Monde

Le Chili gouverné au féminin

© D.R

La candidate du centre-gauche, Michelle Bachelet, a remporté l’élection présidentielle dimanche au Chili, devenant la première femme élue à la tête de l’Etat au suffrage universel, dans son pays et en Amérique du Sud. Mme Bachelet a obtenu 53,49% des voix et son adversaire de droite Sebastian Pinera 46,5%, selon une troisième vague de résultats officiels basés sur le dépouillement de 99% des bulletins de vote. Elle a battu l’entrepreneur milliardaire dans toutes les régions du pays, sauf l’Araucania (sud). Le président sortant, le socialiste Ricardo Lagos, a félicité sa dauphine par téléphone, estimant que sa "tâche sera difficile" et lui promettant tout son appui. "Tes capacités nous permettront d’avoir un grand gouvernement, une grande femme présidente", a-t-il déclaré. Elle l’a invité à un petit déjeuner de travail lundi et elle l’a fait acclamer par la foule de sympathisants venus la soutenir. Mme Bachelet a obtenu un meilleur score que M. Lagos en 1999 face à l’ultra-conservateur Joaquin Lavin (51,3% contre 48,7%). Elle a évoqué la mémoire de son père, mort sous la dictature, en promettant une nouvelle étape de la vie politique chilienne comme "présidente des citoyens". "C’est historique car c’est la première fois en Amérique du Sud qu’une femme est élue présidente au suffrage populaire", a souligné le chef de son équipe de campagne, le socialiste Sergio Bitar. Pendant que les ténors de la Concertation démocratique, coalition de chrétiens-démocrates et socialistes au pouvoir depuis 16 ans, célébraient sa victoire devant les caméras de télévision, Alameda, l’avenue principale de Santiago, se remplissait de manifestants et automobilistes exprimant leur joie à grands coups de klaxon. Sebastian Pinera a reconnu sa défaite et félicité Mme Bachelet, symbole de la "lutte de millions de femmes pour parvenir à la place qui leur revient". Le chef de file du parti de droite modérée Rénovation nationale a été pénalisé par un mauvais report des voix des ultra-conservateurs nostalgiques de l’ère Pinochet de l’Union démocrate indépendante (UDI). Mais il a remercié ce parti de sa "loyauté" et a promis que leur Alliance pour le Chili mènerait "une opposition constructive" à Mme Bachelet. Cette dernière succèdera le 11 mars pour un mandat de quatre ans à M. Lagos, son mentor et l’un des présidents les plus populaires qu’ait connus le Chili. Soledad Alvear, ex-candidate démocrate-chrétienne à la présidence, qui s’était retirée de la course au profit de Mme Bachelet en 2004, pense qu’elle choisira "les meilleurs hommes et femmes pour former son gouvernement". La peu conventionnelle "Michelle", agnostique dans un pays majoritairement catholique, mère célibataire qui a élevé seule trois enfants de deux pères différents, a annoncé dimanche qu’elle formerait un "gouvernement paritaire", composé pour moitié de femmes. Cette pédiatre de profession, fille d’un général d’aviation mort torturé par ses pairs peu après le coup d’Etat d’Augusto Pinochet, torturée elle aussi et exilée, symbolise la réconciliation du pays avec son passé. Elle a évoqué avec émotion la mémoire de son père dimanche, rappelant avoir hérité de lui sa "vocation de service public".

Françoise Kadri
(AFP)

Lire votre journal

EDITO

Couverture

Nos suppléments spéciaux