Aujourd’hui, malgré tous les discours de façade et tous les slogans, les faits sont là. Des faits criants qui, même voilés, demeurent des faits indéniables et impossibles à infirmer.
À combien s’élève l’argent que la France génère dans les pays africains ? Des décennies après la fin des colonialismes, le président Emmanuel Macron perpétue les politiques françafricaines au détriment du développement économique et social en Afrique. Équilibres commerciaux inégaux, exploitation des richesses du continent, des firmes qui font la loi en Afrique, ingérence politique, putsch et tentatives de coups d’État, barbouzeries, trafics de tous genres, la Françafrique est loin d’être finie.
Arrêtons-nous deux minutes sur cette confession faite par le président Jacques Chirac: «Nous avons saigné l’Afrique pendant quatre siècles et demi. Ensuite, nous avons pillé ses matières premières ; après, on a dit : ‘Ils (les Africains) ne sont bons à rien ! Au nom de la religion, on a détruit leur culture et maintenant, comme il faut faire les choses avec plus d’élégance, on leur pique leurs cerveaux grâce aux bourses. Puis, on constate que la malheureuse Afrique n’est pas dans un état brillant, qu’elle ne génère pas d’élites. Après s’être enrichi à ses dépens, on lui donne des leçons». Ces lignes résument bien la situation. La France et quelques autres pays européens comme la Belgique et le Royaume-Uni ont saigné à blanc tout un continent du Nord au Sud, d’Est en Ouest, sans états d’âme, tuant, décimant, exploitant, spoliant et profitant des grandes richesses d’une Afrique si fertile au souterrain si indispensable pour toutes les économies mondiales aujourd’hui. Plusieurs siècles d’esclavage et d’oppression mâtiné de pillage et de vol systématique, et aujourd’hui, après quelques décennies post-colonialisme, certains pays, notamment la France, ne veulent pas voir les pays africains prendre leur envol, décider par et pour eux-mêmes, s’affranchir de la tutelle de l’Occident et prendre son destin en main. Dans cet esprit, le même président Chirac ajoute : «On oublie seulement une chose. C’est qu’une grande partie de l’argent qui est dans notre porte-monnaie vient précisément de l’exploitation, depuis des siècles, de l’Afrique. Pas uniquement. Mais beaucoup vient de l’exploitation de l’Afrique. Alors, il faut avoir un petit peu de bon sens. Je ne dis pas générosité. De bon sens, de justice, pour rendre aux Africains, je dirais, ce qu’on leur a pris. D’autant que c’est nécessaire, si on veut éviter les pires convulsions ou difficultés, avec les conséquences politiques que ça comporte dans un proche avenir». Ce proche avenir est aujourd’hui une réalité dans une Afrique qui se rebiffe contre ceux qui l’exploitent, qui refuse l’ingérence de ceux qui l’ont profondément affaiblie, qui rejette les sermons européens pour décider de son avenir par elle-même, avec une nouvelle classe politique en rupture avec les héritages récalcitrants de la Françafrique et de ses sbires comme Jacques Foccart et consorts, avec le renfort des services secrets et autres espions attirés par une manne intarissable entre diamants, or, argent, pétrole, uranium, bois, terres rares et d’autres ressources essentielles pour le fonctionnement de la France et de ses alliés en Europe.
Aujourd’hui, malgré tous les discours de façade et tous les slogans, les faits sont là. Des faits criants qui, même voilés, demeurent des faits indéniables et impossibles à infirmer. Dans cette mainmise de la France sur une partie du continent africain, il y a encore et toujours cette aberrante affaire du franc CFA. Oui, Paris pratique un contrôle monétaire par le biais d’une monnaie partagée, le franc CFA. Cela consiste à avoir une partie des réserves de change des 14 pays africains détenus au Trésor français à Paris. De nos jours, cela s’élève à 50% et 9,5 milliards d’euros. Pour quelle raison ? Pourquoi un tel chantage ? Les 14 pays africains sont-ils incapables de s’occuper de leur propre monnaie? Ne savent-ils pas frapper monnaie sans payer une taxe à Paris ? Comment un tel accord peut-il encore avoir une quelconque raison d’exister? Pour répondre à cette équation à zéro inconnue, on peut dire que c’est la magie postcoloniale qui opère encore. En dépit du fait que cette ingérence économique défie toute logique et incarne une absurdité criante, rien ne semble décider l’Elysée à changer de politique. Pire, Paris tient à garder cette manne en milliards d’euros, importante pour son économie qui bat de l’aile.
Pire, la France, outre des accords monétaires, a conclu après lesdites indépendances des accords militaires, des accords dits de défense et autres accords techniques de coopération militaire, avec six pays africains francophones. Quand on se penche sur les modalités de ces accords tels que stipulés dans les arcanes du Sénat français, on découvre ceci:
Une garantie d’intervention française en cas d’agression. Pendant la présidence de Chirac, 23 opérations et plus 10 missions de l’ONU ont été lancées en Afrique entre 1997 et 2002.
L’entretien des bases militaires. Pendant le mandat du président Mitterrand (1981–1995), il y avait jusqu’à 60.000 soldats français stationnés en Afrique francophone.
Formation de troupes, assistance consultative, équipement militaire, entretien et soutien logistique en cas de crise.
