«Le ministère de la santé a adopté un plan de réforme structurelle à moyen terme, axé notamment sur l’introduction d’incitations financières et professionnelles».
La réforme de la santé passe au stade de priorité nationale. Le projet de loi de Finances annonce d’ailleurs la couleur. En effet, l’accent sera mis en 2026 sur le renforcement de l’effort budgétaire destiné aux secteurs de la santé et de l’éducation nationale pour atteindre une enveloppe totale de 140 MMDH, soit une hausse de 21 MMDH par rapport à 2025, en plus de la création de plus de 27.000 postes budgétaires en faveur des deux secteurs. En attendant l’adoption du Budget 2026, le gouvernement fait le point sur les projets déjà en cours. Dans ce sens, le ministre de la santé et de la protection sociale, Amine Tehraoui, a affirmé, mardi à la Chambre des conseillers, que la question des Urgences constitue une priorité majeure dans le chantier de réforme du système de santé, en tant que service vital pour sauver des vies et assurer une prise en charge immédiate des citoyens. En réponse à une question orale sur «la situation des services des Urgences au secteur public», M. Tahraoui a indiqué que ces services connaissent certaines difficultés, notamment la surpopulation et le sous-effectif en ressources humaines, outre le fait que près de 60% des cas qui s’y présentent ne relèvent pas réellement de situations d’urgence, ce qui augmente la pression et affecte, selon lui, la qualité de la prise en charge.
Réorganisation
Dans ce sens, il a souligné que le ministère a adopté une panoplie de mesures pour améliorer et développer les services d’accueil des Urgences, à travers un plan d’action à court terme (10 semaines) basé sur la réorganisation des services internes, l’unification des protocoles et des procédures médicales de prise en charge des patients en situation d’urgence, ainsi que le renforcement de la présence des médecins dans les services des urgences de manière permanente. Ce plan, a-t-il poursuivi, prévoit également l’adoption d’une signalétique unifiée pour les services d’Urgence à l’échelle nationale, l’amélioration des salles de repos du personnel de santé afin de garantir des conditions de travail décentes, ainsi que l’aménagement des espaces d’accueil et des salles d’attente pour garantir un environnement confortable aux patients et mieux organiser leur accès aux services médicaux. Dans le même sillage, M. Tehraoui a relevé que son département a adopté un plan de réforme structurelle à moyen terme, axé notamment sur la réforme de la formation en médecine d’urgence, le renforcement des ressources humaines, l’introduction d’incitations financières et professionnelles spécifiques pour attirer davantage de médecins et d’infirmiers vers cette spécialité, le développement des réseaux de type «SAMU» pour garantir la prise en charge pré-hospitalière, outre l’unification des protocoles médicaux relatifs aux cas d’urgence.
Zones rurales
En réponse à une autre question sur «La réhabilitation des centres de santé dans les zones rurales», le ministre a souligné que les difficultés rencontrées en milieu rural en matière d’accès aux services de santé sont traitées dans le cadre d’un chantier de réforme globale lancé en 2021, visant à réduire les disparités territoriales et à garantir une plus grande équité dans l’accès aux soins. Dans ce cadre, il a cité notamment la création de plusieurs infrastructures de santé, notamment les hôpitaux de proximité de Midar (province de Driouch), Talsint et Ahfir, qui présentent des services de santé à environ 170.000 habitants, ainsi que l’hôpital provincial de Tinghir, qui couvrira plus de 300.000 personnes et constituera une référence régionale. Ces réalisations en milieu rural s’inscrivent dans le cadre d’un ambitieux programme national d’investissement dans les infrastructures de santé, reposant sur le lancement d’un programme de réhabilitation de 1.400 centres de santé de proximité d’ici décembre 2025, selon des normes unifiées pour les centres de santé de nouvelle génération, comprenant des espaces d’accueil modernes, des équipements biomédicaux, une pharmacie intégrée, des salles d’attente confortables et une connexion au système numérique national, a-t-il fait savoir. Le programme, a ajouté M. Tehraoui, inclut également 22 nouveaux projets hospitaliers entre 2022 et 2025, avec une capacité litière supplémentaire de 2.433, ainsi que 24 projets en cours de réalisation (2025–2026) avec une capacité litière de 2.273 et 20 projets supplémentaires programmés d’ici 2027, avec une capacité de 2.430. En parallèle, la construction de Centres hospitaliers universitaires (CHU) a été lancée dans différentes régions du Royaume, afin que chaque région se dote d’infrastructures universitaires modernes offrant des services médicaux avancés et une formation médicale sur le plan local, ce qui réduira la migration interne vers les grandes villes, a-t-il conclu.
Médicaments
Par ailleurs, le ministre de la santé et de la protection sociale a fait savoir qu’aucune hausse n’a été enregistrée dans les prix des médicaments ou dans la tarification officielle des actes médicaux. «La tarification nationale de référence actuellement en vigueur date de 2006 et n’a pas encore été révisée», a précisé le ministre lors de la séance des questions orales à la Chambre des conseillers, en réponse à une question sur la «hausse des coûts de traitement». M. Tehraoui a souligné que son département s’engage à alléger la charge financière pesant sur les citoyens, à travers la mise en œuvre des mécanismes de prise en charge et le renforcement du rôle de l’assurance-maladie obligatoire (AMO) dans la réduction du coût des soins, afin d’assurer l’équité et la durabilité du système. Il a indiqué que le ministère se penche sur la mise en place d’une série de mesures concrètes, dont la révision des prix des médicaments et l’adoption de protocoles thérapeutiques obligatoires permettant de maîtriser les dépenses et de rationaliser la prescription des traitements. Il a également évoqué le renforcement du contrôle de la facturation et des remboursements en partenariat étroit avec la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) pour lutter contre la fraude et garantir la transparence du système, et la révision de la tarification nationale de référence et l’amélioration des mécanismes de remboursement et de prise en charge, dans le cadre des attributions de la Haute autorité de la santé. M. Tehraoui a estimé que le ressenti d’une hausse des coûts est principalement lié à l’augmentation de la demande des services de santé, notamment dans le secteur privé après la généralisation du régime de l’AMO, qui a permis à de larges franges de la population d’accéder aux soins dans divers établissements de santé.
AMO
CNSS. Le ministre de la santé et de la protection sociale a relevé que le nombre des bénéficiaires de l’AMO, gérée par la CNSS, a connu une hausse sans précédent parmi les catégories couvertes (salariés, travailleurs non-salariés, bénéficiaires du régime AMO-Tadamoun et du régime AMO Achamil), passant de 8,6 millions en 2021 à 24,3 millions en 2024, pour se stabiliser à 24,2 millions à la mi-2025, dont environ 10,9 millions de bénéficiaires du régime AMO-Tadamoun. Et de conclure que le nombre de dossiers de remboursement a fortement augmenté, atteignant 23,8 millions en 2024, contre 17,4 millions en 2023, soit une hausse de 37 % en seulement deux ans. A noter enfin que le gouvernement continuera en 2026 de s’employer à résorber le déficit constaté en se focalisant sur l’amélioration de l’offre en infrastructures sanitaires, à travers la mise en service des deux Centres hospitaliers universitaires d’Agadir et de Laâyoune, le parachèvement des travaux de construction et d’équipement du Centre hospitalier universitaire Ibn Sina de Rabat et la poursuite des travaux de construction des Centres hospitaliers universitaires de Béni Mellal, Guelmim et Errachidia. Les efforts de valorisation et de développement des ressources humaines du secteur se poursuivront, de même que le renforcement de la gouvernance du système de santé.










