ActualitéUne

Investissements, capital humain et innovation territoriale au cœur du processus de développement

© D.R

Entretien avec Mbarka Bouaida, présidente de la région de Guelmim-Oued-Noun

Le 50ème anniversaire de la commémoration n’est pas seulement festif. Il est gage de lancement de plusieurs projets dans le Royaume. Mbarka Bouaida, présidente de la région de Guelmim-Oued-Noun, revient sur les axes de développement autres que l’économie bleue et le tourisme. Le capital humain étant un levier incontournable pour la réussite de ce processus, la politicienne revient sur les différentes actions à mettre en place dans l’éducation.

ALM : Ce 50ème anniversaire de la commémoration de la Marche Verte arrive après une résolution onusienne très favorable pour le Maroc. Comment voyez-vous cette décision en tant que présidente d’une des régions des provinces du Sud ?

Mbarka Bouaida : La résolution onusienne adoptée récemment marque un tournant historique et vient conforter la justesse de la cause nationale, portée avec constance et sagesse sous la conduite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. En tant que présidente de la région Guelmim-Oued Noun, je ressens une immense fierté et une profonde satisfaction, partagées par l’ensemble des habitants des provinces du Sud.
Cette décision du Conseil de sécurité consacre non seulement la légitimité du Plan d’autonomie, mais elle reconnaît également les avancées remarquables réalisées dans nos régions en matière de développement, de gouvernance et de stabilité. C’est une reconnaissance internationale du modèle marocain, fondé sur la décentralisation, la participation citoyenne et le développement intégré.
Pour nous, dans le Sud, cette résolution vient renforcer notre engagement à poursuivre la mise en œuvre du Nouveau modèle de développement des provinces du Sud, à consolider nos acquis et à bâtir un avenir fondé sur la confiance, la prospérité et l’unité nationale.

Pensez-vous que cette décision aura un impact direct sur les investissements dans la région que vous représentez ?

Absolument. Cette décision du Conseil de sécurité envoie un signal fort de stabilité et de crédibilité, deux éléments essentiels pour attirer les investisseurs. Elle confirme que les provinces du Sud du Royaume évoluent dans un environnement sûr, porteur et résolument tourné vers l’avenir.
Nous le constatons déjà, la confiance des partenaires nationaux et étrangers s’est renforcée au fil des dernières années grâce aux grands projets structurants lancés, qu’il s’agisse d’infrastructures portuaires, routières ou énergétiques. La résolution onusienne vient consolider cette dynamique en confortant l’image d’un territoire stratégique, soutenu par une vision royale claire et des institutions locales solides. Concrètement, elle ouvrira la voie à une accélération des investissements, notamment dans les secteurs de l’énergie renouvelable, de la pêche, de l’agro-industrie, du tourisme durable et de la logistique. C’est une opportunité majeure pour renforcer le rôle de Guelmim-Oued Noun comme trait d’union économique entre le Nord et le Sud du Royaume, et comme hub africain en devenir.

Le plan de développement arrêté à 2027 retient de nombreuses actions qui ont déjà été largement médiatisées, mais quels seraient vraiment les axes prioritaires (en dehors de l’économie bleue et le tourisme) pour capter les investissements (nationaux et internationaux) ?

Au-delà de l’économie bleue et du tourisme, deux leviers structurants pour notre région, nous concentrons nos efforts sur plusieurs axes prioritaires capables d’attirer durablement les investissements nationaux et internationaux.
Le premier concerne les énergies renouvelables, un secteur dans lequel Guelmim-Oued Noun dispose d’un potentiel exceptionnel. La région bénéficie d’un ensoleillement et d’un gisement éolien parmi les plus importants du pays. Nous travaillons à valoriser ce potentiel à travers des partenariats public-privé et des projets intégrés qui contribueront à la souveraineté énergétique du Royaume.
Le second axe touche au capital humain et à l’innovation territoriale. Nous croyons que l’attractivité d’un territoire repose aussi sur la qualité de ses compétences. C’est pourquoi nous investissons dans la formation professionnelle, l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes, ainsi que dans les zones d’innovation, notamment autour du numérique et des technologies vertes.

Enfin, nous misons sur l’agro-industrie et la valorisation des ressources locales, en accompagnant la transformation des filières agricoles, halieutiques et artisanales. L’objectif est de créer de la valeur ajoutée sur place, d’encourager l’exportation et d’attirer des partenaires désireux d’investir dans des chaînes de valeur durables. Ces priorités traduisent une ambition claire de faire de Guelmim-Oued Noun un pôle d’équilibre et d’innovation, capable de relier les opportunités du Nord à celles du grand Sud, dans une logique de développement intégré et inclusif.

