Le Haut-Commissaire au Plan, Chakib Benmoussa, lors de la présentation du rapport sur l’état de la population.
Evénement : Si les Marocains font de moins en moins d’enfants, c’est par contrainte et non par absence de désir de parentalité. Un rapport du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) dévoile les principales contraintes. Au Maroc, 47% des répondants mentionnent les contraintes financières comme étant le principal facteur qui entrave leur capacité à avoir le nombre d’enfants désiré.
Le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) au Maroc et le Haut-Commissariat au Plan (HCP) ont organisé une rencontre pour présenter le Rapport sur l’état de la population mondiale, à l’occasion de la journée mondiale de la population, célébrée le vendredi 11 juillet. Ce document intitulé «La véritable crise de la fécondité : La quête du libre arbitre en matière de procréation dans un monde en mutation » s’appuie sur de nouvelles données issues d’une enquête menée par l’UNFPA et par l’institut d’études international YouGov, auprès de plus de 14.000 adultes, issus de 14 pays dont le Maroc . Ce rapport met en lumière une réalité préoccupante : des millions de personnes à travers le monde ne sont pas en mesure d’avoir le nombre d’enfants qu’elles souhaitent, non pas par rejet de la parentalité, mais en raison d’obstacles économiques et sociaux.
Les obstacles économiques, principal facteur
L’enquête a révélé que dans tous les pays dont le Maroc, la majorité des répondants désirait ou aurait désiré avoir deux enfants. Près d’une personne adulte en âge de procréer sur cinq (18%) estime qu’elle ne pourra pas avoir le nombre d’enfants souhaité : 11% pensent qu’elles auront moins d’enfants que selon leur idéal, et 7% pensent qu’elles en auront plus. En outre, environ 37% affirment s’attendre à atteindre leur nombre idéal, tandis que 45% ne savent pas ou n’ont pas souhaité s’exprimer. Pourquoi les personnes interrogées dans le cadre de l’enquête n’ont-elles pas une famille dont l’effectif correspond à leur souhait ? Les raisons sont très diverses, mais le principal obstacle est de nature économique. Au Maroc, 47% des répondants mentionnent les contraintes financières comme étant un facteur qui entrave leur capacité à avoir le nombre d’enfants désiré, 20% citent les contraintes liées au logement (Manque d’espace, prix des logements et des loyers élevés), 11% mentionnent le manque de solutions de garde d’enfants de qualité. Le chômage et l’insécurité de l’emploi se classent au deuxième rang des obstacles (15% des répondants). Parmi les autres facteurs figurent les problèmes de santé (notamment des difficultés à concevoir, des obstacles aux traitements contre l’infertilité ou aux soins liés à la grossesse, ou un mauvais état de santé général). Selon le rapport, la peur de l’avenir (changement climatique, dégradation de l’environnement, guerres, pandémies, etc.) inciterait à avoir moins d’enfants. Lors de la présentation de ce rapport, le Haut-Commissaire au Plan, Chakib Benmoussa, a indiqué que le recul attendu du nombre d’enfants dans les tranches d’âge les plus jeunes aura des implications majeures pour la planification des politiques publiques. M. Benmoussa a fait remarquer que l’urbanisation croissante pose de nouveaux défis, particulièrement en matière de services publics, de logement, de transport et de conditions de vie, estimant qu’un défaut d’anticipation pourrait compromettre l’équilibre des politiques futures. Pour sa part, la présidente de l’UNFPA au Maroc, Marielle Sander, a indiqué : «À l’échelle mondiale, une personne sur cinq a moins d’enfants que désiré. Au Maroc, c’est une personne sur trois – près de la moitié invoquant des pressions financières». Et d’ajouter : «Le Maroc, comme beaucoup d’autres pays, se trouve à un tournant démographique. Les dernières données du recensement confirment ce que nous percevons déjà : la fécondité baisse, la population vieillit, l’urbanisation s’accélère, les familles deviennent plus petites et plus diversifiées. Ces transformations s’accompagnent aussi d’une hausse des besoins en santé reproductive, en éducation, et en intégration socio-économique». Face à cette situation, la représentante de l’UNFPA au Maroc a appelé à une action audacieuse et immédiate. Elle a mis en avant l’importance d’investir dans l’éducation, en particulier celle des filles et combler le fossé entre les genres dans l’emploi, alors que la participation féminine est encore inférieure à 17%. Mme Sander a aussi recommandé de garantir à chaque adolescent l’accès à l’information et aux services de santé sexuelle et reproductive, afin que la première grossesse soit un choix – et non une conséquence.
Situation et perspectives démographiques du Maroc
Le Maroc est en voie d’achever sa transition démographique et converge vers un modèle similaire à celui des pays avancés.
Le Maroc est en voie d’achever sa transition démographique et converge vers un modèle similaire à celui des pays avancés. Ce modèle est caractérisé par un ralentissement progressif de la croissance naturelle de la population résultant d’une baisse rapide de la fécondité et d’une augmentation de l’espérance de vie . Le taux d’accroissement annuel moyen ( TAAM) serait de 0,7% entre 2024-2030. Selon les projections du HCP, l’effectif de la population au Maroc atteindrait environ 38,5 millions d’habitants à l’horizon 2030 . En dépit de cette maîtrise relative de la croissance de la population, le Maroc devrait connaître dans les années à venir en moyenne une population additionnelle de 279.000 personnes annuellement. Malgré la baisse du rythme démographique, les besoins nécessaires pour faire face à l’accroissement de la population reste important. Pour sa part, la population de moins de 15 ans connaîtrait une diminution progressive due essentiellement à la baisse de la fécondité. Son effectif passerait de 9,3 millions en 2020 à près de 8,4 millions en 2035 et leur poids passerait de 25,9% à environ 20,5% durant la même période. Sur le plan démographique, il faut aussi noter que le processus du vieillissement de la population est amorcé: la proportion des personnes âgées de 60 ans et plus qui était de 5,1 millions en 2024 devrait atteindre 6,1 millions en 2030, soit une proportion de 15,4% au lieu de 13,8% en 2024. Les personnes âgées de plus de 75 ans seraient de 1,4 million en 2030 contre 1,1 million en 2024. Le vieillissement de la population est plus intense sans les villes que dans le milieu rural. Il est à noter que le vieillissement de la population entraînera des difficultés potentielles pour le système de protection sociale et les services de santé. Sur le plan social, le HCP note que cette tendance pourrait constituer une source de vulnérabilité et de pauvreté. Par ailleurs, le Maroc fait face à une urbanisation croissante. Selon le HCP, la population urbaine devrait passer de 23,1 millions à 26,6 millions en 2030. En revanche, la population rurale connaîtrait une baisse en passant de 13,7 millions à 12,9 millions. Le taux d’urbanisation atteindrait 67,8% vers 2030 contre 62,8% en 2024. Le HCP fait remarquer qu’une urbanisation rapide, associée à diveres contraintes socio-économiques et environnementales, peut freiner le développement. D’où la nécessité d’une politique d’aménagement adaptée.










