CultureEntretien

Entretien avec Ouaaba, maestro du groupe Ahidous Iaarimen des arts culturels d’Aguelmous: «Ahidous incarne l’âme collective du peuple amazigh»

© D.R

En marge du Festival des olives organisé du 6 au 9 novembre 2025 à Zaouiat Cheikh, nous avons rencontré le jeune maestro. Il nous fait part de sa passion envers Ahidous, cette danse artistique qui reflète la sagesse, l’hospitalité et la bravoure des Amazighs.

ALM : Comment pratiquez-vous Ahidous ?
Maestro Ouaaba : En général, Ahidous est une danse circulaire où hommes et femmes se tiennent côte à côte, formant une chaîne humaine symbolisant l’unité, la cohésion et la solidarité communautaire et où le nombre d’hommes ou de femmes est généralement de dix, avec un maestro qui est le onzième, voire le treizième ou le quinzième. Quant aux femmes, leur nombre varie entre deux, trois ou quatre, mais elles n’y participent qu’en cas de nécessité. La plupart du temps, elles prennent part aux festivals et doivent être présentes lors des événements et des célébrations.

Et qu’en est-il des paroles et des thèmes qui sont abordés à Ahidous?
En ce qui concerne les poèmes d’Ahidous, lorsque nous assistons à une fête, nous chantons toujours des poèmes en fonction du thème sur lequel le festival est basé. Par exemple, si nous allons à un mariage, nous réciterons des poèmes sur le marié ou la mariée, sur l’amour, etc. Ainsi, lors de ces festivals et des célébrations en général, nous abordons la thématique de l’événement, qu’il s’agisse de la célébration d’un évènement, de la patrie ou de l’amour car chaque occasion a son propre thème.

Quand et pourquoi avez-vous intégré ce domaine ?
Je suis entré dans cet univers depuis mon plus jeune âge, car mon père y a déjà participé, dans les années 1988-1990. Depuis mon enfance, j’allais aux fêtes, j’aimais les groupes et ma passion était la poésie amazighe, les chants et Ahidous. J’ai aimé cet univers artistique depuis l’âge de 13 ans, étant né en 1989. Ainsi, j’ai intégré des groupes, j’étais le plus jeune et j’ai rassemblé de jeunes talents dans des formations afin de former un groupe homogène et solidaire. J’avais aussi l’habitude de visionner des vidéos et je pensais sans cesse à Ahidous, à ses costumes, à ses chants…

Parlez-nous des costumes de votre danse ?
Notez d’abord que la passion, la persévérance et le travail continu sont la clé du succès dans Ahidous. Mon amour pour cette danse unique en son genre m’a encouragé à choisir nos costumes et à innover au niveau des instruments de musique, des paroles des chansons… Car, les premiers costumes – je parle des authentiques – étaient de couleur blanche et noire, c’était la véritable tenue amazighe. Mais aujourd’hui, nous avons modifié certaines choses et ajouté des couleurs, même si j’apprécie toujours l’authenticité du vêtement originel, malgré la modernité qui a complétement changé la scène artistique.

Avez-vous participé à des festivals au Maroc et à l’étranger ?
Oui, mais en général, ce sont les responsables et les organisateurs des différentes célébrations qui choisissent et invitent les groupes d’Ahidous qui peuvent y participer, car ils leur soumettent des demandes de participation. Mon groupe a participé, avec respect, à de nombreux festivals, manifestations et mariages, sans contrepartie, et avec tout le respect. Et chaque fois que l’on nous invite, nous y allons avec joie.

Quelles sont vos doléances ?
Nous lançons un appel au ministère de tutelle et à toutes les parties prenantes pour nous soutenir. Faute de soutien matériel, nombreux et nombreuses sont ceux et celles qui quittent Ahidous une fois pour toutes parce qu’ils ne sont pas encouragés. Et lorsque ces membres du groupe choisissent de partir, on est obligés de chercher d’autres éléments, de leur dispenser des formations afin qu’ils découvrent notre vrai monde artistique.

Parlez-nous d’Ahidous à Aguelmous relevant de la province de Khénifra ?
Dans notre contrée, Ahidous a connu un grand progrès et est appréciée par le public, par les gens, à Aguelmous et au Maroc. Ahidous est toujours présente lors des événements et des célébrations, c’est un art à la fois populaire et respecté mais il manque de soutien. C’est pourquoi j’adresse une nouvelle fois mon appel aux personnes passionnées par l’art marocain authentique, afin qu’elles apportent leur soutien à ces groupes d’Ahidous, pour qu’ils puissent continuer à préserver cet héritage culturel et artistique. Ahidous est un monde plein de symbolique et de vérités authentiques.

Parlez-nous de la symbolique d’Ahidous dans votre province…
Dans la province de Khénifra, au cœur du Moyen Atlas, la danse d’Ahidous constitue bien plus qu’une simple expression artistique: elle incarne l’âme collective du peuple amazigh, unissant poésie, musique, gestes et costumes dans une harmonie à la fois esthétique et spirituelle. Le cercle, figure centrale de la chorégraphie, exprime l’éternel recommencement de la vie et la continuité des traditions. Chaque mouvement, chaque battement de tambour, traduit un message implicite d’appartenance et de partage. Les poèmes chantés, souvent improvisés, expriment les sentiments les plus profonds de la communauté : l’amour de la terre, la bravoure, la nostalgie, ou encore la célébration de la nature. Ces vers poétiques, portés par la voix des imdyazn (poètes-chanteurs), servent à transmettre la sagesse des ancêtres et les valeurs morales du groupe. Les costumes traditionnels jouent eux aussi un rôle symbolique essentiel. Les femmes se parent de tissus blancs, couleur de pureté et de paix, tandis que les hommes revêtent la djellaba et le turban, signes de respect et de dignité.

L’uniformité des habits renforce l’idée d’égalité et d’unité au sein du groupe. Quant aux gestes et aux pas de danse, ils expriment une parfaite synchronisation entre les participants, révélant l’esprit de discipline et d’harmonie propre à la culture amazighe. L’alternance entre mouvements lents et rapides traduit le rythme de la vie, ses joies et ses épreuves, mais aussi la résilience d’un peuple attaché à son identité. Ainsi, l’Ahidous, dans la province de Khénifra, demeure un langage symbolique complet, où chaque élément, poème, costume, geste ou musique, contribue à célébrer la mémoire collective et à préserver un patrimoine immatériel d’une richesse exceptionnelle. Véritable miroir de l’âme amazighe, cette danse continue de rassembler les générations autour d’une même cadence, celle de la fierté et de la transmission culturelle.