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Éditorial : Le sens des chiffres

© D.R

Dans moins d’une semaine, le projet de loi de Finances 2026 sera déposé au Parlement.

Commencera alors la phase la plus active du cycle budgétaire : celle du débat, de la confrontation d’idées, des ajustements et, espérons-le, de l’amélioration collective. Car, avant d’être un document comptable, un cadre technico-juridique pour le budget de l’État, une loi de Finances est un acte politique et sociétal majeur. Elle engage le pays, pour douze mois certes, mais au service d’une vision de long terme.
Une loi de Finances n’est pas qu’une addition de chiffres, de recettes et de dépenses. C’est le reflet instantané d’un projet de société. Derrière chaque ligne budgétaire, il y a une idée du Maroc que nous voulons construire : plus juste, plus efficace, plus solidaire. Les budgets alloués aux secteurs sociaux, les incitations fiscales à l’investissement, les priorités assignées à la santé, à l’éducation, à l’eau ou à l’énergie ne sont pas des décisions neutres. Elles traduisent une hiérarchie de valeurs, une conception de l’équilibre entre l’État et le citoyen, entre le présent et l’avenir.

L’exercice 2026, plus encore que les précédents, porte une charge symbolique particulière. Les récents messages royaux ont tracé un cap clair : celui d’un Maroc de la continuité, de la responsabilité et de la mise en œuvre concrète des grands chantiers structurants. Le moment est donc propice à une inflexion significative, non pas dans la forme, mais dans la manière de concevoir et d’expliquer la politique budgétaire.

Car le débat sur la loi de Finances ne doit pas rester confiné aux hémicycles ni réservé aux experts. Il doit devenir un moment national de pédagogie collective. Chacun, selon sa position et ses canaux — élus, opérateurs économiques, enseignants, journalistes, associations, citoyens — doit pouvoir comprendre, questionner, s’approprier ce que représente un budget d’État et comment il influe, concrètement, sur son quotidien : l’école du quartier, l’hôpital de proximité, le prix du pain ou le crédit à la consommation.

Depuis quelques années, le ministère des finances s’efforce d’ouvrir ce chantier de la transparence et de la vulgarisation à travers des outils comme le Budget citoyen ou le Budget sensible au genre. Mais soyons honnêtes : combien les ont réellement consultés ? Combien ont pris la peine d’en parler, de les relayer, de les expliquer dans leur entourage ?
L’enjeu de 2026 pourrait bien être là : faire de la loi de Finances non plus un texte technique réservé à une élite, mais un moment de partage et de compréhension nationale. Car un pays qui débat de son budget, c’est un pays qui comprend sa trajectoire. Et un peuple qui comprend, c’est un peuple qui avance.