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Certains sont nés pour obéir, certains sont maudits d’y voir clair

© D.R

Inculture
Ce qu’il faut retenir dans le monde où nous vivons aujourd’hui, c’est que l’inculture systématisée et programmée n’est pas un accident de parcours dans les multiples théories dites éducatives, et ce, dans toutes les sociétés humaines.

L’inculture est un plan en marche, rigoureusement, selon un tracé bien défini.  C’est une stratégie mondiale.  C’est un plan bien pensé et poussé très loin pour devenir implacable. C’est tellement infiltré dans les mœurs de toutes les sociétés, qu’aujourd’hui on l’agite avec fierté comme une bannière du refus de la connaissance et du savoir. On célèbre l’inculture, partout dans ce monde, comme une victoire. Aujourd’hui, parmi les plus grandes conséquences de l’inculture comme dogme, c’est qu’on confond l’opinion avec la pensée, l’égo hypertrophié avec le talent et l’ignorance avec l’authenticité. Aujourd’hui, le mot d’ordre est simple : il ne faut surtout pas savoir. Savoir est suspect. Savoir est dangereux. Connaître est un délit et lire est une insulte pour tous les adeptes de l’inculture. Aujourd’hui, celui qui ose réfléchir, celui qui remet les choses en question, celui qui refuse de souscrire en bas d’une page sans la lire est criminel. C’est une personne qui fomente quelque chose. C’est quelqu’un qui menace l’équilibre factice d’une société bancale.
Pourtant, ce qui change le monde c’est la connaissance. Rien d’autre, rien ne peut transformer le monde. La connaissance seule peut le changer, tout en le laissant tel qu’il est, inchangé. Dans ce sens qu’on transmute sa laideur en clarté de l’esprit. Mais, dans cette configuration qui semble irréversible vu l’état général du monde et de l’humanité, si nous continuons à regarder sans rien faire, si nous nous contentons d’être de simples spectateurs d’une tragédie qui fait de nous de simples comparses, si nous restons les bras croisées cédant à la fatalité d’un monde hostile et liberticide, ciel et terre ne se rejoindront jamais. Pour que ciel et terre finissent, il faut une action pour se rejoindre, il faut un acte pur, décisif. Il faut une rupture avec le fait accompli. À fin d’accomplir une action aussi résolue, il faut risquer sa vie, sans du tout songer pour soi-même à gagner ou à perdre. Il faut se transformer en monstre du savoir, en chantre du refus, en résistant infatigable, il faut déchainer un ouragan et, déchirant les nuées sombres amoncelées de l’ignorance, s’élever dans le ciel bleu azur de la connaissance. Pour lutter contre le monde qui nous engloutit aujourd’hui, il faut que l’idée de transformer la société vous soit aussi nécessaire que le sommeil et trois repas par jour. Mais, il faut se résoudre à cette vérité absolue : Il est très facile de trouver des hommes prêts à mourir que d’en trouver qui acceptent de souffrir avec patience pour changer de condition. C’est pour cette raison que le changement est toujours l’affaire d’une petite poignée d’hommes et de femmes. De rares résistants dans une jungle de soumis.  Cette résistance ne peut se faire qu’en solitaire.  Parce que la solitude est synonyme d’indépendance. On peut la souhaiter et l’atteindre au bout de longues années. On peut souffrir pour elle. On peut laisser tant de plumes en chemin. On peut même être cloué au pilori, mais on y arrive au bout du compte. Oui, la solitude de celui qui va vers son destin est glaciale, oh oui, mais elle est également paisible, merveilleusement paisible et immense, comme l’espace froid et paisible dans lequel gravitent les astres. Cette solitude, ce sentiment d’être en dehors des systèmes organisés et de communautés établies, et ce refus ou cette incapacité de s’adapter à une forme simplifiée d’existence, à une technique de la vie humaine, ne signifient pas du tout pour celui qui a choisi d’être seul l’enfer et le désespoir. La solitude n’est ni bornée ni vide : certes, elle ne permet pas de vivre à l’intérieur de l’une des formes d’existence reconnues valables aujourd’hui, mais en revanche, elle donne toute facilité de choisir par exemple l’une des multiples formes d’existence du passé, et peut-être aussi de l’avenir, car, elle embrasse dans ses perspectives une très grande part de l’univers.
