Faits-Divers

4 mois de prison ferme pour avoir exploité la détresse d’une mère

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Dans le parloir de la prison, une rencontre fortuite a viré au piège. Un quinquagénaire a réussi à convaincre une mère désespérée qu’il pouvait faire sortir son fils de prison contre de l’argent.

Dans la salle d’audience, à la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance d’El Jadida, un père de famille, âgé d’une cinquantaine d’années, casier judiciaire vierge, au regard fatigué, se tient au box des accusés, devant le magistrat qui lui rappelle son accusation, à savoir l’escroquerie. De temps en temps, il regarde sa victime qui vient d’être appelée par le juge auquel elle remet un acte de désistement. Bref, elle n’est plus partie civile. Seulement, ce désistement ne le dispense pas d’être poursuivi par le procureur du Roi qui représente et défend les droits et intérêts de la société.
En effet, l’histoire remonte à quelques mois lorsque cette mère de famille désemparée croise dans le parloir de la prison lors d’une visite à son fils incarcéré un autre visiteur, venu également rendre visite à son propre fils qui purge une peine d’emprisonnement. Par un pur hasard, la conversation s’engage entre la mère et le père. Et très vite, l’homme se présente comme quelqu’un qui est capable de l’aider à voir son fils hors de la prison, mais en contrepartie d’une somme d’argent. Ne pensant qu’avec son cœur comme la plupart des mamans, elle ne lui demande même pas pourquoi il n’avait pas fait cela pour son propre fils. Via une agence de transfert d’argent, elle lui envoie, par tranches, une somme globale de 21 mille dirhams. Certes, elle garde les reçus. Mais les jours passent, les semaines aussi, et rien ne change pour son fils.
Elle téléphone à l’homme, parfois il lui répond lui demandant de patienter et d’autres fois son téléphone sonne sans réponse. L’espoir se transforme en soupçons et la femme semble n’avoir d’autre choix que d’aller frapper à la porte du procureur du Roi près le tribunal de première instance d’El Jadida.
Elle lui remet sa plainte. Les instructions viennent d’être données aux éléments de la police judiciaire pour mener une enquête minutieuse. Convoqué par la police, le suspect y répond affirmativement. Il finit par reconnaître avoir touché de l’argent en contrepartie d’une promesse d’intervention en faveur du fils de la plaignante. Il réitère ses aveux devant le procureur du Roi. Maintenu en détention préventive, il a été traduit devant la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance. Là, il change de ton. Épuisé, souffrant de diabète, il affirme n’avoir jamais promis rien que ce soit à cette femme. Et l’argent qu’il a empoché? De simples aides, affirme-t-il au tribunal, une forme de charité accordée par cette femme compatissante.
«Si j’avais ce pouvoir, n’aurais-je pas d’abord aidé mon propre fils à sortir de prison ?», se défend-il devant le tribunal.
Son avocat de la défense brandit l’acte de désistement présenté par la plaignante pour réclamer enfin l’acquittement à son client.
Quant au substitut du procureur du Roi, il a requis une peine ferme et proportionnelle à la gravité de l’acte de l’escroquerie qu’il a commis. Finalement le tribunal le condamne à une peine clémente : quatre mois de prison ferme.