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Informel au Maroc : Plus de 2 millions d’unités de production concernées

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Le commerce concentre 44,1% de l’emploi du secteur informel, suivi des services (28,7%), de l’industrie (15%) et du BTP (12,2%). 

Enquête : L’enquête nationale du Haut-Commissariat au Plan ( HCP) sur le secteur informel, réalisée en 2023 -2024, dresse un état des lieux actualisé des unités de production opérant dans l’informel. Le chiffre d’affaires du secteur a atteint 526,9 milliards DH en 2023.

Le Haut- Commissariat au Plan ( HCP) vient de publier les résultats de l’enquête nationale sur les unités de production opérant dans l’informel 2023/2024. Il ressort de cette enquête que le secteur informel au Maroc compte environ 2,03 millions d’unités de production informelles (UPI) en 2023, soit une augmentation de plus de 353.000 unités par rapport à 2014. Le commerce concentre 44,1 % de l’emploi du secteur informel, suivi des services (28,7 %), de l’industrie (15 %) et du BTP (12,2 %). L’emploi du secteur informel est majoritairement urbain (77,6 %), et la région de Casablanca-Settat en regroupe 23,2 %, suivie de Marrakech-Safi (14 %) et de Rabat-Salé-Kénitra (12,9 %). Les UPI sont majoritairement de très petite taille, 85,5 % sont constituées d’une seule personne. Par ailleurs, l’enquête révèle que plus de la moitié des UPI (55,3%) n’ont pas de local professionnel fixe et une proportion de 4,6% exerce à domicile. L’industrie se distingue avec 56,5% d’UPI disposant d’un local professionnel et compte également 22,5% d’unités travaillant à domicile.
Le BTP est le secteur qui abrite la proportion la plus élevée d’activités sans local professionnel fixe (90,2%) majoritairement exercées chez le client. Le HCP signale dans son enquête que l’exercice de l’activité informelle hors local professionnel est souvent lié à des contraintes financières (42,9 %) ou par la nature même de l’activité exercée (42,5 %), notamment dans les secteurs du transport et de la construction. L’accès aux infrastructures de base est très inégal. bien que 94 % des unités disposant d’un local professionnel aient accès à l’électricité, seulement 46 % ont l’eau potable, 43 % un assainissement et 41 % un accès à Internet. Les unités de plus grande taille (quatre emplois ou plus) bénéficient d’un meilleur accès aux infrastructures de base, tandis que les micro-unités (un seul emploi) font face à un déficit important en la matière.

Seulement 9,8 % des UPI sont affiliées à la CNSS

L’enregistrement administratif des unités de production informelles demeure limité. Les taux d’enregistrement administratif restent globalement faibles : seuls 14,2 % des UPI sont inscrites à la taxe professionnelle, 9,8 % sont affiliées à la CNSS, 7,5 % sont enregistrées au registre du commerce, 6,2% sont affiliées au régime de la contribution professionnelle unique (CPU). A noter que seulement 1,7 % des UPI bénéficient du statut d’auto-entrepreneur. Le HCP explique que ce faible taux d’enregistrement administratif est en grande partie lié aux conditions d’exercice. Les UPI disposant d’un local professionnel sont significativement plus nombreuses à entreprendre des démarches d’enregistrement que celles exerçant à domicile ou sans local fixe. Des disparités sectorielles sont observées : le commerce et l’industrie présentent les taux d’enregistrement les plus élevés, contrairement au secteur du BTP.

La création d’UPI motivée par des besoins économiques

La présence féminine dans la direction des unités de production informelles demeure marginale. Celle-ci est passée de 8,8% en 2014 à 7,6% en 2023. On note une présence significative des femmes dans l’industrie (20,9%). L’âge moyen des chefs d’UPI est passé de 42,5 à 45 ans. Leur niveau d’instruction s’est amélioré. En effet, la part des sans niveau scolaire a baissé de 34,3 % à 18,6%, tandis que celle des chefs ayant un niveau scolaire du secondaire a progressé de 28,8 % à 40,5 %.
Par ailleurs, le HCP indique qu’avant de créer leur UPI, 78,8 % des dirigeants étaient déjà actifs, notamment dans le BTP (81,4 %), avec de fortes disparités de genre : 82,3 % des hommes étaient en emploi contre seulement 36,1 % des femmes. Près de 60 % des chefs d’UPI étaient salariés auparavant. Par ailleurs, 38,3 % des femmes étaient propriétaires d’une autre UPI en tant qu’indépendantes, contre 27,6 % des hommes. La création d’UPI est principalement motivée par des besoins économiques (68,3 %), avec une part minoritaire (31,7 %) choisissant cette voie par préférence ou tradition familiale. Les femmes, en particulier, accèdent au secteur informel souvent par nécessité (71,9% contre 65,1% pour les hommes) et rencontrent davantage des difficultés pour concilier vie professionnelle et obligations familiales : 30% d’entre elles déclarent éprouver des difficultés à gérer les deux sphères, contre seulement 8,1% des hommes.

