Aujourd’hui La Maroc : Le Premier ministre, Driss Jettou, a sommé certaines fédérations patronales de changer de langage. Aux éternelles revendications doit se substituer l’action constructive. Pensez-vous que les revendications patronales sont légitimes ?
Driss Benali : Je crois que le patronat marocain, tout en acceptant d’évoluer dans un univers libéralisé, ouvert et compétitif, doit aussi accepter le principe de se soustraire à la tutelle de l’Etat. La protection de l’Etat, historiquement acquise et entretenue, n’a plus raison d’être. Une réforme du microcosme entrepreneurial est de mise. Le patronat ne peut plus être assisté dans le temps. La compétitivité ne peut et ne doit plus être fondée sur les avantages et les facilités accordés par l’Etat.
Certaines fédérations, celle du textile plus particulièrement, n’a de cesse de demander des exonérations et autres aides de l’Etat. Certaines voix s’élèvent pour demander une dévaluation du dirham afin de mieux faire face au péril jaune. Quel est votre regard sur ce genre de revendications ?
Vous savez, tout d’abord, le problème de compétitivité n’est assurément pas un problème monétaire. L’idée même de la dévaluation qui peut être ainsi agitée me paraît inappropriée. Avec un prix du baril de pétrole qui va de record en record, le risque de porter atteinte à plusieurs pans des secteurs dédiés à l’export est réel.
Ensuite, au sujet du textile marocain, le secteur a largement bénéficié d’une certaine facilité qui a été érigée en règle. Le textile a évolué sous l’égide de ce que les économistes s’accordent à appeler «l’avantage compétitif simple». Généralement, la main-d’œuvre bon marché offrait un avantage compétitif certain. Actuellement, la sur-offre sur le marché mondial de main-d’œuvre qualifiée et peu chère a changé cette donne. Enfin, je pense que le secteur dans son intégralité n’a pas su négocier le tournant de la mondialisation. Plus d’imagination et de créativité s’imposent pour que le secteur puisse tirer profit de certains créneaux, et ils sont nombreux, à même de lui assurer une reconversion optimale et conforme aux exigences nouvelles de la mondialisation.
En général, l’organisation patronale a plutôt déçu par ses revendications incessantes et par son manque d’initiative. Partagez-vous ce constat ?
Sincèrement, le mal chronique du monde entrepreneurial au Maroc trouve assurément son origine dans la culture de rente si caractéristique du tissu économique national. De par ce mode de fonctionnement, défiant toutes les règles économiques, le Maroc n’a pu bénéficier que de faux entrepreneurs sans aucune culture de risque ou d’esprit d’initiative. Désormais, les règles de bases doivent être respectées. En finir avec cette mentalité de rente en est le premier jalon. Nous à “Alternatives”, nous n’avions de cesse de dénoncer cette culture pesante et pénalisante. Les règles de la libre concurrence s’en trouvent, souvent, biaisées.
Un ex-ambassadeur européen à Rabat avait suscité l’ire des patrons marocains, en affirmant publiquement que le Maroc n’a pas besoin d’importer des marchandises, mais surtout d’importer des chefs d’entreprise. Qu’en pensez-vous ?
Personnellement, je me garderai volontiers de ce genre de commentaires. La réalité du monde entrepreneurial doit être appréhendée dans sa complexité et loin de toute simplification ou caricature. Aucune nationalité ne peut s’offrir le luxe de se passer de ses propres entrepreneurs.
Certains pays, le plus souvent asiatiques, ont pu le faire. Cette zone géographique passe pour être un modèle dans le genre. Pour nous au Maroc, comme je l’ai précisé précédemment, nous sommes rongés par la rente et les faux entrepreneurs. Il est grand temps que ces exactions cessent. La tutelle de l’Etat ne peut plus être une composante de la compétitivité.










