Les TPME sont la structure porteuse de l’économie nationale. Mais, elles n’ont pas toujours bénéficié d’un traitement à la hauteur de leur rôle.
Entrepreneuriat : Les TPME constituent près de 97 % du tissu économique formel, concentrant ainsi plus de 73 % de l’emploi privé déclaré à la CNSS. On les retrouve dans presque toutes les chaînes de valeur du pays. Cela étant, elles n’ont pas toujours bénéficié d’un traitement à la hauteur de leur rôle. Mais les choses ont changé..
L’Observatoire marocain de la très petite et moyenne entreprise (TPME) a publié en 2024 la cinquième édition de son rapport annuel. Une édition qui dresse un diagnostic du tissu des entreprises personnes morales actives (EPMA), au titre des années 2022 et 2023, enrichi par une analyse comparative avec la période pré-Covid de 2017 à 2019. Elle met en avant la résilience et la reprise du tissu productif national dans un contexte plombé de crises. Toutefois, cette dynamique reste contrastée selon la taille de l’entreprise et le secteur où elle opère. En fait, les TPME constituent près de 97 % du tissu économique formel, concentrant ainsi plus de 73% de l’emploi privé déclaré à la CNSS. On les retrouve dans presque toutes les chaînes de valeur du pays. Que ce soit l’industrie ou les services, dans la logistique comme dans l’agroalimentaire, dans l’artisanat comme dans le digital émergent, les TPME sont pour ainsi dire la structure porteuse de l’économie nationale. Cela étant, elles n’ont pas toujours bénéficié d’un traitement à la hauteur de leur rôle. Pendant plusieurs décennies, l’effort public s’est concentré sur l’industrialisation lourde, les filières exportatrices, les zones franches, les infrastructures majeures. Une stratégie qui a, certes, produit des résultats indéniables, mais elle a laissé un angle mort : l’économie de proximité, la petite entreprise, la micro-industrie, le commerce organisé, les services structurants.
La mutation actuelle change la donne
Avec l’entrée en vigueur de la nouvelle Charte de l’investissement et, surtout, avec le lancement officiel depuis Errachidia du premier dispositif national de soutien ciblé exclusivement sur les TPME, le gouvernement vient d’opérer un changement de paradigme. Le choix de cette ville en particulier comme point de départ est un message clair de la part du Chef du gouvernement. Cela signifie que le renouveau économique marocain ne se construira pas uniquement dans les grandes agglomérations, mais dans l’ensemble des territoires, y compris ceux qui pendant longtemps n’entraient pas en considération. Le dispositif lancé offre la possibilité à une petite entreprise d’obtenir jusqu’à 30 % de soutien direct sur son investissement, ce qui constitue une évolution majeure dans la politique économique du Royaume. Une telle proportion d’aide publique n’avait jamais été consacrée à cette catégorie d’entreprises et montre l’importance nouvelle qui leur est attribuée.
L’importance et la pertinence de ce choix résident dans le fait qu’en réalité les TPME constituent la première ligne de défense de la résilience économique. Ce sont elles qui absorbent les chocs, s’adaptent rapidement aux variations de marché, ajustent leurs modèles d’affaires et créent de l’emploi, là où les grands groupes cherchent plutôt des gains d’efficacité. Les TPME sont également le premier réservoir de l’entrepreneuriat jeune, féminin et territorial. La montée en puissance des services numériques, des activités à valeur ajoutée moyenne et de la micro-industrialisation a contribué à renforcer leur rôle. En une dizaine d’années, les formalités administratives ont été simplifiées, la digitalisation des procédures s’est accélérée et la culture de gestion progresse lentement. Mais un élément manquait : une reconnaissance explicite et un soutien direct. Le lancement d’Errachidia va certainement combler ce déficit historique.
Une vision assumée
Avec ce soutien, une nouvelle étape est ouverte dans la structuration de l’économie marocaine. C’est le début d’une dynamique où la performance ne dépend plus uniquement de la taille, mais de la capacité d’intégration, de la qualité de gestion, de l’innovation, de l’impact territorial et du potentiel de création d’emplois. Il place aussi les TPME au cœur des grandes transitions nationales : souveraineté industrielle, économie verte, digitalisation, réforme territoriale. C’est ainsi que la petite entreprise ne sera plus perçue comme une entité fragile à protéger, mais comme une force stratégique à mobiliser.
Il va sans dire que dans un futur proche, la plupart des transformations, qu’elles soient environnementales, énergétiques ou technologiques, passeront par les TPME. Leur implication dans la filière automobile, dans l’agrotransformation, dans les industries propres, dans les services numériques, dans la logistique régionale ou dans les travaux publics de proximité sera décisive. L’État semble désormais avoir pris la mesure de cet enjeu. Avec le dispositif lancé à Errachidia, il assume une vision que beaucoup d’entrepreneurs attendaient : celle où la petite entreprise n’est plus à la marge, mais au centre de la stratégie économique nationale.










