Le bras de fer se poursuit entre l’Iran et les Etats-Unis, qui ont réussi à convaincre la Russie et la Chine d’adhérer à leur position. En effet, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, en l’occurrence les Etats-Unis, la Chine, la Russie, la Grande-Bretagne et la France ont décidé à l’unanimité, mardi 31 janvier 2006, de saisir le Conseil de sécurité du dossier épineux relatif au programme nucléaire iranien. Dans un communiqué commun publié après un dîner de travail à Londres auquel ont pris part également le ministre allemand et le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, les ministres des Affaires étrangères des cinq pays permanents de cette instance "ont convenu que la réunion extraordinaire de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) devrait transférer au Conseil de sécurité sa décision sur les mesures exigées de l’Iran". La réunion d’urgence du conseil des gouverneurs de l’AIEA est prévue jeudi à Vienne. Cette décision fait suite à la suspension par l’Iran du moratoire sur l’enrichissement de l’uranium.
Téhéran, ne voulant pas céder aux pressions de l’Occident et déterminé à poursuivre ses activités de recherches atomiques, a qualifié cette décision de nulle et non avenue. "Les Européens ne pourront pas trouver de base juridique, dans le cadre du règlement de l’AIEA, pour envoyer le dossier iranien au Conseil de sécurité, et cela constitue leur plus grande difficulté", a réagi Gholamreza Agazadeh, le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA), cité par l’agence Isna.
Il a insisté sur son droit à poursuivre ses activités de recherches nucléaires reprises le 10 janvier dernier. "Les activités de recherches sont un droit inaliénable de l’Iran" et la décision de les reprendre "est irréversible", a déclaré le chef de l’équipe des négociateurs nucléaires Javad Vaïdi. Il a ajouté que ces activités n’avaient "pas de liens avec la production industrielle du combustible nucléaire à Natanz toujours suspendue".
En outre, l’Iran a mis en garde la communauté internationale contre la mise en oeuvre de cette mesure. Il a souligné qu’un renvoi de son dossier nucléaire devant le Conseil de sécurité de l’Onu provoquerait une rupture dans les négociations. L’Iran a en outre appelé à une véritable approche diplomatique pour dénouer la crise qui l’oppose à la communauté internationale.
"Informer ou saisir le Conseil de sécurité du dossier iranien est la fin de la diplomatie et cela n’est pas du tout positif", a déclaré Ali Larijani, principal dirigeant en charge du nucléaire, cité par la télévision d’Etat.
"Je pense que nous pourrons arriver à de bons résultats à travers les négociations, mais si les Européens choisissent une voie non pacifique (…) elle ne sera pas dans leur intérêt", a ajouté M. Larijani.
"Nous leur conseillons de continuer les négociations constructives avec l’Iran". Toutefois, toute sanction du Conseil de sécurité des Nations unies a été repoussée jusqu’au mois de mars, précise le communiqué, dont le texte est relayé par l’AFP.
Les cinq pays permanents de cette instance internationale, qui disposent d’un droit de veto, ont en effet précisé que "le Conseil de sécurité devrait attendre le rapport du directeur général de l’AIEA, Mohamed ElBaradei, au Conseil des gouverneurs de l’agence avant de prendre une décision pour renforcer l’autorité de l’AIEA". Ledit rapport est attendu le 6 mars prochain.
Les Etats-Unis, qui plaidaient depuis des mois en faveur d’une saisine du Conseil de sécurité, mais se heurtaient auparavant aux réticences de Moscou et Pékin, se sont félicités de ce "succès significatif". "C’est la décision la plus importante de la communauté internationale sur le dossier iranien depuis plusieurs années", a indiqué un responsable américain s’exprimant sous couvert de l’anonymat.









