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Agadir : Dérive d’un projet hôtelier

Le Tout-Agadir ne parle que du Palais des Roses intarnational, cet hôtel 5 étoiles qui a ouvert ses portes il y a quelques mois. Composé de 379 chambres et 23 suites, surplombant la baie d’Agadir, il est présenté par son promoteur comme un “nouvel hôtel de luxe puisant son inspiration dans l’art traditionnel“ et doté de “tout le confort moderne“.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’établissement en question cristallise depuis quelques semaines le mécontentement de l’ensemble des corps de métiers et des entreprises  (Cogeba, Itkane, intersection et d’autres…) qui ont participé à sa construction et à son aménagement depuis près de deux ans. Ces derniers n’ont pas été payés jusqu’à présent par le propriétaire Azeddine El Khwaja. Même les petits artisans et entrepreneurs n’ont pas touché leur dû. Le montant de l’ardoise, constituée en grande partie d’effets impayés, est estimé à quelque 40 millions de Dhs. Certaines entreprises qui s’estiment lésées dans cette affaire frôlent aujourd’hui la faillite.
Natif de Marrakech, M. El Khawja, la cinquantaine, est un médecin de profession qui a vécu pendant plus de deux décennies en Tunisie avant de revenir récemment au pays avec le titre de représentant du groupe saoudien Della Baraka du Cheikh Saleh El Kamel, par ailleurs engagé dans l’immense projet touristique de Taghazout d’une enveloppe de près de 1,5 milliard de Dollars.
Contacté par nos soins, M. El Khwaja a tenté tout de go de nous intimider en nous lançant une “ attention à ce que vous allez écrire. “Je vous poursuivrai en justice au cas où vous écrirez des choses inexactes sur notre compte“. Une phrase qui sonne dans sa bouche comme une menace destinée à nous dissuader de mener l’enquête. Devant notre détermination, il demande à nous rencontrer d’urgence. Le rendez-vous se déroule dans un hôtel de la place casablancaise. D’entrée de jeu, l’intéressé réitère de nouveau ses menaces à peines voilées et à la fin de l’entrevue, il propose de nous offrir un week-end dans son hôtel à Agadir. Une invitation généreuse assortie d’un “ je suis avec vous à fond“. Invitation aimablement déclinée bien entendue. Comment Azeddine El Khwaja explique-t-il le  fait que les fournisseurs n’aient pas été réglés ?  Affichant une assurance à toute épreuve, cet homme éloquent ne reconnaît des problèmes qu’avec deux entreprises : l’entreprise de construction Mouna et le menuisier Hafdane laissant croire que les autres entrepreneurs ont touché leur dû.  Selon lui, ces deux sociétés n’ont pas été payées parce qu’elles n’ont pas exécuté les travaux selon les normes établies au départ. En gros, il les accuse d’avoir fait du mauvais travail . “ D’ailleurs, j’ai attaqué l’entreprise Mouna en justice et j’ai gagné le procès en première instance et en appel“. Or, les deux entrepreneurs rejettent ces griefs en affirmant avoir livré un boulot propre et professionnel.
Azeddine El Khwaja chiffre à quelque 350 millions de Dhs le montant de l’investissement ( de l’hôtel) dans lequel, ajoute-t-il, il est partenaire à parts égales avec Cheikh Saleh, le président de Della El Baraka. À en croire notre interlocuteur, il a dû se surpasser pour convaincre l’homme d’affaires Saoudien à investir dans le tourisme au Maroc, surtout qu’il a eu “par le passé de mauvaises expériences dans les secteurs de la pêche et de l’agriculture”. “ Je suis un homme excessivement patriote, lâche M. El Khwaja. J’aime mon pays et je le prouve par mon engagement dans le tourisme national”.   
Pour la construction du Palais des Roses, M. El Khwaja n’a misé que 20 millions de Dhs qui lui ont permis l’acquisition du terrain cédé fin 1999 par la société nationale de la baie d’Agadir (Sonaba). Le reste du financement ne provient pas  d’institutions financières étrangères. Le prêt d’une valeur  de plus de 200 millions de Dhs a été accordé par un consortium formé de deux banques marocaines. Avec comme astuce de garantir le tout par une caution bancaire que donnerait le locataire. Montant du loyer : la bagatelle somme de 40 millions de Dhs par an réglée en Euro. Un montage financier pour le moins discutable sachant que Della Baraka a bénéficié en vertu de la convention qu’il a signée avec les pouvoirs publics marocains des avantages octroyés aux investisseurs étrangers dans le cadre du code des investissements touristiques. En clair, Azeddine El Khwaja était censé produire de fonds propres dans le projet Palais des Roses. En dehors du prix du foncier, il est parvenu à faire financer un hôtel exclusivement avec l’argent du pays.  
“Si les promoteurs du Palais des roses n’ont pas payé les fournisseurs, c’est parce qu’ils n’ont pas apporté les 30% de fonds propres“, explique un spécialiste des arcanes hôtelières. D’après nos informations, le locataire de l’hôtel refuse de payer la caution de 4 millions d’Euros initialement fixée d’un commun accord au motif que le Palais des roses ne correspond pas aux normes d’un cinq étoiles. L’investissement total du projet est-il réellement de 350 millions de Dhs comme l’affirme M. El Khwaja?
Une chose est sûre :  le concept initial de l’hôtel tel qu’il a été conçu par le paysagiste américain Belt Collins, n’a pas été réalisé sur le terrain. Ce qui laisse croire que le promoteur a vendu à tout le monde un projet virtuel. Au lieu de faire appel à des spécialistes en aménagement touristique, Azeddine El Khwaja a fait lui-même office de chef de chantier tout au long des travaux.  Ceux qui ont travaillé avec lui décrivent un homme difficile à vivre. Résultat : le site donnait en permanence l’image d’une foire d’empoigne où le désordre le disputait à l’amateurisme.
Azeddine El Khwaja est-il un véritable investisseur qui connaît bien son métier ? Beaucoup de gens à Agadir et ailleurs commencent à se poser sérieusement cette question.
L’affaire du Palais des roses a fait surtout naître de sérieuses inquiétudes sur le fameux projet de Taghazout- qui fait partie de la dizaine de sites balnéaires-  sur lequel le Maroc compte énormément pour drainer les 10 millions de touristes en 2010.