EmploiEntretienUne

Entretien avec Bernard Gaillot, DG de CPA France : Le CPA, une formation diplômante pour les dirigeants par les dirigeants

© D.R

Lancement au Maroc
La formation a été créée il y a un siècle par la Chambre de commerce et d’industrie de Paris. Ce parcours diplômant permet aux dirigeants d’acquérir une vraie vision stratégique de leur environnement. Son dirigeant, Bernard Gaillot, s’est livré au jeu des questions réponses pour clarifier les spécificités et la philosophie de cet enseignement.

ALM : Quelles ont été vos motivations à ouvrir une antenne au Maroc? 
Bernard Gaillot : Le Maroc devenu un hub sur l’Afrique, le choisir pour développer un CPA Afrique au profit de dirigeants africains me paraissait logique. Il faut aussi rappeler que le Centre de perfectionnement des affaires (CPA) avait déjà été proposé, il y a quelques années (de 2009 à 2011) et je souhaitais m’appuyer sur un CPA pour développer cette transformation diplômante, pratique et humaine, de dirigeants par des dirigeants à l’instar de ce qui a été réalisé à Lyon, Nantes et Toulouse. Dans un contexte de développement du Maroc, les entreprises ont besoin que les dirigeants parviennent à avoir une vraie vision stratégique de leur environnement pour parvenir à saisir les meilleures opportunités. Un parcours de formation permettant de passer de l’opérationnel au stratégique en partageant avec d’autres dirigeants et en acquérant des méthodes éprouvées et utilisées pour analyser et déployer la stratégie répond donc à un véritable besoin.

La dénomination CPA n’est pas connue au Maroc, pourriez-vous nous retracer succinctement la genèse de cette formation et ses opportunités pour ses lauréats? 
Le CPA a été créé, il y a bientôt 100 ans, par la Chambre de commerce et d’industrie de Paris qui s’est rendue à Harvard pour co-construire un parcours de formation de dirigeants avec une pédagogie novatrice basée sur les études de cas d’entreprise. Ils partaient du principe que les dirigeants ne s’étaient pas adaptés efficacement à la crise de 1929 car formés de manière trop théorique. Depuis la création du Centre de perfectionnement aux affaires par Georges Doriot (professeur à Harvard et créateur du CPA en France), le CPA a été le précurseur des Executive MBA de Paris (le CPA Paris devient le CPA HEC qui devient lui-même l’Executive MBA d’HEC), idem à Lyon (EML), Toulouse (TBS)… mais contrairement aux Exécutive MBA, ce parcours de formation de dirigeants a gardé son ADN initial basé sur la pratique (étude de cas), le partage entre pairs (formation de dirigeants par des dirigeants) et l’accompagnement individualisé dans la durée en particulier avec les alumni (plus de 10.000 dont beaucoup qui occupent (ou ont occupé) aujourd’hui des fonctions prestigieuses.

Outre la création d’un réseau de dirigeants efficace et durable au Maroc, en Afrique et en France, les participants au CPA pourront d’une part acquérir un diplôme RNCP 7 titre dirigeant (même niveau de diplôme que l’Ex-MBA d’HEC par exemple) mais surtout renforcer leur posture de dirigeant. Cette dernière étant déterminante pour piloter les entreprises dans l’incertitude. Elle permet aussi de maîtriser parfaitement une méthode d’analyse et de déploiement stratégique qui fait très souvent défaut dans les entreprises d’aujourd’hui.

Quelles sont exactement les spécificités d’une telle formation et quelles sont les conditions d’admission? 
Pour les conditions d’admission, après un entretien avec le directeur du CPA Afrique au Maroc, les candidats pourront discerner de la cohérence de ce parcours par rapport à leur fonction, projet et personnalité avec un comité d’adéquation composé d’alumni CPA. Dans le fond, le CPA va déjà mettre l’accent sur la maîtrise des fondamentaux de l’entreprise (fonctions supports et opérationnelles). Un autre facteur distinctif est l’entraînement régulier à l’utilisation d’une méthode d’analyse et de déploiement stratégique appliquée à des cas concrets d’entreprise (du Slip français à Ubisoft) puis à sa propre entreprise. Enfin, la formation permet le renforcement de la colonne vertébrale du dirigeant (l’intelligence, l’humanisme et l’équilibre et le courage) et la réponse aux problématiques conjoncturelles (la veille géopolitique, la résilience économique, l’inspiration sociétale, l’innovation technologique…). Dans la forme, le CPA inverse la pédagogie classique qui part de l’académique pour ensuite mettre en pratique. Depuis sa création, le CPA part de la pratique en tirant des enseignements et les transposent à l’entreprise. De même le CPA est basé sur un partage entre dirigeants (tous les intervenants sont des dirigeants, et la pédagogie du partage est favorisée par la grande hétérogénéité des participants. Enfin, les liens très forts créés avec l’équipe pédagogique (grande proximité), avec les camarades de promotions et avec les alumni (système de parrainage) permettent une entraide forte et durable au sein de la communauté des CPA.

