Le propriétaire de la maison lui a donné près de 100 mille dirhams. Mais toujours aucune trace du fameux trésor. Pire encore, le fquih a disparu.
Meurtre : Entre douar Beni Sekten de Ben Ahmed, province de Settat, et douar Sidi Abdelkrim à Taroudant, une amitié née dans la confiance a fini dans une fosse creusée pour un trésor qui n’existait peut-être pas.
Il y a près d’une année, trois pères de famille, un fquih venu du douar Ouled Arafa situé dans la commune rurale d’Ouled Berhil qui relève de la province de Taroudant et deux habitants du douar Beni Sekten situé dans la commune rurale Sidi Abdelkrim qui relève de la circonscription de Ben Ahmed, province de Settat, ont tissé des liens solides, nourris de confidences, de repas partagés et d’une fascination commune pour les histoires de trésors enfouis dans les terres. Des trésors qui, selon la légende populaire, sont gardés depuis des siècles par les djinns. Dans ce registre, le fquih se distinguait de ses deux amis. Car, il disait connaître les secrets des talismans, les lectures anciennes, les rituels capables d’apaiser les gardiens invisibles des trésors, qui sont les djinns.
Au fil de leurs rencontres, l’un des deux autres hommes qui demeurent au douar Beni Sekten à Ben Ahmed leur a confié le secret d’un trésor qu’il croyait être enterré tout près de chez lui. Sans trop attendre, ils se sont mis d’accord pour creuser, patiemment, obstinément, nuit après nuit, loin des regards des habitants du douar. Une profonde fosse a été creusée. Mais en vain. Le fquih leur a proposé de se reposer pour quelques jours. En attendant la reprise du creusage, ils ont recouvert la fosse d’un grand sachet noir en plastique pour ne pas attirer l’attention. Le temps passait, l’excavation reprenait, le trou s’approfondissait, mais le trésor restait introuvable. Le fquih a demandé alors de lui fournir des matériaux rares, indispensables selon lui pour protéger le lieu contre les esprits et poursuivre l’opération. Convaincu que la réussite était proche, le propriétaire de la maison lui a donné près de 100 mille dirhams. Mais toujours aucune trace du fameux trésor. Pire encore, le fquih a disparu. Son téléphone sonnait dans le vide. Les jours passaient. La suspicion s’est installée dans l’esprit de son ami. L’a-t-il été trompé ? L’a-t-il trahi ? C’est là qu’il a imaginé un stratagème pour faire revenir le fquih. À son ami et voisin, chauffeur de son état, encore en contact avec le fquih, il a demandé d’envoyer la photo d’une jarre poussiéreuse, prétendant qu’elle provenait du fond de la fosse. Une dernière étincelle d’espoir. La ruse a donné ses fruits. Le fquih, croyant que la fortune allait lui glisser entre les doigts, a pris immédiatement la route depuis son douar à Taroudant pour atterrir au douar Beni Sekten à Ben Ahmed.
C’était le samedi 27 novembre que les deux hommes se sont retrouvés et la tension accumulée des mois précédents a explosé. Entre accusations, colère et humiliation, la dispute est allée de mal en pis. Et dans un geste brutal, irréparable, l’hôte s’en est pris à son ami, l’achevant au bord de la fosse que tous deux avaient creusée. Puis il l’a enterré là, dans cette terre qu’ils avaient retournée ensemble, croyant y trouver une fortune, et qui est devenue une tombe.
Le voisin et ami du meurtrier, chauffeur, qui était en voyage, de retour au douar, lundi 1er décembre, a tente de joindre par téléphone le fquih. Sans succès. Troublé, il est allé trouver son ami et voisin, qui, dans un moment de panique ou de soulagement, lui a avoué tout, avoir tué et enterré le fquih tout en le suppliant de garder le secret. Mais le chauffeur s’est empressé de se rendre chez les gendarmes.
Cette nuit-là, du lundi dernier, vers 20 h, les gendarmes se sont rendus sur les lieux. À la lueur des lampes, ils ont exhumé le cadavre du fquih.
Le meurtrier et le chauffeur ont été placés en garde à vue avant d’être traduits devant le parquet général près la Cour d’appel de Settat.