«Certains accords contenaient des clauses secrètes conférant à la France le monopole des droits d’exploitation des ressources naturelles dans les pays concernés», comme l’explique Romain Serman, ancien conseiller de l’Afrique du président Sarkozy. Aujourd’hui, «l’Algérie est le seul pays avec un accord à long terme avec la France sur le commerce du gaz», peut-on lire dans ces rapports du Sénat. Cela nous permet aussi de comprendre la frilosité des présidents français devant la dictature algérienne. La volatilité du gaz fait la loi et fait détourner le regard à un chef d’État comme Emmanuel Macron qui avait promis de faire des droits de l’Homme une de ses priorités. Il faut comprendre que les droits de cet hypothétique Homme s’arrêtent là où les pipelines passent, là où les barils transitent.
Dans la balance des équilibres commerciaux, l’étau français est toujours aussi serré en Afrique. La France reste le deuxième pays importateur mondial de produits africains et le quatrième exportateur mondial de produits français en Afrique. L’exportation totale des pays francophones vers la France est égale à 5,3% et 1,6 milliard d’euros.
Pour comprendre la taille de ces échanges commerciaux, jetons un œil aux principaux produits allant de l’Afrique francophone à la France :
– Le cacao avec17,9% du cacao de la Côte d’Ivoire importé en France. Le Cameroun y ajoute encore près de 2%.
– Les minerais de manganèse du Gabon s’élèvent à 17,2% du manganèse total allant en France, utilisé pour l’acier inoxydable et chirurgical. Le Gabon est le deuxième producteur mondial de manganèse, avec une part de 15% du marché mondial et 25% des réserves mondiales. De plus, le Congo-Brazzaville exporte des scories, des cendres et des résidus de métaux et d’arsenic en France (7%) et le Burkina Faso exporte du zinc (1,7%) aux Français.
L’uranium du Niger représente 17% de la quantité totale d’uranium utilisée en France pour l’énergie nucléaire. L’uranium nigérien représente près de 40% de son approvisionnement mondial.
Le bois brut, principalement du Congo-Brazzaville et de la République Centrafricaine (RCA), représente 12,9% des importations totales de bois brut vers la France. Pour tous les produits du bois combinés, l’Afrique francophone représente 4% du total des importations vers la France, le Gabon et le Cameroun étant les principaux producteurs.
Les fruits des pays africains francophones représentent 5,7% du total des fruits importés vers la France. Les principaux producteurs sont la Côte d’Ivoire et le Cameroun.
Le pétrole joue un rôle important dans les exportations des pays africains francophones vers la France. Actuellement, la Guinée équatoriale ne représente que 1,8% du total des exportations de pétrole vers la France. Le Tchad et le Gabon représentent une part similaire. Le pétrole est principalement importé du Nigeria et de l’Angola.
Le poisson du Sénégal équivaut à près de 30 millions d’euros. Bien qu’il ne représente que 0,8% du total des poissons consommés par les Français, il représente 10,3% de la quantité totale de poissons exportée par le Sénégal. Les chalutiers européens, russes et chinois pêchent jusqu’à 250 tonnes par jour dans les mers ouest-africaines dont 40% illégalement, provoquant la surpêche et l’épuisement des stocks, la perte de la sécurité alimentaire et les dommages causés aux économies locales. Cela est possible parce que l’Europe a conclu des accords de pêche avec 8 pays d’Afrique de l’Ouest. Dans ce sens, un chiffre montre à quel point la situation est grave et les équilibres financiers sont tronqués entre Paris et ses anciennes colonies puisque les pays d’Afrique de l’Ouest ont un manque de revenu de 1,9 milliard d’euros pour les affaires liées au poisson. Ceci pour les exportations. Concentrons-nous maintenant sur le poids des importations. Dans ce sens, il faut savoir que l’importation totale des pays francophones en provenance de la France est de 13,9% et 4,4 milliards d’euros, les principaux produits allant de la France à l’Afrique francophone sont les suivants :
Les céréales. La France est le plus grand exportateur mondial de céréales vers l’Afrique. La valeur des exportations françaises de blé vers le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Cameroun était de 818 millions d’euros et de 25% des exportations totales en 2011-2012, selon France Export céréales. «De tous les produits alimentaires, les céréales sont les plus vulnérables politiquement», comme le précise un spécialiste comme Tom Dietz. «Particulièrement dans les pays où les produits céréaliers comme le pain et le maïs sont subventionnés par le gouvernement et où la hausse des prix des denrées alimentaires entraîne souvent des émeutes urbaine».
Les importateurs du pétrole sont, de toute évidence, principalement des pays qui n’exportent pas vers la France, comme le Sénégal, le Bénin, le Burkina Faso et le Togo.
Armes et réservoirs. La France est le 5e exportateur mondial d’armes, avec une vente annuelle d’environ 16 milliards d’euros. En 2016, la République Centrafricaine et le Togo ont été les principaux importateurs d’armes et d’autres choses similaires de la France. On comprend pourquoi quand on se penche sur ce qui se passe en République Centrafricaine.
Les importateurs d’aéronefs sont le Niger et la Côte d’Ivoire. Sans parler de l’approvisionnement de l’Algérie par les armes françaises générant plusieurs milliards d’euros.
Par Dr Imane Kendili
Psychiatre et auteure










