Stock de céréales, assolement des terres, soutien aux agriculteurs…
Enjeux :La sécurité et la souveraineté alimentaires sont des sujets brûlants au regard de la conjoncture que connaît le monde actuellement. Le Maroc aborde ces problématiques avec à la fois la sérénité qu’il faut et l’urgence que cela nécessite. En effet, les stratégies agricoles anticipatives mises en place permettent de se poser les bonnes questions dans un contexte en perpétuel changement et jonché de turbulences. Stress hydrique, changement climatique, renouvellement des générations d’agriculteurs…Les défis pour l’agriculture sont immenses. Pour cerner les enjeux de cette thématique majeure, Aujourd’hui Le Maroc a organisé à Casablanca le 13 juillet 2023 une conférence-débat avec la participation des principaux acteurs du secteur agricole. Lors de cet évènement, le ministre de l’agriculture a expliqué les choix de politique alimentaire et de politique agricole faits par le Maroc durant ces trois dernières années tout en rappelant les bonnes bases acquises grâce aux efforts entrepris depuis le Plan Maroc Vert et le lancement de «Génération Green». Les détails.
Si la souveraineté alimentaire est un idéal difficile à atteindre dans un monde interdépendant, il est essentiel d’envisager des solutions pour assurer la sécurité alimentaire. Aborder cette question de la sécurité et de la souveraineté alimentaires n’est pas fortuit puisque, depuis 3 ans, une succession de crises a perturbé le court normal des choses remettant à plat toute la réflexion sur les modèles économiques et les stratégies de développement à adopter.
Dans ce schéma, il est important aussi de faire la distinction entre la politique agricole et la politique alimentaire. «Il y a très peu de pays qui sont autosuffisants et même quand on parle d’autosuffisance c’est plus pour désigner un ou plusieurs produits.
L’autosuffisance est une utopie (…). La souveraineté alimentaire c’est quand on doit produire ce qu’on peut produire en fonction des potentialités du pays tout en exportant ce qu’on a de plus. L’export fait partie de cette stratégie», indique Mohammed Sadiki, ministre de l’agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts.
Assolement des terrains
Les choix adoptés par le Maroc lui ont permis d’assurer aussi bien une pérennité des rendements pour les agriculteurs que la continuité d’approvisionnement des marchés alliant une politique agricole réfléchie et une politique alimentaire ciblée. Pour remettre les choses dans leur contexte, le ministre de l’agriculture explique : «Nous possédons au total 9 millions d’hectares pour l’agriculture dont les parcours et l’inculte. Il en reste 6 millions d’hectares y compris 1,6 million d’hectares irrigués.
Quand l’année est bonne, le nombre d’hectares couverts par les céréales et légumineuses atteint 4, voire 5 millions d’hectares. Pour les céréales, c’est difficile d’en produire en manque de pluies. Chaque année, 300.000 hectares sont disponibles pour les céréales dans les zones irriguées incluant la production de semences avec des rendements très importants (…)». Par conséquent, l’assolement et la distribution des terres par rapport aux cultures principales sont le choix à adopter. «Aujourd’hui pour les céréales, nous avons un programme dans le cadre de «Génération Green» dont l’idée est d’arriver à 1 million d’hectares de céréales irrigués de complément. C’est-à-dire que si cette année on avait de l’irrigation en mars et avril, on aurait atteint 80.000 quintaux», relève M. Sadiki soulignant que le problème s’est posé durant les deux mois où il y avait ce creux en irrigation. «La question qui se pose est celle de savoir : comment apporter de l’irrigation pendant ces deux mois en complément de la pluie ? (…). Pour les céréales, il n’y a pas d’autres alternatives que d’essayer d’améliorer la technique pour que, au moment où la pluie tombe, on produise bien (…). Nous devons avoir une stratégie pour compléter ce qu’on produit sur le plan alimentaire. Et c’est ce que nous sommes en train de faire». Et de poursuivre : «On a un système d’importation, à travers nos contractualisations avec l’Etat et le privé qui est un des plus performants. On importe là où les prix sont les moins chers. Quand ce n’était plus possible à partir de l’Ukraine, nous avons importé depuis d’autres pays». Le défi se pose aussi pour la sécurisation des stocks des céréales. «On a une approche de 6, voire 8 mois de couverture, mais ce que nous cherchons quand on regarde un peu la crise que nous avons vécue c’est de sécuriser 1 à 2 ans de stock», précise le ministre.
Non, le Maroc n’exporte pas son eau
Rationnaliser la consommation d’eau dans l’agriculture est aujourd’hui un souci majeur, en particulier dans un contexte de stress hydrique. Il s’agit dans ce sens de valoriser le mètre cube tout en faisant le meilleur rendement possible. «Quand vous prenez ce qu’on produit dans le cadre de l’irrigué, 60 à 70% (en fonction de l’année) de la valeur ajoutée agricole vient de l’irrigué et ce qu’on produit dans l’irrigué on le valorise très bien. Cela compte les légumes, les fruits et les plantations. Pour ce que nous produisons en termes de fruits, les avocats et les fruits rouges ne représentent pas beaucoup en termes de superficie (…) l’essentiel part à la pomme de terre, la tomate ou encore les oignions. C’est-à-dire elle va vers l’essentiel du produit national. On a un système résilient. Les agriculteurs le savent». Cette résilience conduit à la durabilité. Comme l’explique le ministre, «les rendements augmentent parce que cette durabilité dépend aussi de la rentabilité. Ils augmentent au fur et à mesure de l’amélioration des techniques et le renouvellement des générations des nouveaux exploitants». Dans le cadre de la politique agricole, l’agriculteur petit ou grand doit continuer son activité et pour qu’il continue il faut qu’il gagne, selon le ministre. Au cours de son intervention, Mohammed Sadiki relève l’importance d’arriver à «faire beaucoup plus avec le mètre cube que ce qu’on fait aujourd’hui» notant ainsi qu’il est essentiel de recourir à la technique et de la technologie de l’économie d’eau mais aussi de mobiliser des eaux non conventionnelles et le dessalement de l’eau de mer afin de sécuriser certains bassins et assurer la sécurité alimentaire.
