En marge du Salon de l’artisanat organisé à Beni Mellal à l’occasion de la Fête du Trône, Mohamed Rouiha, potier originaire de Safi, partage avec nous sa passion pour un métier qu’il considère avant tout comme un art de vivre. Fier héritier d’un savoir-faire ancestral, il nous dévoile, en marge de l’organisation du Salon de l’artisanat à Beni Mellal, les secrets de la poterie safiote, reconnue pour sa richesse artistique et sa valeur patrimoniale.
ALM : Vous êtes un potier de la ville de Safi et vous participez au Salon de l’artisanat à Beni Mellal, pourquoi ?
Mohamed Rouiha : A l’occasion de la commémoration de la Fête du Trône, il a été procédé à l’organisation d’un Salon de l’artisanat à Beni Mellal. Venus de toutes les régions du Royaume, des artisans y ont exposé leurs divers produits artisanaux. C’est une occasion pour eux d’échanger un grand nombre d’expériences, de faire connaître leurs produits et de booster leur commercialisation. Ce salon est une sorte de marché public, bien organisé où les artisans se rencontrent pour discuter de leurs doléances, résoudre leurs problèmes et mettre l’accent sur tout ce qui permettrait de leur ouvrir de nouveaux horizons de commercialisation sur le plan national et international.
Que représente la poterie pour vous et vous pensez que la modernité a dénaturé vos produits ?
Pour moi, la poterie n’est pas qu’un métier, c’est un héritage ancestral, un patrimoine culturel, une identité, un langage et une manière de vivre. A Safi, les fours, la poussière rouge, les formes qui naissent du tour et les couleurs…chaque pièce raconte une histoire.
Selon un philosophe, un artiste qui pétrit son argile « maintient jusqu’à nous un passé de l’homme, un homme ancien, sans lequel nous ne serions pas ». La modernité ne pourra jamais altérer notre authenticité parce que les spécificités de notre patrimoine culturel et de notre identité sont bâties sur des fondements solides et résilients.
Safi est aujourd’hui connue au Maroc et même à l’étranger pour sa poterie. Qu’est-ce qui fait la particularité de celle de Safi ?
C’est d’abord la qualité de notre argile. Elle vient des terres de la région, elle est rouge, dense et idéale pour le façonnage. Ensuite, il y a notre technique. Ici à Safi, on décore à la main, et on utilise des couleurs vives comme le bleu cobalt, le vert feuille, ou le jaune safran. Le style de Safi est très reconnaissable.
Quel est le processus de fabrication d’une pièce typique ?
Tout commence par le travail de l’argile, qu’on nettoie, pétrit et malaxe. Ensuite, on passe au tour pour lui donner forme. Il faut une main sûre, mais surtout beaucoup de patience.
Après le séchage, on passe à la décoration, puis à l’émaillage. Enfin, on cuit dans le four à très haute température. C’est un travail qui exige une grande patience, une dextérité et un savoir faire basé sur de longues expériences.
Est-ce que les jeunes s’intéressent encore à ce métier et quelles sont vos propositions ?
Malheureusement de moins en moins et c’est la raison pour laquelle l’offre diminue et la demande monte en puissance. Le nombre des potiers ne cesse de régresser sur le plan national parce que la nouvelle génération ne lui accorde aucune importance.
Au niveau de la commercialisation, la vente de nos produits n’arrive pas à satisfaire notre clientèle dont la demande dépasse l’offre. Ainsi, il faut trouver des solutions pour contrecarrer ces contraintes qui porteraient atteinte à la poterie en général. Je propose par exemple de dispenser des formations sur la poterie à l’école et aux centres de formation professionnelle, de soutenir les potiers et d’encourager les jeunes à prendre le relais. Nos produits sont très prisés au Maroc et à l’étranger, je voudrais que la poterie soit pérenne, c’est une fierté pour nous et une consécration. A cette occasion, je m’adresse aux jeunes pour leur dire : «venez voir, touchez l’argile, sentez la chaleur du four, regardez une pièce prendre forme entre vos mains. C’est magique. Ce n’est pas qu’un métier, c’est une passion. Les jeunes sont tenus de perpétuer l’un de nos patrimoines les plus chers et notre héritage ancestral.
Dernièrement, je passais près d’un potier habile dont les doigts modelaient, malléable, l’argile.
Etais-je le seul à voir que c’étaient nos aïeux dont la poussière allait de main en main agile ?









