EconomieUne

Monnaie numérique de Banque centrale : Le FMI et Bank Al-Maghrib plaident pour une coopération internationale

© D.R

les intervenants ont souligné l’importance d’améliorer les efforts de coordination aussi bien en termes de numérisation qu’en termes de technologie financière et réforme économique.

Débat : Rabat a abrité lundi une table ronde de haut niveau sur la monnaie numérique de la Banque centrale. Cette forme numérique de l’argent fiduciaire s’impose au débat et ce compte tenu des grandes mutations technologiques et du contexte géopolitique incertain.

Une monnaie dématérialisée émise par une institution de confiance telle qu’une Banque centrale ne peut que relever plusieurs défis, notamment en termes d’inclusion financière et de renforcement des paiements transfrontaliers. C’est dans cette optique que s’inscrit une rencontre de haut niveau, tenue lundi à Rabat, sous le thème «Rôle du secteur public dans la monnaie et les paiements : Une nouvelle vision ». L’occasion étant de débattre du développement de la monnaie numérique de Banque centrale à l’échelle africaine et internationale.

« La complexité et les défis liés à la monnaie numérique de Banque centrale mettent en exergue le besoin de poursuivre et d’approfondir le débat. C’est justement dans ce cadre que s’inscrit la rencontre d’aujourd’hui que nous espérons être l’occasion d’un échange fructueux et riche en enseignements à travers les expériences des uns et des autres», relève-t-on de Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib. Cette rencontre, co-organisée par le Fonds monétaire international (FMI) fait partie des activités programmées dans la perspectives des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale prévues en octobre prochain à Marrakech. « Le Maroc, un pays qui relie l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Europe, est l’endroit idéal pour que le monde se réunisse afin de discuter de solutions aux défis communs. Alors, merci au Maroc de nous avoir tous convoqués. Puissent votre riche histoire, vos grandes traditions et votre hospitalité exceptionnelle nous inspirer tous à faire ce que le monde nous demande de faire », souligne dans ce sens Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI.

La réflexion est initiée au Maroc

La rencontre a en effet été une occasion pour de hauts responsables d’institutions financières internationales et d’organismes de régulation d’étudier les implications des monnaies numériques de Banque centrale pour la politique monétaire, la stabilité et l’inclusion financières et les paiements internationaux. Un focus a été établi sur l’Afrique qui affiche à ce jour des degrés différenciés d’appréciation de cette nouvelle forme d’argent. Si certaines Banques centrales de la région ont franchi le pas en initiant des projets pilotes dans ce sens, d’autres sont toujours en phase de réflexion et d’analyse des avantages que pourrait apporter cette monnaie.
Le Maroc s’inscrit dans cette démarche.

«Nous avons mis en place un comité de réflexion avec deux étages de priorités, à savoir la monnaie de détail et la monnaie de gros», relève-t-on de M. Jouahri. Et de préciser que « les changements de paradigme et les innovations technologiques nous imposent de nous inscrire dans cette voie ». Lors de ce débat, Bank Al-Maghrib, le FMI ainsi que l’ensemble des acteurs présents ont souligné l’importance d’améliorer les efforts de coordination aussi bien en termes de numérisation qu’en termes de technologie financière et réforme économique. «Comme c’est une problématique mondiale, il faut que le début des solutions soit mondial. Nous devons par conséquent poser ensemble des règles de réglementations», exhorte M. Jouahri. Et d’ajouter que «la coopération aidera à arriver progressivement à la construction d’un changement énorme. Ce qui est bien c’est que les nouvelles générations sont de plus en plus connectées.
J’espère que cela va nous aider à faciliter les solutions puisque ce sont ces générations qui vont utiliser cette monnaie sur laquelle nous allons travailler. Restons optimistes !». Même son de cloche pour le FMI.

La directrice générale du Fonds a saisi l’occasion pour appeler l’ensemble des parties prenantes à renforcer la coopération dans ce sens. «Nous sommes dans un moment très incertain. Cette conjoncture nécessite plus de coopération. J’appelle donc tout le monde à plus de responsabilité. Nous avons besoin de travailler ensemble et sérieusement pour le futur».
Il est à noter que l’ensemble des participants à la rencontre ont convenu de la nécessité de poursuivre le dialogue de la monnaie numérique de Banque centrale ainsi que de recueillir et de partager les connaissances et les informations au profit des pays membres en Afrique, au Moyen-Orient et au-delà.

Les avantages de la monnaie numérique de la Banque centrale

Pour Kristalina Georgieva, cette table ronde s’inscrit en continuation des échanges qui se sont tenus en septembre 2022 à Djeddah. Cette rencontre se veut également conforme aux deux prochaines publication du FMI sur la monnaie numérique de Banque centrale intitulées respectivement «La CBDC et les paiements numériques privés en Afrique subsaharienne» et «Une feuille de route pour la CBDC au Moyen-Orient et en Asie centrale».
Des documents qui, selon la responsable, fourniront de nouvelles analyses et des enseignements de ces régions. Techniquement, la monnaie numérique de Banque centrale diffère des cryptoactifs. Se référant au FMI, il est question d’une nouvelle monnaie de Banque centrale sous forme numérique qui se démarquerait des réserves ou des encours des comptes détenus par les Banques commerciales auprès des Banques centrales. «Il s’agit d’un passif de la banque centrale libellé dans une unité de compte existante qui sert à la fois de moyen d’échange et de réserve de valeur», relève-t-on de l’institution financière.

L’usage d’une telle monnaie serait positif à plusieurs échelles. Selon la directrice générale du FMI, la monnaie numérique de Banque centrale pourrait contribuer à accroître l’inclusion en donnant à un plus grand nombre de personnes l’accès aux services financiers et, à moindre coût, renforcer la résilience et l’efficacité des systèmes de paiement et rendre les paiements et les envois de fonds transfrontaliers moins chers et plus rapides. «Cependant, si elles sont mal conçues, les monnaies numériques de Banque centrale pourraient également entraîner des risques pour la stabilité financière, des défis juridiques et de confidentialité des données, des risques liés à l’intégrité financière et aux cyber risques, ainsi que des risques opérationnels pour les Banques centrales», souligne-t-elle. Par ailleurs, la monnaie numérique de Banque centrale pourrait réduire le nombre d’intermédiaires dans les paiements transfrontaliers, favoriser la concurrence et améliorer la transparence. En contrepartie, un accès facile aux monnaies numériques de Banque centrale étrangères pourrait entraîner des risques de substitution de devises et de volatilité des flux de capitaux. Ces considérations relevées par le FMI s’inscrivent dans son mandat visant à veiller à ce que la monnaie numérique, y compris celles de Banque centrale, favorise la stabilité économique et financière nationale et internationale.

Lire votre journal

EDITO

Couverture

Nos suppléments spéciaux