Chroniques

Tebboune lâche Sansal malgré lui !

Mustapha Tossa Journaliste éditorialiste

Posture autiste
La solidarité européenne s’est exprimée avec un tel éclat et une telle détermination qu’il était difficile d’imaginer qu’en cette période, la diplomatie européenne puisse rester inactive dans le cas où Sansal était amené à rester dans les prisons algériennes.

Pour l’observateur des soubresauts de la politique algérienne, jamais le régime algérien n’a été au centre de l’attention internationale depuis la décennie noire qui avait vu se dérouler une guerre civile d’une violence et d’un ratio meurtrier rarement atteints. Une attention internationale faite de critiques, d’angoisses et d’interrogations est à l’œuvre autour de l’Algérie.
Sous la présidence de Abdelmajid Tebboune, le régime algérien a montré au monde le visage hideux qu’il tentait de camoufler à-coups de pétrodollars et d’achats de réseaux et de consciences en Europe et en Afrique. Ces mêmes soutiens gavés qu’on trouvait généralement à gauche lui trouvaient toutes les excuses à ses compromissions irrationnelles. Mais ce soutien et cette compréhension ont vite trouvé leurs limites par la multiplication des arrestations de tous ceux qui osent critiquer la gouvernance de ce régime ou certaines vérités historiques dérangeantes comme l’avait fait Boualem Sansal. Son arrestation avait provoqué une immense onde de choc aux réverbérations planétaires.

Il est vrai que, fidèle à sa posture autiste, le régime algérien et sa propagande officielle se sont enfermés comme à leurs habitudes dans le déni. Pour eux Boualem Sansal était un traître à la nation qui méritait le châtiment suprême. Dans leurs argumentaires de justification, les propagandistes du régime algérien invoquaient un sentiment de jouissance vengeresse qui se veut aussi mobilisateur autour d’une certaine idée du sentiment national. Mais plus cette logique d’explication s’enfonce dans la célébration de ce sentiment, plus apparaît la vacuité de la démarche.
Boualem Sansal n’avait fait qu’exprimer un point de vue, une analyse, une conviction, une lecture de l’histoire qui reflète ses convictions. Il n’avait ni porté les armes, ni appartenu à une cellule terroriste clandestine. Cette dramatisation de la part du régime algérien était sans doute voulue pour envoyer des messages aux potentiels opposants de pseudo fermeté mais aussi la France dont Sansal vient d’acquérir la nationalité. Cette France qui venait tout juste de reconnaître la souveraineté du Maroc sur son Sahara.

Le tollé international était massif. Les députés du Parlement européen ont bombardé le régime algérien de qualificatifs dignes de la Corée du Nord. «État voyou», utilisé directement ou indirectement par de nombreux intervenants, est un concept qui résume la grande solitude algérienne. Déjà isolé à cause de ses postures agressives à l’encontre de son voisinage immédiat, rupture avec le Maroc, tension avec la Libye et l’Espagne, crise chronique avec la France, risque de guerre avec le Mali, le régime algérien s’isole et s’enferme pour vivre dans un autre monde, avec une autre réalité.
Pour de nombreux observateurs, cette affaire Sansal avait les ingrédients pour secouer la situation algérienne. La solidarité européenne s’est exprimée avec un tel éclat et une telle détermination qu’il était difficile d’imaginer qu’en cette période la diplomatie européenne puisse rester inactive dans le cas où Sansal était amené à rester dans les prisons algériennes. Et l’on peut même imaginer que pour éviter de vivre un dangereux tête-à-tête franco-algérien, la diplomatie française ne soit tentée de porter le combat de la libération de Sansal sur le plan européen. Et c’est exactement ce que le président Emmanuel Macron avait fait en activant efficacement la médiation allemande. Sans cela, le régime de sanctions évoqué par certains comme réponse à cette attitude algérienne pourrait frapper les autorités algériennes si elles persistent dans leurs stratégies de provocation.

Pendant toute cette période d’incarcération de Boualem Sansal qui avait duré une année entière, le régime Abdelmajid Tebboune était en face de deux choix. Le premier était vite de se rattraper en décidant la libération immédiate de Sansal sous n’importe quel prétexte, médical par exemple et de le renvoyer vers la France ou ailleurs, l’Allemagne en l’occurrence. Cette solution paraissait celle qui pouvait dégoupiller la pression internationale sur l’Algérie. Le second choix est de s’enfermer dans sa décision de vouloir punir jusqu’au bout Sansal en le jetant en prison pour le restant de sa vie. Et dans ce cas, le régime algérien accroche une corde de pendu autour de son cou. Ses relations avec l’Europe risquaient une dégradation inédite. Et le jour où l’administration américaine sous l’ère Donald Trump voudra poursuivre ses sanctions contre le régime algérien, il n’y aura personne en Europe pour élever la moindre contestation. Bien au contraire, Trump sera encouragé à trancher dans le vif à l’encontre d’un pays qui, non seulement défie la communauté internationale, mais qui est devenu un pays, comme l’Iran, comme la Corée du Nord, porteur d’une doctrine de tensions, de pyromanie et de guerres.