La visite guidée organisée, mercredi 18 mai, par les autorités ouzbeks dans la ville d’Andijan, théâtre d’une répression sanglante la semaine dernière, n’a pas réussi à duper les diplomates qui y ont participé. Au contraire, elle n’a fait que durcir le ton de la Grande-Bretagne qui a demandé l’ouverture d’une enquête internationale dépendante.
«Le gouvernement a une version, l’opposition en a une autre. Il est d’une importance cruciale pour la stabilité de la société en Ouzbékistan, de même que pour la crédibilité du gouvernement ouzbek, que nous allions au fond de ce qui s’est passé», a notamment déclaré M.Straw. «Notre avis est qu’il doit y avoir une enquête internationale indépendante», a-t-il dit.
Le même appel fut reformulé par la Haut-commissaire de l’ONU pour les droits de l’Homme, Louise Arbour ainsi que la commissaire européenne aux relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner. Ils ont estimé que seule une telle enquête permettrait à l’Union européenne «d’avoir une réaction objective».
Par ailleurs, ces appels contrastent avec la réserve observée par Washington. Après avoir, dans un premier temps, réagi de manière très prudente aux événements d’Andijan, l’administration américaine s’est décidée, mardi, à faire légèrement monter la pression sur Tachkent, mais sans évoquer de mesures de rétorsion.
Mercredi, le porte-parole du département d’Etat, Richard Boucher, a souhaité une enquête "crédible et transparente" sur la répression des manifestations par les forces de l’ordre. Il n’a pas exclu que cette enquête puisse avoir un aspect international, mais sans être aussi ferme que Jack Straw. «Je suis sûr que la communauté internationale sera prête à participer à ce processus, soit en le soutenant, soit en le mettant en œuvre» , a déclaré le porte-parole américain.
Les trente-six diplomates qui ont participé à la visite n’ont pas pu entrer en contact avec les civils. Ils ont parcouru à bord d’un convoi bien gardé les rues d’Andijan où, selon les chiffres officiels, 169 personnes ont été tuées lors de violents affrontements et au moins 745 d’après un décompte de l’opposition.
«Comment osez-vous dire qu’on a tiré sur des manifestants pacifiques? C’était une attaque cruelle contre les policiers en service», a déclaré le ministre de l’intérieur ouzbek, Zakir Almatov, l’un des quinze représentants du gouvernement accompagnant les invités étrangers. Le groupe de visiteurs a été ensuite conduit dans un commissariat de police, une prison, une base de l’armée et sur la place centrale de la ville. Les rues empruntées par le convoi étaient fermées aux passants et l’accès aux habitants de la ville en était très limité. La tournée organisée n’a duré qu’à peine trois heures. Dans le commissariat de police, les diplomates ont rencontré le père d’un des 32 fonctionnaires officiellement tués. Debout dans une longue robe, le vieil homme tenait une photo de son fils, un colonel de la police. «Il a laissé deux enfants. Il était loyal à l’égard de son pays», a-t-il avancé. «Ils ont fait couler le sang de gens innocents», ajoute-t-il en parlant des insurgés. Pour les visiteurs étrangers, cette rencontre devait rester la seule d’un habitant ne faisant pas partie des officiels.
Finalement, les observateurs sont arrivés sur la place centrale, théâtre principal des événements. C’était dans cette place qu’un reporter de l’AFP avait vu des soldats juchés sur des camions militaires ouvrant le feu dans toutes les directions sur des milliers de manifestants. Il n’y avait plus aucune tache de sang.
Ramenés à l’aéroport pour un déjeûner-buffet à peine deux heures après leur arrivée, certains diplomates ont montré des signes d’irritation. C’était le cas de l’ambassadeur britannique David Moran.
«J’ai été un peu surpris de me retrouver de retour à l’aéroport à 12H30 et j’espérais me promener un peu tout seul, mais ils m’ont invité à faire demi-tour», a déclaré l’ambassadeur Moran à la presse.
L’ambassadeur américain Jon Purnell a exprimé un avis similaire dans un langage plus réservé. «Ce dont on a besoin ici, c’est d’un examen très strict de ce qui s’est passé et des causes de ces événements, et ensuite de chercher à garantir que cela ne se répétera pas», a dit M. Purnell en reprenant son fauteuil dans l’avion pour Tachkent. Islam Karimov, qui dirige l’Ouzbékistan depuis l’époque soviétique, croyait que cette visite suffirait pour atténuer la pression internationale qui pèse sur lui. Bénéficiant de l’appui des Etats-Unis, M.Karimov qui se croyait tout permis devra se préparer à rendre des comptes.










