Il paraît clair aujourd’hui que le succès de l’extrême droite est le résultat d’une double faillite. Celle de la droite traditionnelle à enfanter un autre leadership capable de faire oublier des hommes comme Nicolas Sarkozy ou Jacques Chirac. Et celle de la gauche dans son ensemble capable de s’entendre sur un programme et un leadership susceptible de garantir son retour au pouvoir.
Si les Français accordaient une confiance aveugle aux instituts de sondage, ils n’auraient d’autre choix que d’accepter l’hypothèse d’une victoire certaine de l’extrême droite lors des prochains scrutins électoraux, y compris celui de la présidentielle. Pour la dernière vague de sondage organisée pour tester les différentes probabilités, le Rassemblement National de Marine Le Pen et de Jordan Bardella semble rafler la mise. Les autres partis restent loin derrière comme pour montrer une incontestable suprématie de l’extrême droite.
Il faut dire que cette appellation «Extrême droite» donne des urticaires aux chefs du Rassemblement National. Pour eux cette qualification a été définitivement enterrée avec la disparition du Front National qui dégageait les effluves politiques teintés d’antisémitisme et de racisme assumé de son fondateur Jean-Marie Le Pen. Aujourd’hui sous la direction de Marine Le Pen, le Rassemblement National aurait fait peau neuve et préfère se faire appeler «droite nationale» plutôt que «extrême droite».
Lorsque Marine Le Pen avait succédé à son père, il y avait une grande unanimité à considérer que le style de l’héritière, sa puissante force de séduction, son bagout naturel, son charisme de dauphine élevée au lait du calembour gras allaient garantir au Front National une pérennité sur la scène politique française. Mais rares étaient ceux qui lui prédisaient de pouvoir un jour jouer les premiers rôles. Aujourd’hui les sondages d’opinion la placent en haut de l’échelle des responsables politiques que les Français voudraient voir un jour jouer un rôle. Une bénédiction pour le RN d’autant que Marine Le Pen semble plus fructifier les erreurs des autres qu’investir son propre programme.
Sauf qu’un grain de sel finira sans doute par faire dérailler ce programme. Condamnée pour une histoire de détournement d’usage d’assistants européens, Marine Le Pen ne pourra pas se présenter aux prochaines présidentielles pour cause de plein d’inéligibilité avec exécution provisoire. Il est vrai que cette affaire extrêmement politique est actuellement en appel, mais peu de gens parient sur son effacement pour blanchir Marine Le Pen.
La cheffe du RN avait confié le destin de son parti à Jordan Bardella qui est devenu par la force des choses la solution alternative pour le RN en cas d’empêchement de Marine Le Pen. Bardella incarne donc les grands espoirs de cette extrême droite relookée au sens propre et figuré du terme. Il est régulièrement reproché à Jordan Bardella son jeune âge, son manque d’expérience. Le jeune Bardella n’a jamais travaillé de sa vie. Du cursus scolaire directement au cursus politique. Comment peut-on confier la gestion politique et économique de tout un pays à une personne qui n’a jamais réellement travaillé de sa vie?
Il paraît clair aujourd’hui que le succès de l’extrême droite est le résultat d’une double faillite. Celle de la droite traditionnelle à enfanter un autre leadership capable de faire oublier des hommes comme Nicolas Sarkozy ou Jacques Chirac. Et celle de la gauche dans son ensemble capable de s’entendre sur un programme et un leadership susceptible de garantir son retour au pouvoir. Entre une gauche dite de gouvernement incarnée par le Parti socialiste et une Gauche dite de contestation incarnée par la France insoumise, la réconciliation paraît impossible.
Le RN de Marine Le Pen et de Jordan Bardella paraît profiter de cette double paralysie pour paraître comme un parti neuf capable d’apporter de solutions miracles à des crises structurelles de la société française. Qu’il s’agisse du pouvoir d’achat qui dégringole sous la pression fiscale ou de l’immigration qui augmente, le RN fait miroiter aux Français sa capacité à détenir des solutions adéquates. Et s’il faut ajouter à ce tableau sombre le marasme institutionnel dans lequel la gouvernance d’Emmanuel Macron plonge le pays dans son second mandat, avec son incapacité, faute de majorité de garantir une stabilité politique, le Rassemblement National capitalise sur ces multiples frustrations pour apparaître comme le messie tant attendu.
D’un autre côté, autant le malaise français est réel, autant il est pertinent de se méfier des instituts de sondage. Combien de fois ont-ils tenté de vendre une réalité, de décrire une perspective avant que les Français ne se rendent compte qu’il s’agissait d’une simple illusion d’optique et que le printemps de l’extrême droite en France n’est pas vraiment pour demain ?









