EconomieUne

Les quatre principes de Marrakech pour la coopération mondiale

© D.R

Nadia Fettah, Abdellatif Jouahri, Ajay Banga et Kristalina Georgieva publient une déclaration commune

Les travaux des Assemblées annuelles 2023 de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) se poursuivent à Marrakech. Cet évènement qui réunit jusqu’au 15 octobre l’élite de l’économie mondiale est l’occasion pour faire le point sur de nombreux sujets. A cet égard, le président de la Banque mondiale, la DG du FMI, la ministre de l’économie et des finances, et le gouverneur de Bank Al-Maghrib ont publié une déclaration commune.

«À l’heure où la communauté internationale se réunit à Marrakech, nous devons rester solidaires et unis afin de protéger notre prospérité future et mettre fin à l’extrême pauvreté. Les perspectives de croissance mondiale à moyen terme sont à leur niveau le plus bas depuis des décennies». C’est en ces termes que commence une déclaration commune émise par le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, la ministre de l’économie et des finances, Nadia Fettah, et le gouverneur de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri le 11 octobre 2023 lors des Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Cette déclaration évoque les effets néfastes des crises successives qui «sont de plus en plus visibles, au moment même où de nombreux pays luttent contre une inflation élevée, un fort endettement et d’importants déficits de financement pour fournir des services de base, soutenir les infrastructures et l’action climatique, et réduire la pauvreté, les inégalités et les fragilités qui s’accentuent». Dans cette déclaration les quatre parties soulignent : «Le monde est aujourd’hui plus exposé aux chocs et les menaces grandissantes qui pèsent sur la croissance, le développement, l’emploi et le niveau de vie risquent d’aggraver les inégalités, tant entre les pays qu’au niveau national. Les pays émergents et les pays en développement ont particulièrement été touchés. L’écart de revenus avec les pays avancés s’est encore creusé et le monde n’est pas en voie d’éliminer l’extrême pauvreté d’ici 2030».

Et d’ajouter : «Notre conception des principaux risques et forces perturbatrices auxquels est confrontée l’économie mondiale a évolué : la menace existentielle que représente le changement climatique, les disparités croissantes en matière de revenus et d’opportunités et les tensions géopolitiques s’accentuent. Par leur rapidité, la transition numérique et les transformations technologiques créent de nouveaux défis, mais engendrent aussi des opportunités, et aucun pays ne doit être laissé de côté». Dans ce sens, cette déclaration conjointe relève que « Marrakech 2023 est un appel à une action collaborative mondiale renforcée face aux difficultés que nous rencontrons tous, afin de renforcer la résilience et créer plus d’opportunités pour un avenir meilleur». Il en ressort les quatre principes de Marrakech pour la coopération mondiale. Ces derniers dessinent un cadre général visant à tirer parti du multilatéralisme au bénéfice de tous.

Le premier principe est axé sur la redynamisation de la croissance inclusive et durable. Il inclut la promotion des réformes structurelles favorables à la croissance, et la diversification des sources de financement. A cela s’ajoute la nécessité de lutter contre les fragilités. Le deuxième principe repose sur le renforcement de la résilience. Ce principe intègre le renforcement des capacités institutionnelles en créant des institutions et des cadres d’action publique plus solides avec le soutien des organisations internationales, le maintien de la stabilité extérieure en appliquant des politiques macroéconomiques avisées tout en évitant les retombées perturbatrices sur les autres pays, le renforcement des cadres de gestion et de résolution de la dette publique en améliorant la gestion de la dette extérieure et intérieure et en rendant les processus de restructuration de la dette plus efficaces et plus rapides. Ce principe englobe aussi l’amélioration de la préparation aux crises mondiales et leur atténuation. Le renforcement de la résilience inclut le fait de dissocier la croissance et les risques climatiques. Il est ainsi question de développer les capacités de gestion et de mise en œuvre de stratégies rentables de réduction et de planification des risques de catastrophe, en favorisant la construction et l’entretien d’infrastructures résilientes face aux chocs climatiques et aux catastrophes.
Le troisième axe vise à soutenir les réformes porteuses de transformation. Il consiste à accélérer la transition verte grâce aux efforts déterminés de tous les pays pour faire progresser la décarbonation de leur économie sur la base des principes de l’Accord de Paris, tout en garantissant la sécurité énergétique tout au long de la transition. A cela s’ajoute l’accompagnement des transformations technologiques pour éviter la fragmentation numérique, combler le fossé numérique, faciliter la création de systèmes de paiement nationaux et internationaux modernisés et efficaces, et favoriser l’inclusion financière. En même temps, comme l’évoque ladite déclaration, «des réglementations harmonisées au niveau international sur les cryptoactifs, la protection des données, la cybersécurité et l’intelligence artificielle doivent également être élaborées».

Le soutien des réformes porteuses de transformation suppose aussi, selon la même source, l’amélioration des systèmes de santé et leur degré de préparation grâce à un travail collaboratif visant à renforcer la sécurité sanitaire mondiale en améliorant la couverture santé universelle, en renforçant les systèmes de santé et en établissant des mécanismes mondiaux pour garantir un accès équitable aux vaccins et aux médicaments. Ce troisième principe intègre aussi la promotion d’un enseignement équitable de qualité et la contribution à l’égalité entre les sexes pour multiplier et faciliter les opportunités économiques des femmes. Le quatrième et dernier principe est axé sur le renforcement et la modernisation de la coopération mondiale. Il s’agit dans cette perspective de renforcer le système monétaire international et ses règles, conventions et institutions, pour répondre aux besoins des pays et faciliter le commerce, les paiements et les investissements internationaux. A cela s’ajoute le renforcement du système commercial multilatéral pour soutenir la coopération et la croissance économiques mondiales, en veillant à ce qu’il soit fondé sur des règles, non discriminatoire, juste, ouvert, inclusif, durable, transparent et doté de mécanismes efficaces de règlement des différends.

Enfin, ce quatrième principe englobe le renforcement de la collaboration. Dans ce sens, la Banque mondiale et le FMI se disent «déterminés à travailler en étroite collaboration avec leurs partenaires pour aider les pays membres à relever les défis et à tirer parti des opportunités qui se présentent».