La part des résidents étrangers originaires d’Europe, historiquement dominante, connaît un net recul : elle ne représente plus que 20,3% en 2024, contre 40% en 2014.
Etude : Le Haut-Commissariat au Plan ( HCP) décrit le profil des étrangers résidant au Maroc à travers la publication d’une étude. Leur nombre s’élève à 148.152 personnes, représentant près de 0,4% de l’ensemble de la population du pays. Les détails.
Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a publié une étude sur les résidents étrangers au Maroc en mettant en évidence leurs origines géographiques, les motifs de leur présence, leur répartition territoriale et leur niveau d’intégration socio-économique. Dans le cadre de cette analyse, la population dite «étrangère» regroupe l’ensemble des personnes résidant au Maroc ayant déclaré, lors du dernier recensement, une nationalité autre que marocaine. Sur une population totale de 36,8 millions d’habitants recensée en 2024, le nombre d’étrangers résidant au Maroc s’élève à 148.152 personnes, représentant près de 0,4% de l’ensemble de la population du pays. Comparativement au recensement de 2014, cette population a enregistré une hausse de 64.151 individus, soit un accroissement global de 76,4% au cours de la période 2014-2024. Cette évolution confirme la place croissante du pays comme destination d’immigration dans la région. La répartition des résidents étrangers selon leur région de nationalité confirme la prédominance croissante des ressortissants d’Afrique subsaharienne dans les dynamiques migratoires vers le Maroc. En 2024, ceux-ci représentent 59,9% de l’ensemble des migrants étrangers, contre seulement 26,8% en 2014. En revanche, la part des résidents étrangers originaires d’Europe, historiquement dominante, connaît un net recul : elle ne représente plus que 20,3% en 2024, contre 40% en 2014. De même, la proportion des résidents étrangers issus de la région MENA a diminué, passant de 13,3% en 2014 à 7,3% en 2024. Les ressortissants maghrébins représentent 6% des résidents étrangers au Maroc. Cette part a connu un recul marqué par rapport à 2014, où elle s’élevait à 13%. Le HCP explique ce déclin en grande partie par la baisse du nombre de migrants libyens, dont la présence s’était intensifiée après l’instabilité politique de 2011, pour atteindre 2% en 2014, avant de chuter à 0,5% selon le dernier recensement. Les régions d’Asie et d’Amérique du Nord demeurent marginales dans la structure globale des résidents étrangers au Maroc, représentant respectivement 4,1% et 1,8% en 2024.
Les raisons liées à l’emploi en tête des motifs d’immigration
Le recensement de 2024 a intégré une question spécifique sur les motifs de migration des personnes étrangères résidant dans le pays. Les résultats ont révélé la prédominance des motivations économiques, avec 53,3% des migrants déclarant être venus au Maroc pour des raisons liées à l’emploi. En deuxième position, figurent les raisons familiales, invoquées par 20,8% des migrants. Les études et la fin d’études constituent également un motif important de migration, avec 14% des migrants concernés. Ce constat confirme l’attrait croissant du Maroc en tant que pôle éducatif régional. Par ailleurs, les motifs forcés ou humanitaires restent marginaux. En effet, seuls 2,5% des migrants évoquent des conflits ou des situations d’insécurité, tandis que les raisons liées aux changements climatiques (désertification, inondations, etc.) ne représentent que 0,3% des cas. D’autres motifs, plus marginaux, se dégagent également, tels que la recherche de soins médicaux (0,3%) ou la fuite de situations de racisme ou d’exclusion (0,5%).
Par ailleurs, l’investissement et les affaires (1,8%) ainsi que la retraite (2,2%) reflètent une migration de profils plus qualifiés ou aisés.
Casablanca-Settat regroupe 43,3% des étrangers
Près de la majorité (95%) des étrangers vivent en milieu urbain. Deux régions concentrent la majorité d’entre eux, à savoir Casablanca-Settat qui regroupe 43,3% des étrangers et Rabat-Salé-Kénitra avec 19,2%. D’autres régions, comme Fès-Meknès qui comptait 9,2% des résidents étrangers en 2014, voient leur part chuter à 4,1% en 2024. Une tendance similaire est observée dans la région de l’Oriental, dont la part passe de 7,5% à seulement 1,9% sur la même période. La région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima affiche une relative stabilité dans la répartition des résidents étrangers, passant de 6,2% en 2014 à 6,5% en 2024. À l’inverse, certaines régions enregistrent une progression significative. C’est le cas de Marrakech-Safi, dont la part passe de 4,5% à 9,2%, et de Souss-Massa, de 3% à 9,4% entre 2014 et 2024. Selon le HCP, le secteur touristique dans la région de Marrakech et l’agriculture intensive dans le Souss-Massa jouent un rôle central dans l’attraction de la main-d’œuvre migrante.
Caractéristiques socio-démographiques
La population étrangère recensée au Maroc se caractérise par une légère prédominance masculine, avec 55,9% d’hommes contre 44,1% de femmes.
A noter que 80,1% des personnes recensées sont âgées de 15 à 64 ans, autrement dit en âge d’activité. Les moins de 15 ans représentent 13,9% et les personnes âgées de plus de 65 ans (6 %). Parmi les résidents étrangers âgés de 15 ans et plus, les personnes célibataires représentent près de la moitié de la population (49,4%). Les migrants mariés représentent 45,5%. En ce qui concerne les statuts de divorcé (2,8%) et de veuf (1,5%), ils demeurent minoritaires parmi les résidents étrangers. S’agissant du niveau d’instruction, 38,9% disposent d’un diplôme de l’enseignement supérieur et 28,2% ont atteint le niveau secondaire. Par ailleurs, une proportion non négligeable des personnes recensées, soit 20,8%, n’a aucun niveau d’instruction ou n’a fréquenté que le préscolaire. Il convient de préciser que cette catégorie inclut également des enfants âgés de 10 à 14 ans, encore en cours de scolarisation, ce qui explique en partie ce faible niveau. Cette proportion reflète aussi la présence de migrants issus de milieux peu alphabétisés ou ayant eu un accès limité à l’éducation avant leur arrivée au Maroc. Par ailleurs, parmi les résidents étrangers âgés de 15 ans et plus, 53,8% sont des actifs occupés, traduisant une intégration significative dans le marché du travail marocain. Par ailleurs, 17,5% des étrangers sont élèves ou étudiants, un chiffre qui met en lumière l’importance croissante des mobilités éducatives à destination du Maroc. Concernant le statut professionnel des réfugiés, le HCP précise que les résidents étrangers actifs occupés au Maroc sont majoritairement intégrés dans le salariat privé, qui concerne près des deux tiers (65,8%) d’entre eux. D’autres formes d’emploi sont présentes, notamment les travailleurs indépendants, ambulants (7,9%), avec local (4,9%) ou à domicile (3,6%), ainsi que les employeurs qui représentent 5,8% des actifs. Les salariés du secteur public constituent 4,1%. En perspective, la présence étrangère au Maroc devrait continuer à croître à moyen et long termes, sous l’effet combiné de la stabilité politique du pays, de ses perspectives économiques, de sa position géographique stratégique et de son rôle actif dans la coopération migratoire régionale et internationale.










