Stupeur à Washington suite à un nouveau scandale politique qui menace un système bien huilé de pressions économiques et de connivences politiques.
Un ancien lobbyiste flamboyant et influent, Jack Abramoff, proche des républicains, a plaidé coupable, mardi dernier, devant la justice américaine des accusations d’escroquerie, de fraude fiscale et de corruption qui pèsent sur lui. Selon la justice, Abramoff a touché des dizaines de millions de dollars de plusieurs tribus indiennes en échange de ses services. Il a ainsi accepté de coopérer avec la justice et il risque d’entraîner dans sa chute plusieurs responsables américains. Ses avocats avaient scellé un accord avec le procureur au terme duquel l’accusation sera revue à la baisse en échange de témoignages à charge contre les bénéficiaires de ses largesses.
Hier, l’affaire a fait le tour des Unes des quotidiens américains. Une affaire que le «Washington Post» a décrite comme étant le plus grand scandale politique qui touche le Congrès depuis des générations. Abramoff est l’incarnation d’un «système qui perd le contrôle», poursuit le quotidien.
«Les mots ne seront jamais assez forts pour exprimer mes regrets (…) pour la multitude d’erreurs et le mal que j’ai faits», a déclaré M.Abramoff. «J’espère seulement que je peux obtenir le pardon du Tout-Puissant et de ceux à qui j’ai fait du tort», a-t-il ajouté, repartant libre du tribunal.
L’ancien lobbyiste, qui risquait jusqu’à 30 ans de détention, devrait passer entre 9 ans et demi et 11 ans en prison, pour autant qu’il coopère avec la justice. Il doit également rembourser 25 millions de dollars. Selon l’acte d’accusation, le lobbyiste avait bâti une spectaculaire réussite professionnelle, entre 1994 et 2004, en touchant notamment à partir de 1997 des dizaines de millions de dollars versés par diverses tribus indiennes, en échange de services peu ou mal rendus. Ce militant républicain de toujours utilisait ses millions pour son enrichissement personnel, mais aussi pour offrir invitations et cadeaux à des «responsables publics», en particulier un élu de la Chambre des représentants, que l’accusation ne nomme pas, et plusieurs assistants parlementaires.
Les cadeaux avaient pour but «d’influencer et d’obtenir en échange un accord pour accomplir certains actes officiels», selon l’accusation. Les aveux de M.Abramoff ont de quoi faire trembler le tout Washington, y compris la Maison-Blanche. Le lobbyiste était connu pour multiplier les invitations à assister à des rencontres sportives, ou à jouer au golf sur des parcours prestigieux. Il possédait également un restaurant très connu à Washington, qui a dû fermer ses portes à la suite de ses ennuis judiciaires. Un centre de recherches indépendant, Center for Responsive Politics, a par ailleurs découvert que plus de 300 élus, républicains et démocrates, avaient bénéficié des contributions de M.Abramoff depuis 1999.
Sentant visiblement le danger de se retrouver impliqués, quelques parlementaires ont commencé récemment à rembourser ce qu’ils avaient perçu, comme le démocrate Byron Dorgan (67.000 dollars) et le républicain Conrad Burns (150.000 dollars). Les largesses de M. Abramoff avaient déjà valu ses premiers ennuis à l’ancien chef de la majorité républicaine à la Chambre, Tom DeLay, qui a reçu en 2004 des blâmes de la commission d’éthique du Congrès pour s’être notamment rendu à un voyage de golf en Ecosse tous frais payés.
Tom Delay a dû renoncer à diriger la majorité, après son inculpation fin septembre dans une affaire de financement électoral.
Jack Abramoff pourrait également plaider coupable dans une autre affaire en Floride (Sud-est), portant sur les conditions d’achat de quelques bateaux-casinos en 2000.










