Le président de la Comader en donne quelques pistes de réponse
Facteurs
Plusieurs facteurs font que l’agriculteur se retrouve dans une période compliquée. Au stress hydrique s’ajoutent le réchauffement climatique, la période post-Covid et la guerre en Ukraine. C’est dans ce sens que l’Etat a mis en place un programme d’appui exceptionnel de 10 MMDH au profit du secteur agricole. Une initiative qui a été saluée par les professionnels, dont le président de la Comader, Rachid Benali.
La sécurité et la souveraineté alimentaires revêtent une grande importance dans le contexte actuel. A cet égard, Rachid Benali, président de la Comader, souligne : «Je ne pense pas qu’un pays assure entièrement sa souveraineté et sa sécurité alimentaires et son autosuffisance sauf peut-être les Etats-Unis et la Chine (…) On a parlé à un moment donné de la mondialisation et on a compris qu’il fallait investir pour assurer la sécurité alimentaire, mais jusqu’à la souveraineté alimentaire c’est pratiquement impossible surtout dans le contexte mondial actuel.
Aujourd’hui, on est dans une période difficile (…) où il y a le réchauffement climatique (…) on est dans une période où il y a une guerre en Europe puis l’après-Covid et donc les prix ont augmenté», indique-t-il lors de la conférence-débat qui s’est tenue jeudi dernier à Casablanca sur la thématique de la souveraineté et la sécurité alimentaires. Pour appuyer son propos, il explique également que l’agriculture devrait avoir de droit 4,6 milliards de mètres cubes d’eau annuellement mais elle ne touche que 900 millions de cubes d’eau par an. «On ne peut pas demander à un agriculteur aujourd’hui d’assurer l’autosuffisance ou la souveraineté alimentaire avec ce qu’il reçoit en quantité d’eau».
Pour lui, c’est la faute à personne, ce sont les conditions climatiques qui créent cette situation. «Maintenant en tant que producteurs on doit faire face à une équation avec plusieurs inconnues. On doit faire face à la demande, et assurer une production», explique-t-il. Concernant les prix, le président de la Comader cite l’exemple des tomates en Italie. «Si je donne l’exemple du prix des tomates en Italie, qui produit 5 fois plus que le Maroc, il est de 3 euros le kg alors qu’au Maroc la semaine dernière les tomates étaient à 4 DH le kg», affirme-t-il ajoutant que tous les pays de la Méditerranée subissent les mêmes facteurs climatiques et les mêmes problèmes d’intrants.
A la question de la production s’ajoute celle de la rentabilité pour les agriculteurs. «N’oubliez pas que nous avons face à nous 16 millions d’individus (dont 90% du rural) qui vivent de l’agriculture directement ou indirectement», argumente-t-il. Toutefois, le président de la Comader a fortement salué l’initiative de l’appui exceptionnel pour le secteur agricole. «La meilleure chose qu’on a eue c’est l’action de 10 MMDH. C’est une première. On a subventionné les outils de travail et l’investissement mais c’est la première fois qu’on subventionne les intrants et la production », ajoute-t-il.
Questions à Rachid Benali, président de la Comader
«Ma priorité pour les prochains mois c’est d’accompagner l’agriculteur»
Accompagnement
A la tête de la Comader depuis 3 mois, Rachid Benali fait de l’accompagnement de l’agriculteur la première de ses priorités. Il nous livre son analyse sur la souveraineté alimentaire et sur ses solutions pour stabiliser les prix des produits.
ALM : Comment parer à l’insécurité alimentaire dans un contexte de stress hydrique ?
Rachid Benali : C’est une équation très difficile. On est dans une période difficile avec tous les aléas climatiques, les prix qui sont très élevés un peu partout dans le monde. C’est un équilibre difficile à réaliser. Il y a des produits sur lesquels on doit assurer juste une sécurité alimentaire et ce n’est pas si simple. Il y a d’autres où on peut prétendre et on est obligé d’ailleurs d’assurer la souveraineté alimentaire.
Récemment, il y avait une certaine hausse des prix des produits. Quelles en sont les causes et comment vous analysez cette situation ?
Je pense que c’était il y a quelque temps déjà. C’était une période qui conjuguait plusieurs facteurs dont la hausse des prix des intrants au niveau international, la sécheresse qu’on a connue ces dernières années, il y avait aussi le froid qui est arrivé dans une période un peu cruciale et la période du Ramadan. On sait que pendant le mois sacré, la consommation augmente énormément, donc il fallait faire avec. Actuellement, les prix sont revenus à la normale. Par exemple, la tomate est à 4 DH. c’est quelque chose qu’on n’a pas vu depuis très longtemps. On n’est pas les seuls à avoir subi cette pression, au niveau mondial les prix ont explosé.
Comment stabiliser les prix de ces produits pour qu’ils ne subissent pas de hausse ?
Aujourd’hui, on peut dire qu’ils sont stables. Pour les maintenir à ce niveau il faut produire plus et c’est ce qui a été fait récemment avec notamment la subvention des intrants. Cette initiative change beaucoup de choses. ça permet d’avoir des prix raisonnables. On est en train de préparer la production du mois de décembre. Parallèlement, il faut sécuriser l’eau. C’est ce qui est en train de se faire avec les transferts d’eau et les projets de dessalement de l’eau de mer.
Vous êtes à la tête de la Comader depuis un petit moment. Quelles sont vos priorités pour les prochains mois ?
Pour la première priorité c’est d’accompagner l’agriculteur et essayer de l’aider pour préserver cet écosystème qui est très important pour notre pays. ça concerne 40% de nos concitoyens et 16 millions d’habitants.










