Entretien avec Hasnae Zerrouq, directrice de la formation professionnelle et de la formation continue des artisans
Pensé comme un levier d’employabilité et de transmission des savoir-faire, le dispositif de formation professionnelle dans les métiers d’artisanat, d’art, de production et de service place l’apprentissage au cœur de ses priorités. En associant enseignement pratique, accompagnement professionnel et reconnaissance des acquis, il contribue à structurer durablement le secteur et à renforcer son rôle dans l’économie nationale. Hasnae Zerrouq, directrice de la formation professionnelle et de la formation continue des artisans, détaille les grandes lignes de ce programme.
ALM : Pouvez-vous nous donner un aperçu sur le dispositif de formation professionnelle dans les métiers d’artisanat, d’art, de production et de service ?
Hasnae Zerrouq : Nous disposons aujourd’hui d’un dispositif national structuré, qui forme gratuitement des jeunes dès 15 ans aux métiers de l’artisanat et leur garantit une insertion professionnelle immédiate. Notre priorité c’est que chaque jeune qui choisit l’artisanat puisse apprendre un métier authentique et trouver sa place rapidement dans le marché du travail.
Concrètement, nous proposons une formation diplômante reconnue au niveau national, couvrant l’ensemble des métiers qui portent notre patrimoine artisanal : le bois, le cuir, les métaux, le textile et la couture traditionnelle, mais également la pierre, la terre, le verre, les produits à base végétale et les services liés à l’artisanat.Ce dispositif se structure autour de deux voies principales. La première est la formation résidentielle, assurée dans les établissements de formation relevant du secrétariat d’État chargé de l’artisanat et de l’économie sociale et solidaire, qui combine des enseignements théoriques, des ateliers pratiques et un stage de courte durée en entreprise pour une immersion professionnelle. La seconde est la formation par apprentissage, fondée sur l’alternance et l’immersion dans l’environnement réel de production : environ 80 % de formation pratique chez le maître artisan ou en entreprise artisanale et 20 % d’enseignements théoriques et technologiques dispensés dans nos centres spécialisés. Cette modalité est aujourd’hui l’une des plus efficaces pour atteindre une employabilité rapide et durable.
Au-delà de ces deux parcours, notre dispositif accompagne également les artisans tout au long de leur carrière. Nous avons mis en place la validation des acquis de l’expérience, afin de reconnaître officiellement les compétences professionnelles acquises sur le terrain. Nous assurons aussi la formation continue des artisans en exercice, pour leur permettre d’actualiser leurs savoir-faire et de rester compétitifs dans un marché en évolution constante. Enfin, en partenariat avec l’Unesco, nous conduisons un programme national de sauvegarde des métiers en voie de disparition afin de transmettre les savoir-faire les plus rares aux nouvelles générations. Ainsi, notre modèle de formation répond à un double enjeu : préserver l’âme de nos métiers d’art et renforcer l’autonomie économique des jeunes et des artisans.
Pourquoi avoir opté pour l’approche de formation par apprentissage ?
La formation par apprentissage correspond parfaitement à la réalité des métiers de l’artisanat. Ce sont des métiers de précision, où le geste, la pratique et l’expérience font toute la différence. Apprendre directement auprès d’un maître artisan, au cœur de l’atelier, permet aux jeunes de maîtriser les savoir-faire authentiques du métier, mais aussi ses valeurs et ses exigences. Avec environ 80 % de pratique en entreprise artisanale et 20 % de théorie dans nos centres spécialisés, l’apprentissage plonge le jeune dans la vraie vie professionnelle : la relation avec la clientèle, la gestion des commandes, les délais, la qualité… ce sont des éléments qui ne s’acquièrent qu’en étant sur le terrain. C’est aussi une voie qui facilite réellement l’insertion professionnelle : le jeune devient rapidement opérationnel, construit son réseau et peut s’orienter directement vers l’emploi ou l’auto-emploi.
Comment cette action s’inscrit-elle dans la stratégie nationale de valorisation de l’artisanat ?
Cette initiative s’inscrit dans la continuité de la stratégie nationale visant la valorisation, la modernisation et la transmission des métiers de l’artisanat. Elle découle directement des orientations de la feuille de route nationale pour l’emploi, qui fait de la formation par apprentissage un levier prioritaire d’insertion des jeunes, ainsi que du contrat programme 2025-2030 consacré au développement du dispositif de formation par apprentissage dans l’artisanat. À travers cette action, nous voulons renforcer l’attractivité du secteur, améliorer son intégration dans l’économie et préserver les savoir-faire traditionnels qui constituent un patrimoine immatériel précieux pour notre pays.
Sa mise en œuvre s’appuie sur un partenariat solide réunissant les douze Chambres régionales de l’artisanat, les associations gestionnaires des centres de formation relevant du département de l’artisanat, le département de la formation professionnelle ainsi que l’Anapec. Cette synergie permet de garantir une meilleure cohérence entre la formation, les besoins du marché et les dynamiques de développement territorial.
Comment se déroule concrètement la formation ?
La formation par apprentissage, c’est vraiment apprendre en pratiquant. Et c’est exactement ce dont nos métiers artisanaux ont besoin. Concrètement, le jeune passe près de 80 % de son temps en atelier, au contact du maître artisan, pour maîtriser les gestes et techniques du métier. Les 20 % restants sont assurés en centre de formation pour consolider les bases théoriques et technologiques. L’objectif c’est qu’il soit prêt à entrer sur le marché du travail. Ce qui est très important aussi, c’est que cette voie reste ouverte à tous les jeunes. La formation est entièrement gratuite et accessible dès 15 ans. Que le jeune sache simplement lire et écrire, qu’il ait un niveau primaire, collège ou lycée mais qu’il n’ait pas pu poursuivre ses études, il a sa place dans notre dispositif. Nous lui offrons une vraie opportunité : apprendre gratuitement un métier et obtenir un diplôme national reconnu, que ce soit le certificat d’apprentissage professionnel, le diplôme de spécialisation professionnelle ou le diplôme de qualification professionnelle, selon son niveau et sa progression. Et pour garantir cet accompagnement partout au Maroc, nous disposons d’un réseau de 67 centres de formation et de plus de 100 annexes, permettant d’accueillir près de 30.000 apprentis par an.
Quels débouchés offrent ces formations aux jeunes diplômés ?
Les débouchés sont très concrets. Une grande partie des diplômés est embauchée directement par les entreprises artisanales où ils ont été formés. Et beaucoup choisissent aussi l’auto-emploi : ils créent leur propre activité ou rejoignent des coopératives. C’est d’ailleurs l’une des grandes forces du secteur. Avec ce programme, nous renforçons le tissu économique artisanal, nous créons des opportunités d’emploi durables et nous assurons la transmission des métiers entre générations. L’ambition est claire : former une nouvelle génération d’artisans qualifiés, capables d’innover tout en préservant l’authenticité de nos savoir-faire et de contribuer pleinement au rayonnement économique et culturel du Maroc.