Concernant le capital humain, trouvez-vous sur place les ressources humaines pour suivre le plan de développement ?

C’est un véritable défi, mais aussi une formidable opportunité. La région Guelmim-Oued Noun dispose d’un capital humain jeune, motivé et en pleine évolution mais il est vrai que certaines compétences spécifiques, notamment dans les domaines techniques, industriels ou liés à la transition énergétique, restent à renforcer. C’est pourquoi nous avons fait du développement des compétences locales un pilier essentiel de notre plan régional. Nous travaillons étroitement avec les universités, les établissements de formation professionnelle et les acteurs économiques pour adapter les cursus aux besoins du marché.

Plusieurs programmes sont déjà en cours, visant à former des profils dans les métiers des énergies renouvelables, du digital, de la gestion territoriale et du tourisme durable. Notre objectif est double, retenir les talents de la région en leur offrant de vraies perspectives d’emploi et attirer des compétences extérieures capables de transmettre leur savoir-faire. À terme, nous voulons que Guelmim-Oued Noun devienne un modèle de territoire où le développement économique s’accompagne d’un développement humain équilibré, au service de la cohésion sociale et de la performance régionale.

Comment comptez-vous les attirer? Existe-t-il un plan d’action dédié à cette ressource essentielle à la réussite du développement de la région ?

Oui, tout à fait. Nous avons conscience que le développement régional ne peut réussir sans un capital humain solide, formé et engagé. C’est pourquoi nous avons élaboré un plan d’action spécifique dédié à l’attractivité et à la mobilisation des compétences, en cohérence avec les orientations du Nouveau modèle de développement des provinces du Sud. Ce plan repose sur trois leviers principaux. Le premier consiste à créer un environnement de vie attractif : logements, infrastructures sociales, culturelles et sportives, connectivité numérique et mobilité.

L’idée est d’offrir aux talents les conditions nécessaires pour s’installer durablement dans la région. Le deuxième levier concerne les incitations professionnelles, accompagnement des entrepreneurs, appui à la création de startups locales et partenariats avec les grands groupes pour favoriser les transferts de compétences et les stages de longue durée. Enfin, le troisième levier repose sur la mise en réseau et la valorisation des compétences régionales à travers des plateformes numériques et des initiatives de «talent mapping». Nous travaillons aussi avec la diaspora originaire de Guelmim-Oued Noun, souvent hautement qualifiée, pour encourager son implication dans le développement du territoire. En résumé, il s’agit de bâtir une région qui inspire confiance, attire les compétences et offre des perspectives concrètes de réussite, aussi bien aux jeunes qu’aux investisseurs.

En termes d’éducation existe-t-il des projets dans le pipe pour former sur place et recruter dans les entreprises futures ?

Oui, plusieurs projets structurants sont déjà en préparation ou en cours de déploiement afin de renforcer l’offre éducative et la formation sur place, dans une logique d’adéquation avec les besoins du tissu économique régional.
D’abord, la région œuvre à l’extension et à la diversification de l’offre universitaire, avec la création d’antennes spécialisées relevant de l’Université Ibn Zohr et le développement de nouvelles filières en ingénierie, énergies renouvelables, gestion logistique et économie numérique. Ces formations ont été pensées en concertation avec les acteurs économiques locaux pour anticiper les profils requis par les entreprises qui s’implanteront dans la région.

Ensuite, nous mettons l’accent sur la formation professionnelle de proximité, à travers de nouveaux établissements relevant de l’OFPPT et des partenariats avec des instituts sectoriels. L’objectif est de former des techniciens et cadres intermédiaires dans des domaines tels que la maintenance industrielle, les métiers portuaires, la transformation agroalimentaire ou le tourisme durable.
Parallèlement, la région soutient la création de programmes d’alternance et de stages encadrés entre les établissements de formation et les entreprises locales, afin de faciliter l’insertion des jeunes et d’encourager les entreprises à recruter localement. En somme, notre ambition est claire, que chaque projet d’investissement majeur dans Guelmim-Oued Noun s’accompagne d’un projet de formation adapté, pour que la richesse créée profite d’abord aux jeunes de la région. Enfin, notre ambition est d’avoir à terme une université.