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Visite de terrain à une ferme de colza près de Meknès

© D.R

Au moment où le programme Maghreb Oléagineux boucle sa 3ème année

A 18 kilomètres environ de Meknès, la ferme Semillas, regorgeant de plantations de colza, s’étale sur une centaine d’hectares. Avant d’y accéder, des oliviers sont perchés au bord de la route dont l’autre côté est bien planté en blé. Dans la ferme, une session de formation est dispensée, mardi, au profit d’agriculteurs et de conseillers de l’Office national du conseil agricole (ONCA) à propos du colza. Un événement initié dans le cadre du programme «Maghreb Oléagineux» lancé, depuis trois ans, avec un financement de l’Union européenne. Lors de cette session, il était notamment question de mettre en avant les avantages de plantation de ce produit tout en révélant ce processus.

Bonne germination, bon semoir, rotation…

Tel que l’explicite le représentant de la Fédération interprofessionnelle des oléagineux du Maroc (Foléa), Faycal Marzouk, il existe, sur site, différentes variétés connues et homologuées voire enregistrées. «Ce qui importe, dans toutes les variétés, c’est la faculté à germer», précise-t-il. En d’autres termes, il faut que l’agriculteur utilise de la semence de bonne qualité capable de germer jusqu’à «15% et plus». Aussi, la semence doit être capable d’avoir de la vigueur au départ. «Pour le colza, parmi les choses à maîtriser c’est l’implantation, une préparation du sol, un bon semoir de précision, un bon réglage, une bonne graine, une bonne fertilisation au départ. C’est une garantie de réussite de cette plante», avance-t-il en détaillant, entre autres, l’apport d’un bon semoir. Pour lui, celui-ci est destiné à «maîtriser le peuplement et la profondeur de la plante». Et ce n’est pas tout ! M. Marzouk met notamment en avant, tout comme le secrétaire général de l’Association nationale des producteurs d’oléagineux du Maroc, Ahmed Alaoui Fdili, l’intérêt de «la rotation». «Dans les années difficiles, on sent l’importance de la rotation. Il est intéressant pour notre agriculture de penser rotation qui doit être quelque chose d’acquis. Il ne faut jamais se contenter que des céréales», ajoute le représentant de la Foléa.

De la différence entre les variétés et terres

A propos des variétés, M. Marzouk précise que celles «précoces à semi-précoces donnent, sur la moyenne, les meilleurs résultats quelle que soit la région. Outre ce rendement, elles arrivent à donner de la graine». Quant à la bonne période pour semer le colza, elle se situerait, selon les deux intervenants, à «fin d’octobre et novembre pour avoir de la végétation».
S’il est semé tardivement, il peut être très sensible au gel alors qu’en pleine poussée, celui-ci ne fait pas de mal. Mieux encore, cette plante n’est pas destinée aux seules terres bour. Même dans l’irrigué, les variétés peuvent atteindre des rendements deux à trois fois plus que ce qu’on a réalisé actuellement si elles sont semées sur des conditions favorables. «A la date où il faut planter dans le bour, on le fait», ajoute de son côté M. Fdili qui précise que si le colza peut être planté en automne, le tournesol l’est en printemps. «Même le tournesol peut être planté en janvier ou février avec un décalage d’un mois par rapport au colza», temporise-t-il.

Une expertise en provenance de l’Hexagone

Egalement de la partie, Arnnaud Micheneau, ingénieur régional de développement à l’institut Terres Inovia en France, ne manque pas d’apporter des explications à son tour. «On se met dans un sol où on ne va pas forcément avoir une très bonne humidité en surface pour avoir celle-ci un peu plus profonde afin que des plantes de colza ne soient pas surenlevées par rapport à d’autres. Plus on va réussir à contrôler correctement la levée, plus on va pouvoir se permettre de diminuer nos quantités de graines semées pour avoir des plantes bien développées», détaille-t-il.
Autrement dit, la maîtrise de la phase d’implantation permet d’avoir de bonnes plantes. Cependant, il peut y avoir de «l’avortement» à des niveaux de la plante, «ce n’est pas forcément très grave», tempère l’orateur qui indique que la qualité des premières nouaisons a un rapport avec un stress a priori hydrique sur la parcelle. Le tout en établissant des comparaisons avec ses tâches dans l’Hexagone. «Je travaille souvent sur du colza semence en France. On peut avoir une partie principale avortée. Cela peut faire peur à voir, mais pas de précipitation», raconte-t-il. Mieux encore, la biomasse est intéressante pour lui. Comme c’est le cas dans la ferme Semillas. «Cela veut dire qu’on est sur une plante qui a bien emmagasiné ses éléments sur les premières parties de son cycle. Avec le retour des pluies que nous avons eu, on devrait réussir à assurer une partie du rendement », poursuit-il. Cependant, ce qui compte, pour lui, ce sont «les capacités de compensation de la plante». «Avant tout, on pense bien à arracher et regarder pour avoir une idée précise et des réponses sur les parcelles qui ont réussi à sortir le produit.
On regarde surtout le pivot ou la racine principale qui va nous indiquer si on a une bonne structure, des plantes fourchues. On peut même retrouver des zones de tassement», enchaîne-t-il en arrachant une racine en guise de démonstration. Interrogé par ALM à propos de la production, il estime que «sur les premières floraisons, c’est encore un peu tôt pour le dire». Le tout en comparant davantage avec l’Hexagone. «En France, on travaille sur du colza d’hiver qui peut rester sur terre presque 11 mois», illustre-t-il entre autres. Cela étant, cette visite de terrain s’est déroulée avec la participation d’autres conseillers de l’ONCA avec une présence féminine importante. Outre Meknès, d’autres plantations de colza sont disponibles au Saiss et Gharb par exemple afin de voir le comportement du produit qui a également besoin, selon des explications sur place, d’implication d’industriels. Quant à la l’huile végétale consommée dans le Royaume, elle est produite, selon une source bien informée, à hauteur de seulement 2 à 3%.