Entretien avec Jamal Tazi, exploitant marocain de cinéma
Réouverture
La bonne nouvelle de la restauration du cinéma «Camera» à Meknès fait bien le bonheur des cinéphiles de la cité ismaélite et du Maroc. Mais qui est derrière cette belle initiative qui fera sûrement date et plaisir aux passionnés d’une telle salle chargée d’histoire ?
ALM : Vous venez de lancer la restauration du cinéma Camera, pourriez-vous nous révéler les raisons de votre attachement à cette salle ?
Jamal Tazi : Au début des années 60, après l’indépendance, mon défunt père a acheté à la famille Sando ce cinéma qui avait été construit en 1938. Parallèlement, le cinéma Rif d’environ 1.000 places a, après l’indépendance, vu le jour au nouveau Mellah. Outre le cinéma Camera, il y a donc deux salles. Entre-temps, dans la période des années 60, c’était l’ère de gloire du cinéma jusqu’aux années 80 marquées par l’apparition des cassettes-vidéos puis le CD et Netflix ; encore faut-il payer son abonnement. Donc, depuis la fin des années 80, nous avons continué à gérer la salle en maintenant l’exploitation avec du bon matériel outre celle du Rif.
Mais qui vous motive dans vos initiatives ?
Déjà, je suis également acteur de la société civile. En fait, je suis président de l’association Ismailia Al Kobra qui gère le cinéma Rif pour en faire un complexe culturel et artistique avec une salle de théâtre à Meknès. Donc, avec l’association, nous ouvrons Camera et l’ex-Rif. Pour le deuxième, ce sera avec un programme pour toute l’année et des projections de films gratuits pour enfants et des représentations théâtrales. Dans la salle « Camera », il y aura aussi des projections importantes. Pour répondre à votre question, ce sont des amis, notamment Mohamed Beyoud, directeur artistique du Ficam (festival international du cinéma d’animation) et Mohamed Khouna, distributeur de film, installé à Paris, qui m’ont encouragé. Pour eux, la cité doit avoir sa propre salle. Pour moi aussi, une ville sans cinéma, c’est honteux ! D’autant plus, que le « Camera » n’est pas éligible aux subventions du Centre cinématographique marocain (CCM) pour des raisons d’impôts à régler. Pour ma part, je ne pouvais pas attendre d’assainir cette situation. Je voulais répondre à l’appel des Meknassis. Donc, 15 jours avant le Ramadan, j’ai conçu, avec MM. Beyoud et Khouna, un programme sur 3 phases.
Quelles sont donc les phases de ce programme de réouverture ?
A commencer par la mise à niveau du système de circuit électrique de la cabine de projection dont celle numérique pour passer les derniers films marocains et internationaux. C’est pour que le Camera soit au même niveau que les salles de Rabat et Casablanca ainsi que d’autres villes. Dans ce sens, je travaille avec M. Khouna et Siham El Faydi qui produit beaucoup de films. Nous travaillons également avec d’autres comme le Megarama. Nous préparons aussi une programmation pour une réouverture du Camera le 13 mai. Quant à la 2ème phase, elle consiste en la mise aux normes internationales avec un maintien de notre ancien matériel qui est toujours en excellent état. Il est même valable pour des projections en noir et blanc. Nous avons aussi une bobine de 35 mm. De plus, la cabine de projection est unique puisqu’il peut y cohabiter l’ancien et le nouveau matériel. Pour la 3ème phase, je dirais que le Camera peut être un monument historique de par une fresque murale de 80 mètres dans le hall. Elle est conçue en 1938 par le professeur de dessin français Marcel Couderc au lycée Poeymirau devenu lycée Lalla Amina. Dans cette phase, la restauration de cette fresque sera faite par un expert marocain. En tout, la restauration peut prendre beaucoup de temps, mais on va y aller étape par étape. Pour ma part, j’ai demandé à ce que les lumières restent allumées même le soir dans la salle. Côté programmation, nous aurons trois séances par jour avec des films différents outre des séances destinées les samedis et dimanches aux enfants, notamment des films d’animation à partir de 11h.
Le cinéma Camera a fait l’objet de propositions de levée de fonds. Comment avez-vous tourné cette page ?
Il n’y avait pas de levée de fonds officielle. Pour ce cinéma, le budget de restauration est estimé entre 2 à 3 millions DH. Il est fourni par les actionnaires de la société Vox que je préside avec ma famille. Il est vrai qu’il y avait de l’intérêt pour ce cinéma. Des amis et gens nous ont contactés. Mais nous trouvons que le cinéma Camera appartient à tout le monde. Nous n’avons jamais rien demandé. Tout ce que nous avons dit c’est: encouragez-nous ! Nous n’avons rien à cacher.
Avant le Ramadan, les visiteurs de la ville n’ont pas témoigné du début de cette restauration. Qu’est-ce qui a été fait entre-temps ?
Eh bien, l’extérieur a été complètement ravalé. Tout a été repeint. L’éclairage, avec de l’énergie solaire, a été installé à l’entrée. C’est un travail minutieux qui a été fait. Nous avons repeint le plafond de la salle outre un échafaudage qui y a été fait. Le but était de faire les gros travaux en Ramadan. Avant le mois sacré, les décisions étaient en train de se prendre. Et pour marquer la réouverture, des films marocains seront programmés dès le 17 mai. Nous aurons aussi une page sur les réseaux sociaux avec une installation wifi pour la billetterie.
Donc, je tiens à rappeler que le 13 mai, nous allons rouvrir avec le très bon film marocain «Dados» en version numérique. Nous allons même organiser une réception en invitant des distributeurs et des artistes, notamment des acteurs marocains de renom également appréciés du public, ainsi que des passionnés du cinéma et du septième art.