Allant sur ce sentier de la connaissance solitaire, si vous ne faites pas attention, les journaux, les médias, les hauts parleurs, la réclame ambiante, vous feront détester les personnes qui sont opprimées et aimer les personnes qui font l’oppression. Parce que ceux qui peuvent te faire croire des absurdités peuvent te faire commettre des atrocités.  Sans oublier que ceux qui rendent la révolution paisible impossible rendront la révolution violente inévitable. Et à la fin de ce chemin qui ne mène nulle part, nous ne nous souviendrons pas des paroles de nos ennemis, mais du silence de nos amis.
Face à cette complexité du monde qui nous asservit aujourd’hui, il ne faut jamais perdre de vue que la vérité franchit toujours trois étapes. D’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une terrible opposition. Enfin, elle est reconnue comme ayant toujours été une évidence. Et nous sommes aujourd’hui face à un choix entre deux systèmes politiques et sociaux : ou constituer la société par la famille ou par l’intérêt personnel, ladite démocratie ou la pseudo affairocratie, le débat ou l’obéissance, le dogme religieux ou l’indifférence religieuse. Voilà la question en peu de mots.  Aujourd’hui, il faut que le peuple sache que son salut est en lui-même, par le savoir, par la connaissance, par la pensée libre et indépendante.  Mais comme on l’a bien noté, il n’a pas fallu attendre longtemps, après l’an 2000, pour que l’humanité ait à vivre des choses fort terribles et dangereuses. La plus grande partie de l’humanité est déjà sous l’influence de doctrines douteuses. On a déjà vu apparaître une horrible forme d’interdiction de penser, non pas directe, mais indirecte. C’est une loi qui a pour but de réprimer toute pensée individuelle.  On assiste aujourd’hui à une oppression généralisée de la pensée. Pourtant, nous avons cru que l’apport des avancées scientifiques, de la connaissance et des grandes découvertes était capable d’être un contrepoids suffisant pour être introduit dans l’évolution et l’équilibre du monde.  De fait, aujourd’hui, nous sommes confrontés au fait paradoxal que l’instruction est devenue l’un des principaux obstacles à l’intelligence et à la liberté de pensée. Et le meilleur moyen d’empêcher un prisonnier de s’échapper, c’est de lui faire croire qu’il n’est pas en prison. Et plus tu deviens vrai, plus le monde te paraît irréel. C’est là qu’on vérifie que certains sont nés pour obéir. D’autres sont maudits de voir.
Mais quoi qu’il puisse advenir, l’être humain ne doit jamais cesser de penser. C’est le seul rempart contre la barbarie. C’est pour cette raison qu’il va falloir choisir dans un avenir plus proche qu’on le pense, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques, comme l’a bien dit l’auteur de « L’Homme révolté ».  Aujourd’hui, nous sommes tous devenus les serviteurs soumis de cette mégamachine qui broie tout sur son passage. Aujourd’hui, la production, quelle que puisse être sa nature et sa finalité, n’est plus au service des humains, ce dont les gens qui sont au service de la production. Pour échapper à ce rouleau compresseur détraqué, il faut habiter la Terre en penseur qui réfléchit. Y demeurer poétiquement, c’est vivre en artiste. Être artiste, c’est ne pas compter, c’est croître comme l’arbre qui ne presse pas sa sève, qui résiste, confiant, aux grands vents du printemps, sans craindre que l’été puisse ne pas venir. Mais il ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s’ils avaient l’éternité devant eux.