Le wali de Bank Al-Maghrib appelle à renforcer l’adhésion du citoyen à l’action publique et à rehausser le rendement des réformes.
Dans son rapport annuel au titre de l’année 2022, Bank Al-Maghrib identifie les chantiers prioritaires permettant au Royaume de faire faces aux défis climatiques et conjoncturels. L’heure étant d’accélérer l’effort de réformes pour rehausser l’adaptabilité, l’agilité et la crédibilité de la politique publique et in fine la résilience de l’économie nationale.
Comme à l’accoutumée, le rapport annuel de Bank Al-Maghrib a été présenté, samedi 30 juillet, à SM le Roi Mohammed VI. L’occasion étant pour le wali de la Banque centrale de dresser le bilan de la dynamique économique du pays au titre de 2022 et d’émettre un nombre de recommandations pour rehausser la performance du pays et ce à plusieurs échelles. Dans l’ensemble, l’économie marocaine aurait montré au titre de l’exercice 2022 une certaine résilience et ce en dépit des difficultés conjoncturelles caractérisées par un contexte mondial morose ainsi qu’une vague de sécheresse sévère. Des chocs ayant ralenti la croissance économique du pays à 1,3% contre 8% en 2022. La situation des finances publiques a également montré des signes d’amélioration malgré la conjoncture défavorable. Un redressement a été observé dans ce sens traduisant ainsi les efforts consentis par l’État pour atténuer l’impact de la hausse des prix sur les ménages et les entreprises. A cet effet, le déficit budgétaire est revenu à 5,2% du PIB au moment où le déficit du compte courant a été contenu à 3,5% du PIB.
Une résilience avérée
Ces indicateurs démontrent la pertinence des stratégies de diversification de l’économie engagées par le Royaume ainsi que les réformes entreprises durant les deux dernières décennies. Ces orientations ont permis à l’économie marocaine de développer une certaine résilience qui n’a cessé de se confirmer ces trois dernières années notamment après la succession des crises auxquelles le monde entier a fait face. C’est d’ailleurs ce que confirme Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, dans sa note de présentation du rapport annuel de la Banque centrale.
«Depuis 2020, la succession de chocs exogènes à portée systémique a mis en exergue les fragilités structurelles du tissu économique et la vulnérabilité de larges franges de la population. Pour autant, cela ne devrait pas occulter une certaine résilience développée grâce à la stratégie de diversification de l’économie et aux réformes entreprises durant les deux dernières décennies». Et de rappeler qu’«au niveau international, sous le leadership de Votre Majesté, le Maroc a su s’imposer comme un partenaire crédible et un îlot régional de paix et de stabilité. Les retombées sont importantes avec notamment, au cours des derniers mois, la sortie des listes grises du GAFI et de l’Union européenne, l’octroi par le FMI de la Ligne de crédit modulable, le succès de la dernière émission à l’international du Trésor et l’accueil des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale en octobre 2023». Tenant compte de ces acquis, M. Jouahri indique que le défi qui se présente aujourd’hui est de poursuivre la consolidation de cette crédibilité «au plan interne». «Cela requiert certes une accélération des réformes, mais également une évaluation régulière et une communication claire précisant les priorités et distinguant ce qui est réalisable à court terme de ce qui peut être espéré à moyen et long termes». Le wali de Bank Al-Maghrib appelle dans ce sens à renforcer l’adhésion du citoyen à l’action publique et à rehausser le rendement des réformes. «La concrétisation de l’ambition de l’émergence économique et sociale de notre pays, qui peut assurer un meilleur avenir pour la jeunesse, ne serait alors plus hors de portée».
Les principales recommandations de Bank Al-Maghrib
Pour Abdellatif Jouahri, l’environnement externe défavorable et incertain est une chance à saisir. L’heure étant de profiter de ce Momentum pour faire évoluer l’économie nationale. Pour ce faire, M. Jouahri énumère un bon nombre de chantiers prioritaires permettant au Royaume de faire faces aux défis climatiques et conjoncturels à l’instar de la préservation des ressources hydriques. Le gouverneur de la Banque centrale souligne l’obligation d’ériger l’eau en ressource critique qui requiert un traitement diligent dans toutes ses dimensions. Il est également question d’accélérer l’effort de réformes en établissant un suivi plus étroit ainsi qu’une évaluation régulière et une communication claire. L’objectif étant de renforcer l’adhésion de la population et des opérateurs économiques ainsi que de rehausser l’adaptabilité, l’agilité et la crédibilité de la politique publique et in fine la résilience de l’économie nationale.
La valorisation du capital humain est également un des impératifs de ce nouveau cap. «Deux chantiers déterminants laissent espérer, à condition de réussir leur mise en œuvre, un saut qualitatif dans ce sens, relève-t-on du wali de Bank Al-Maghrib. M. Jouahri appelle dans ce sens pour une forte mobilisation pour faire aboutir ce chantier dans le respect des échéances prédéfinies. Le second chantier cité par Abdellatif Jouahri, est la refonte du système de l’éducation. Sur le plan économique, le wali de Bank Al-Maghrib plaide pour une définition des contours de l’Agence chargée de la gestion stratégique des participations de l’État dont la création s’inscrit dans le chantier de refonte du secteur public. M. Jouahri recommande également d’étendre l’approche prometteuse des écosystèmes des métiers mondiaux du Maroc à d’autres secteurs. Il est également question de poursuivre l’élan d’amélioration du climat des affaires. «L’ensemble de ces réformes, notamment celles à dimension sociale, et bien d’autres vont devoir exercer une pression croissante sur les finances de l’État», fait savoir M. Jouahri. Et de préciser que «la rationalisation des ressources publiques devient en conséquence un impératif et requiert l’accélération de nombreux chantiers qui permettraient de dégager les marges nécessaires notamment pour le renforcement des filets sociaux. Le wali de Bank Al-Maghrib a également mis l’accent sur l’urgence de parachever la réforme du système de compensation entamée en 2013 ainsi que de finaliser la réforme des retraites. Il est par ailleurs proposé de procéder à un bilan-évaluation de la loi organique relative à la loi de Finances tout en tenant compte des enseignements des crises des trois dernières années.