Très faible recours au crédit bancaire

L’autofinancement constitue la principale source de création des UPI (72,2 %). Le recours au financement formel reste marginal (1,1 % pour les crédits bancaires et 0,8% pour les microcrédits). Le fonctionnement quotidien des UPI repose quasi exclusivement sur les fonds propres (91 %).
Les financements externes demeurent marginaux : 0,3% via les crédits bancaires, 0,5% via les microcrédits, 2,7% via les crédits auprès des fournisseurs. Seuls 2,1% des chefs d’UPI disposent d’un compte bancaire dédié à l’activité.
L’accès au crédit bancaire est quasi inexistant pour les chefs d’UPI : 97,9 % n’y ont jamais eu recours. Les raisons principales incluent un refus volontaire d’endettement (56,6 %), un manque de besoin (11 %), ainsi que des obstacles structurels comme des garanties trop élevées (20 %) ou un statut juridique inadapté (2,6 %).

La contribution du secteur à la production nationale en baisse

Entre 2014 et 2023, le chiffre d’affaires annuel du secteur informel est passé de 409,4 à 526,9 milliards DH, soit une progression de 28,7 %. Cette hausse reste modérée avec un taux de croissance annuel moyen de 2,6 %. La production informelle a également progressé, atteignant 226,3 milliards DH en 2023, soit une augmentation globale de 22,3%. Or, malgré cette augmentation en valeur absolue, la part du secteur informel dans la production nationale hors agriculture et administration publique est passée de 15% en 2014 à 10,9% en 2023. D’autre part, le secteur informel a généré 138,97 milliards DH de valeur ajoutée en 2023, un chiffre en hausse par rapport à 2014 (103,34 MMDH), avec un taux de croissance annuel moyen de 3,06 %. Sa contribution à la valeur ajoutée nationale hors agriculture et administration publique est passée de 16,6% en 2014 à 13,6% en 2023. Le commerce reste le principal secteur contributeur (38,9 % contre 43,1%), en recul, au profit des services (25,6 % contre 19,9 %) et du BTP (14,8 % contre 14,3%). L’industrie a vu sa part diminuer de 22,8 % à 20,8 %. La valeur ajoutée moyenne du secteur informel par UPI est de 68.499 DH. Cela dit, on relève d’importantes disparités : les 20% les plus productives concentrent 65,4% de la valeur ajoutée totale. La productivité par actif occupé atteint 54.930 DH, avec des niveaux supérieurs dans l’industrie (75.707 DH) et le BTP (66.199 DH), contre 48.368 DH dans le commerce et 48.727 DH dans les services.

79,5% de la production informelle destinée à la consommation des ménages

Le HCP précise que 57% des approvisionnements du secteur informel proviennent du secteur informel lui-même en 2023, contre 70,9% en 2014. Parallèlement, le recours au secteur formel a fortement augmenté (33,7% en 2023 contre 18,2% en 2014). En aval, la majorité de la production informelle (79,5%) est destinée à la consommation des ménages, en hausse par rapport à 2014 (77,8%). Les ventes au secteur formel, bien que modestes, ont progressé (2,4% en 2023 contre 0,5% en 2014), tandis que les ventes destinées au secteur informel diminuent à 17,7% contre 21,3%.

60% des salariés ne disposent pas de contrat

Le salariat ne représente que 10,4 % de l’ensemble de l’emploi du secteur informel. Plus de 77% des salariés ont été recrutés via l’entourage familial ou les amis et 60% ne disposent d’aucun contrat. Le salariat est plus fréquent dans l’industrie (17,2 %) et le BTP (15,9 %).

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