Créée depuis maintenant près d’un siècle par la Chambre de commerce de Paris, des partenariats historiques avec des grandes écoles et universités ont été certainement tissés. De quelle manière les participants pourront-ils en bénéficier? 
Aujourd’hui le CPA a créé un partenariat avec l’Ecole Polytechnique et l’Ecole de Guerre de Paris, mais aussi avec HEC Montréal, l’OTAN, l’UE et une école de formation au leadership développée par des anciens chefs militaires de Saint-Cyr (SCYFCO).

Pourrions-nous avoir une idée sur le coût global de la formation?
Le coût global de la formation est de 250.000 MAD, soit quasiment la moitié du prix pratiqué en France pour le même programme et pour le même diplôme. A ce prix pourra s’ajouter en optionnel 50.000 MAD pour effectuer une session en France composée de 3 journées à l’Ecole Polytechnique (digital, environnemental et nouveaux business models), 1 journée à l’Ecole de Guerre (stratégie dirigeant et stratégie militaire) et 3 journées avec des anciens de Saint-Cyr (leadership, courage managérial et gestion de crise). Enfin pour ceux qui le souhaitent et le peuvent (obtention de visa), ils sera possible d’effectuer en optionnel (3.000 MAD) le séminaire au Canada (partenariat avec HEC Montréal) avec les promos CPA de Lille, Lyon, Nantes, Toulouse.

Pourriez-vous nous citer des personnalités connues dans le monde des affaires qui ont choisi une telle formation ? 
Parmi les personnalités connues ayant encore des responsabilités importantes aujourd’hui et qui ont été transformées par le CPA, on peut citer, par exemple, Alain Juillet (ancien directeur de la DGSE et créateur de l’Ecole de Guerre Economique à Paris), mais aussi Fabien Derville (président de Mobivia, Decathlon et aujourd’hui Auchan), Jean Luc Souflet (créateur d’Okaidi/IDkids), Franck Duriez (PDG de Blancheporte), Philippe Lamblin (président de la BGE, ancien président de la FFA…) et Ghislain Lafont (ancien DG de Bayard Presse)…

 Le mot de la fin peut-être… 
Tous les spécialistes s’accordent aujourd’hui à souligner que les dirigeants doivent faire face à un niveau d’incertitude accru lié à la multiplicité et à la simultanéité des crises (financières, économiques, géopolitiques…). Or comme le disait Fabien Derville (CPA 1999) et président de Mobivia, Decathlon et Auchan, « les dirigeants peuvent s’adapter à ce contexte s’ils sont alignés entre leur intelligence (discerner dans la complexité), leur humanité (agir et faire agir face à l’adversité) et leur courage (décider dans l’incertitude) ».

Parcours de Bernard Gaillot


Né le 10 juillet 1969 à Chamonix, le lieutenant colonel Bernard Gaillot est issu de l’Ecole Militaire Interarmes (Promotion Schaffar 1995 – 1997). L’homme a passé l’essentiel de ses vingt-trois années de carrière dans les troupes alpines, ne les quittant que trois fois. Il a ainsi commandé une compagnie d’élèves à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr (Promotion Segrétain 2006 – 2009). Il a servi 3 ans à l’état-major de l’OTAN à Mons en Belgique où il faisait de l’analyse stratégique. Pendant trois années, il a commandé une promotion de 540 élèves à l’Ecole Polytechnique. Après avoir quitté l’armée en 2019, il s’est reconverti dans la formation (leadership, accompagnement managérial et analyse stratégique) et dirige aujourd’hui les CPA Lille et Nantes (formation de dirigeants par des dirigeants). Après plusieurs opérations militaires dans les Balkans et en Afrique, il a été envoyé dans la région de la Kapisa, en Afghanistan, de novembre 2009 à juin 2010 en tant qu’officier renseignement du Groupement Tactique Interarmes (GTIA) de près de 1000 soldats français et étrangers. Diplômé d’un Executive MBA (CPA 2019), d’un DEA d’histoire obtenu à la Sorbonne en 1997, d’une licence en management et d’un DEUG AES, il s’appuie aussi sur une grande expérience de commandement ou de formation de femmes et d’hommes dans des situations souvent complexes pour aider ses élèves de Polytechnique et ses dirigeants en formation à mieux se connaitre comme leader et à progresser dans leur management de leurs collaborateurs et leur stratégie d’entreprise. Formateur en management au sein de Saint Cyr Formation Continue (SCYFCO) depuis 2007, il a pu partager ses enseignements sur le management en situation de crise à des stagiaires ou auditoires aussi divers que les élèves d’HEC (grandes écoles et MBA), de l’EMLyon (AMP/CPA) ou de l’INSA mais aussi aux équipes dirigeantes de PME locales ou de grandes entreprises telles que CGI, L’Oréal, Auchan, Orange, Bouygues, Areva, Thalès…. Il est directeur de formation de dirigeants depuis 2019 au CEPI Management.