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Irak : les déboires d’une constitution

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Après plusieurs semaines marquées par des divergences entre Kurdes, Chiites et Sunnites, l’Irak s’est enfin doté d’un projet de constitution. Le texte, présenté à deux semaines de retard, fera l’objet d’un référendum qui devra se tenir vers la mi-octobre 2005.
«La Constitution est désormais prête et sera soumise au peuple irakien, qui est connu pour son intelligence et qui se prononcera dessus le 15 octobre», a déclaré le président irakien Jalal Talabani lors d’un point de presse organisé à Bagdad. M.Talabani a ajouté que si le peuple l’adopte, ce sera la loi fondamentale du pays, sinon nous élaborerons une autre Constitution.
Après sa signature, le texte a été lu devant le Parlement. Un député membre du Comité de rédaction, cheikh Jalaleddine al-Saghir, a expliqué que le Parlement n’avait pas besoin de voter le texte, étant donné qu’il avait donné son approbation à la version précédente, le 22 août.
Ce projet de constitution survient dans une période où le pays est menacé plus que jamais par le spectre de la guerre civile. Les actes de violence font partie du quotidien des Irakiens : attentats, attaques de guérillas, accrochages,…etc. En un mot, c’est un pays divisé. Les divergences entre les diverses communautés ne font que compliquer la situation dans le pays. Face à cette situation critique, une Constitution permettant d’unifier le pays est nécessaire. Cependant, ledit projet de loi ne favorise pas l’unité du pays au contraire il accroît ses divisions.
Introduisant la notion de fédéralisme, ce texte a suscité le mécontentement des Sunnites qui sont montés d’un cran afin de le bloquer en amont, mais en vain. Ces derniers ont accusé les Chiites et les Kurdes d’avoir concocté sur leur dos l’établissement de la Constitution. Pour eux, ce texte au lieu de sortir l’Irak de sa crise, il ne fera qu’accélérer son éclatement.  Malgré leur mécontentement, les Sunnites ont annoncé leur intention de continuer à participer au processus politique pour faire triompher leurs idées.
«Ceci ne nous empêchera pas de participer au processus politique et d’agir pour un Irak uni, à commencer par sa prochaine étape, les élections», souligne-ils dans un communiqué. De son côté, le président Talabani n’a guère avancé de justifications, il a juste déclaré pouvoir comprendre les objections des frères sunnites. «Cela fait partie de la démocratie. Personne ne peut prétendre représenter l’ensemble des Arabes sunnites,» a-t-il estimé.
Auparavant, les Sunnites ont laissé entendre qu’ils allaient rejeter le texte en bloc. Mais, ils ont fini par se rétracter et ils n’ont refusé que les articles qui menacent, selon eux, "l’unité" de l’Irak. «Nous avons décidé de ne pas accepter les articles qui portent atteinte à l’intégrité territoriale, à l’unité du peuple et à son identité», souligne un communiqué sunnite, avant d’appeler la Ligue arabe, l’Onu et la communauté internationale à soutenir leurs positions.
En guise de protestations, des Sunnites islamistes ont lancé dès lundi la mobilisation contre le texte en manifestant dans le fief du président déchu, Tikrit, à 180 km au nord de Bagdad. Selon les médias, ils étaient quelques centaines à manifester. Ils se sont rassemblés devant la principale mosquée de la ville sunnite et ont marché derrière des banderoles portant les inscriptions «Non à la Constitution, oui à l’Irak uni». Ils ont aussi déployé des banderoles proclamant leur rejet du fédéralisme, du confessionnalisme et du racisme.
Cheikh Yahia Attaoui, représentant local du Comité des oulémas musulmans, a donné lecture d’un communiqué de la principale association de religieux sunnites d’Irak, dénonçant le projet de Constitution. Le texte appelle notamment les Irakiens à se dresser contre le complot américain visant à diviser l’Irak en petits cantons. Selon la Loi fondamentale, les deux tiers des électeurs de trois provinces irakiennes peuvent en votant rejeter le texte. Or, les Sunnites sont majoritaires dans au moins trois d’entre elles.