Khalil Hachimi Idrissi, fondateur d’ALM , n’est plus. KHI n’était pas seulement une plume rare mais une grande école. Sa disparition laisse un grand vide dans le milieu journalistique.
Khalil Hachimi Idrissi, une plume exceptionnelle, nous a quittés samedi à Rabat à l’âge de 67 ans, des suites d’une longue maladie. Son travail et sa passion pour le journalisme restent un exemple pour la nouvelle génération. Le monde de la presse a ainsi perdu un grand professionnel qui a consacré toute sa vie au devoir d’information. Il a marqué la profession par ses écrits, son style et par sa conception du métier. Khalil Hachimi Idrissi a également été un fervent défenseur de la liberté de la presse. Il a toujours milité pour que la presse puisse exercer son métier en toute indépendance, sans aucune pression ni intimidation.
KHI n’était pas seulement une griffe mais une grande école. Il aimait cette profession jusqu’au plus profond de son âme, la considérant comme un combat pour la vérité en poussant toujours ses journalistes vers l’exigence, la rigueur et la véracité de l’information. Khalil Hachimi Idrissi était un homme d’une grande humanité et d’un grand charisme.
Né le 14 août 1956 à Derb Soltane à Casablanca, il obtient son baccalauréat philo-lettres, avant de rejoindre la capitale française. Solidement formé, avec un diplôme de 3ème cycle en Géographie à la Sorbonne et une maîtrise en urbanisme, il s’engage très tôt dans le monde des médias. Il a été au début des années quatre-vingt en France un des acteurs de la création et le développement de la communication interculturelle et communautaire où il a collaboré dans plusieurs stations de radio. il aurait pu faire carrière en France. Attaché à la nation, c’est vers le Maroc qu’il se retournera. C’est là que se révélera le grand journaliste KHI. Au début des débuts 90, il sera, avec Mohamed Selhami, les pionniers d’un nouveau journalisme avec le lancement de l’hebdomadaire « Maroc-Hebdo » où il a été chroniqueur et rédacteur en chef pendant plusieurs années avant de créer en 2000 un quotidien francophone généraliste «Aujourd’hui Le Maroc» qu’il dirige durant plusieurs années.
En 2007, il a été président du jury du Grand Prix national de la presse.
En 2008, il a été élu président de la FMEJ (Fédération marocaine des éditeurs de journaux), un poste auquel il a été réélu en 2011. Il a également été président de l’Union des agences de presse d’Afrique (UNAPA) de 2012 à 2014 et a été élu président de la Fédération atlantique des agences de presse africaines (FAAPA) en 2015. En 2011, il a été nommé par SM le Roi Mohammed VI directeur général de l’Agence marocaine de presse ( MAP). Il procédera à une mise à niveau drastique de l’agence. Sous sa responsabilité, la MAP connaîtra de profondes transformations en devenant un grand pôle public d’information. Son temps libre est partagé entre sa fonction de past-Gouverneur du District 416 Maroc du Lions Clubs International Maroc et les Compagnons de Gutenberg dont il est Grand Officier et président.
Écrivain et poète, Khalil Hachimi Idrissi compte à son actif plusieurs livres et recueils de poésie, en l’occurrence «Billets Bleus, chroniques marocaines 1994-2000», paru en 2005 chez Eddif, «À la conquête de rien», publié en 2011 aux éditions La Croisée des Chemins et le recueil de poèmes «Subterfuges ou les détours des rimes rebelles», en 2012 aux éditions Zanzibar, et un autre intitulé «La foi n’est convoquée que les jours de fête», publié en 2017 aux éditions La Croisée des Chemins. Khalil Hachimi idrissi a tiré sa révérence mais il restera dans nos cœurs à jamais. Son empreinte restera éternelle. Adieu cher Maître !
ALM rend hommage à son fondateur Khalil Hachimi Idrissi qui vient de nous quitter, en publiant la version intégrale du premier édito publié sur les colonnes de ce journal le 26 novembre 2001.
C’est parti pour un tour
ALM : Aujourd’hui Le Maroc sera votre quotidien. Sans doute. En tout cas, nous, nous n’en doutons pas. Cette conviction nous vient du fait que nous considérons que le journal que vous avez entre les mains est le produit – pour faire un peu dans l’analyse– de trois facteurs importants.
Un. Ce journal est un devoir. Un devoir de génération. Il fallait qu’une nouvelle génération de journalistes assume ses responsabilités et prenne l’initiative de lancer, dans le Maroc d’aujourd’hui, un nouveau journal quotidien, comme une contribution d’une nouvelle classe d’âge « professionnelle » à la marche et au développement de la presse marocaine.
Deux. Ce journal est l’expression d’une nouvelle frontière professionnelle. Il est incontestable que nous voulons, nous tous qui faisons ce canard, donner à la pratique journaliste au quotidien une nouvelle dimension. Nous voulons essentiellement baser notre travail sur l’information, les faits et les faits avérés. Nous voulons renouer avec cette religion primitive du journalisme, celle des faits, et prendre nos distances – autant que faire se peut – avec cette propension, profane et jubilatoire, au commentaire et à l’analyse qui domine ces derniers temps dans notre profession. Par conséquent, nous exprimons cette volonté comme une profession de foi.
Trois. Ce journal est le produit d’une logique d’entreprise de presse. Pas plus. Il n’est assujetti à aucun engagement politique particulier. Il n’est subordonné à aucune instance politique ou sociale normative. Cela ne veut pas dire qu’il n’a pas de valeurs ou qu’il n’a pas de convictions. Bien au contraire. Autant nous voulons ouvrir nos colonnes à tous les engagements politiques qui enrichissent notre nation, à toutes les sensibilités qui façonnent notre vision du Monde, et à toutes les opinions qui font vivre notre débat, mais il est clair que nous ne transigerons sur aucune valeur qui a fondé notre pays, sur aucune conviction qui a construit notre identité et sur aucun engagement qui a fait de nous des Marocains, sereins et tranquilles, fiers de leur passé et exigeants pour leur avenir.
Partant de cette position, notre charte éditoriale est évidente. Nous la façonnerons tous les jours en nous appuyant sur l’actualité et sur les faits marquants du jour. Nous ne pousserons pas l’outrecuidance jusqu’à dicter tous les jours aux Marocains ce qu’ils doivent penser ou sentir, ou comment ils doivent réfléchir ou agir.
Nous leur donnerons uniquement les moyens de se faire leur propre opinion ou jugement car il n’y a aucune raison de préjuger – sous prétexte que nous avons simplement le monopole vaniteux et aléatoire du discours journalistique – de l’incompétence ou de l’immaturité de nos lecteurs et leur vendre, sans légitimité particulière ou attestée, un jour la démission du Premier ministre, un autre la dissolution du Parlement, une fois la réforme de la Constitution, une autre fois le lynchage d’un ministre passablement antipathique. L’écume des jours et les excitations opportunes peuvent toujours donner du sens à une publication. Mais au final c’est au lecteur, dans toute sa sagesse, de dire le dernier mot.
Cela dit, en comparaison avec rien, et pour être honnête avec vous, ALM ne sera qu’un journal banal et quotidien. Comme il y en a partout ailleurs dans le vaste monde. N’empêche qu’il pourra servir, après lecture, bien sûr, à nettoyer les vitres du domicile conjugal, à lustrer, en première instance, le parquet ou à polir l’argenterie familiale. L’important, c’est d’en prendre un autre le lendemain. Pour qu’Aujourd’hui soit un nouveau jour.
Khalil Hachimi Idrissi