Autosuffisance en viandes rouges et en lait
Le Maroc assure une autosuffisance en viandes rouges et en lait, aux dires du ministre de l’agriculture. Selon lui «nous sommes autosuffisants pour les viandes rouges. Quand on parle d’un taux de 98%, les produits qui restent sont des produits de niche, c’est-à-dire des viandes bien précises». Il a également souligné que le Maroc est autosuffisant en lait. «Cette année a été une année particulière (…) L’impact de la Covid c’est aujourd hui qu’on le vit. Il a déséquilibré les chaînes de production surtout les chaînes de production animale. Pour la reproduction du cheptel il fallait absolument ne pas perturber l’insémination», ajoute-t-il.
Dans le même sens, il rappelle que l’injection de 10 MMDH pour appuyer les chaînes de valeur est conjoncturel mais c’est pour aider les filières à retrouver leur équilibre» soulignant par ailleurs que l’ouverture à l’import de la viande cette année est due au fait que «nous ne voulons pas que les agriculteurs ou les éleveurs abattent les brebis qui vont reproduire». De plus, il a indiqué qu’un ensemble d’aides et d’actions a été fait pour soutenir l’agriculteur pour chaque race reproductive comme celle par exemple d’accorder 7.000 DH pour chaque naissance.
Qu’en est-il des prix des produits?
Le Maroc a mené un ensemble d’actions qui vont vers l’appui des produits essentiels pour le pays. L’idée, selon le ministre, est de renforcer la résilience pour surmonter les chocs. «Il y a un indicateur très important qu’il faut comparer par rapport à d’autres pays. C’est celui de l’approvisionnement», fait observer Mohammed Sadiki indiquant que malgré les périodes compliquées que nous traversons, les marchés remplissent les besoins des consommateurs. Concernant les prix, il explique que l’inflation qui a atteint le secteur est importée et par conséquent le coût de la production a augmenté.
«Pour le cas de la tomate, les agriculteurs disent que s’ils la vendent à moins de 3 DH par exemple ils sont perdants. Le coût de la production implique qu’ils la vendent à plus de 3 DH», explique-t-il. Et de poursuivre : «Lorsqu’on dit qu’on va aider les filières, la réalité c’est qu’on va soutenir le pouvoir d’achat parce qu’on dit à l’agriculteur on va t’aider à réduire les coûts de production (…) mais il faut vendre à un prix plus bas».
Juguler le gaspillage et les pertes alimentaires
Il s’avère que 30 à 40% des aliments produits sont perdus chaque année (y compris les pertes post-récoltes dont les chaînes de froid par exemple) selon les filières. C’est d’abord une question de commercialisation, des circuits de distribution et d’éducation alimentaire. «L’éducation alimentaire est fondamentale», selon Mohammed Sadiki prenant comme exemple le cas du gaspillage du pain qui est à la base un produit subventionné.
Comment l’agriculteur s’en sort aujourd’hui ?
Certains agriculteurs font le choix de s’orienter aussi vers l’export. Pour le ministre de l’agriculture, la réalité est qu’aujoud’hui l’agriculteur qui produit la tomate par exemple s’il n’exporte pas, il ne va pas produire la tomate pour le Maroc. «C’est en gardant cet équilibre qu’il arrive à produire et à investir pour produire plus», précise-t-il.
Lahbib Bentaleb, président de la Fédération des Chambres d’agriculture au Maroc

«Le manque d’eau et le rétrécissement de la surface cultivable font partie des contraintes»
Défis
Présent lors de cette conférence-débat, Lahbib Bentaleb, président de la Fédération des Chambres d’agriculture du Maroc, a dévoilé les contraintes liées à l’atteinte des objectifs d’autosuffisance alimentaire. En prélude de cette rencontre, il a déclaré : «Notre pays fait face actuellement au défi de la souveraineté et de la sécurité alimentaires. Dans le cadre de la stratégie «Génération Green» à l’horizon 2030, l’objectif est d’arriver à l’autosuffisance alimentaire en particulier pour les produits agricoles essentiels. Le Plan Maroc Vert a permis à notre pays d’atteindre l’ensemble des objectifs fixés dans toutes les chaînes de production et il est prévu dans le cadre de la nouvelle stratégie Génération Green de poursuivre l’ensemble des chantiers visant à assurer l’autosuffisance, notamment pour les céréales, les huiles et la culture du sucre. Il faut savoir par ailleurs que le Maroc garantit déjà l’autosuffisance alimentaire pour certains produits (…).
Le secteur agricole participe en amont et en aval à 19% du PIB, en plus du rôle important que joue l’agriculture dans l’emploi. C’est un véritable réservoir d’emplois. Il participe à la création de la richesse et assure la sécurité alimentaire à plus de 38 millions de personnes d’une manière régulière et avec des prix convenables. Le secteur fait face par contre au manque d’eau et au rétrécissement de la surface cultivable (…). Nous disposons de 1,6 million d’hectares irrigués et il est prévu d’élargir les zones réservées aux cultures essentielles, comme les céréales, pour atteindre l’autosuffisance alimentaire dans les produits essentiels».
Programmes d’irrigation

Investissement prévu dans le domaine de l’Irrigation et de l’aménagement de l’espace agricole :40 milliards DH










