrivée de quelque 1.400 secouristes étrangers, a été à l’origine des premières colères des sinistrés.
Et aujourd’hui, les habitants de l’Algérois réclament des comptes. Pour eux, la fragilité des constructions qui se sont effondrées comme des châteaux de carte, est indiscutable. Toutes  étaient pourtant censées répondre aux normes anti-sismiques obligatoires depuis le séisme de Chlef, à l’ouest d’Alger, qui avait fait 3.000 morts en 1980. La population accuse ouvertement les autorités et les promoteurs immobiliers qui «ont lésiné sur la qualité du rond à béton, diminué les dosages ciment-gravier, pour gagner plus d’argent, ce que avons payé de nos vies», selon un rescapé de Boumerdès. Ahmed Ouyahia n’avait d’ailleurs pas exclu vendredi l’existence de «trafic» dans le secteur de la construction, affirmant que des expertises allaient être réalisées et que la justice allait être saisie si nécessaire. Il avait aussi promis qu’un programme spécial de reconstruction allait être lancé avec un possible durcissement des normes anti-sismiques. Selon Le Jeune Indépendant de dimanche, on évalue actuellement à 10.000 le nombre de logements endommagés, la plupart collectifs. Beaucoup de maisons individuelles ont aussi été démolies, environ 3.800, tout comme une centaine d’établissements scolaires. Un bilan sur lequel est aussi revenu Le Matin : le séisme aurait-il été moins meurtrier si les normes de construction et les règles d’urbanisme avaient été respectées ?». Samedi, le président algérien a quant à lui fait lourdement les frais de la colère populaire lors d’une visite à Boumerdès. Abdelaziz Bouteflika a été conspué et  hué par des habitants qui ont pour la plupart perdu leurs proches et tous leurs biens mercredi soir. Au bout de 5 minutes de chahut, le chef de l’Etat a dû retourner dans sa voiture, cible de jets de pierres et de coups de pied, sur fonds de cris au «Pouvoir assassin !». Le même accueil lui avait été réservé quelques minutes plus tôt à Zemmouri, tout comme, un peu plus tard, à Lakhdaria, deux localités durement touchées. «Démissionnez, Monsieur Bouteflika !», titrait dimanche le Matin pour reprendre certains des slogans, tout en notant que la même mésaventure était arrivée à M. Ouyahia, et au ministre de l’Intérieur «hués respectivement à Réghaïa et à Bordj Ménaïel». «Où est passé l’Etat?» s’est de son côté demandé La Tribune qui signalait que des centaines de familles dormaient toujours à la belle étoile, livrées à elles-mêmes et à l’insécurité, comptant sur la seule assistance humanitaire étrangère.