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Fake news : les professionnels des médias tirent la sonnette d’alarme

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«La lutte contre la désinformation et la déconstruction des narratifs mensongers et manipulatoires nécessitent une action publique coordonnée».

Une mobilisation s’impose face à la déferlante des fake news. C’est ce qui ressort d’une rencontre organisée par le ministère de la jeunesse, de la culture et de la communication – département de la communication- dans le cadre de ses efforts visant à faire face aux multiples problématiques que connaît l’espace médiatique et numérique, notamment celles liées aux fakes news et leurs répercussions sur l’individu et la société. Dans ce sens, la présidente de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA), Latifa Akharbach, a affirmé que la lutte contre la désinformation et la déconstruction des narratifs mensongers et manipulatoires nécessitent une action publique coordonnée. Une lutte durable et efficace contre la désinformation passe inéluctablement par l’adoption d’une approche fondée sur la responsabilité partagée et l’action coordonnée, dans le cadre de véritables politiques publiques, a indiqué Mme Akharbach lors d’une rencontre sur le thème «La lutte contre les fake news: approches et regards croisés». Ces politiques publiques devraient garantir une instauration durable des conditions nécessaires, en termes de libertés fondamentales, de professionnalisme médiatique et régulatoire, d’éducation citoyenne et de maîtrise technologique, afin d’anticiper et gérer les risques informationnels menaçant la cohésion nationale et le bon fonctionnement de l’espace démocratique, a-t-elle soutenu. De même, Mme Akharbach a souligné le rôle central des médias professionnels dans la lutte contre la désinformation, appelant à renforcer leur capacité à assumer ce rôle en misant sur la qualité et la crédibilité des productions et en œuvrant à dépasser les différentes formes de fragilité d’ordre économique, professionnel et éthique dont pâtit l’écosystème médiatique national. Notant que le caractère global des risques informationnels nécessite, paradoxalement, l’élaboration de réponses locales adaptées et ancrées dans les réalités nationales, la présidente de la HACA a insisté sur l’importance de responsabiliser les acteurs numériques, d’autant plus que l’information diffusée par les plateformes électroniques a un impact direct sur la qualité du débat public et sur la vie politique.

Usages médiatiques
A cet égard, Mme Akharbach a relevé une transformation des usages médiatiques, précisant qu’actuellement 78% des internautes marocains s’informent en ligne, selon l’édition 2025 du «Digital news report» réalisé par le Reuters Institute de l’Université d’Oxford, qui a couvert 48 pays dont le Maroc. Par ailleurs, des professionnels des secteurs des médias et du numérique, des éditeurs et des juristes se sont penchés également sur la question. Lors d’un panel initié dans le cadre d’une rencontre sur le thème «La lutte contre les fake news: approches et regards croisés», organisée par le ministère de la jeunesse, de la culture et de la communication – département de la communication-, les participants ont souligné l’importance d’une action collective, responsable et coordonnée, nécessitant l’adhésion des différents acteurs concernés. Ainsi, le directeur de la recherche et de la stratégie à l’Agence Maghreb Arabe Presse (MAP), Ahmed El Attari, a passé en revue la stratégie adoptée par l’Agence dans son combat contre les fake news, s’érigeant ainsi en un acteur de communication responsable et en un rempart de fiabilité informationnelle. Au-delà de son rôle de maintenir un haut niveau d’exigence professionnelle, de vérification et de responsabilité éditoriale dans le cadre d’une vision stratégique de souveraineté informationnelle, la MAP déploie différents outils opérationnels pour contrer la désinformation au sein du paysage médiatique national, a relevé M. El Attari. Dans son intervention, le responsable a mis en exergue la stratégie de la MAP visant à piloter une démarche de renforcement de la coopération médiatique, tout en contribuant au développement des médias africains dans leurs marches vers la résilience et la crédibilité médiatiques. Il a, dans ce sens, rappelé la création du Réseau des journalistes fact-checkers des agences de presse africaines, dans le but de mutualiser les expériences et les compétences en matière de vérification de faits, de partager les méthodologies et les outils entre agences africaines et de coordonner les réponses face à des campagnes de désinformation qui traversent toujours les frontières. Pour sa part, Narjis Rerhaye, membre du Conseil supérieur de la communication audiovisuelle (HACA), a mis en relief le rôle des médias audiovisuels traditionnels dans la déconstruction des fausses informations, appelant à une action collective en vue de contribuer à cet effort, mais aussi de contribuer à l’éducation numérique des citoyens. «Nous devrions plus que jamais renforcer le rôle des médias traditionnels, particulièrement la radio et la télévision», a-t-elle insisté, mettant l’accent sur la nécessité de développer le sens critique des citoyens qui sont confrontés aux flux des fausses informations. Selon Mme Rerhaye, ces informations sont dangereuses eu égard aux comportements qu’ils peuvent induire et aux modèles de représentation qu’ils façonnent, d’où la nécessité de mettre en avant davantage la responsabilité des médias traditionnels. Quant à Mohamed Amine Jardani, magistrat détaché auprès de la Direction des affaires pénales et des grâces et de la détection de la criminalité au ministère de la justice, il a mis en avant l’approche législative adoptée par le ministère pour remédier aux problématiques liées à la désinformation. Il a, à cet égard, exposé l’arsenal législatif national en matière de lutte contre les fausses informations, soulignant que le ministère estime qu’il est temps d’apporter des modifications aux textes juridiques afin de prendre en compte la criminalisation de certains actes inhérents à la désinformation, l’objectif étant d’assurer une sécurité juridique et judiciaire suffisante aux citoyens.

Menace
Révolution numérique. Les fake news constituent une menace pour la mémoire collective, les valeurs communes et la confiance de la société dans ses institutions, a indiqué, mercredi à Rabat, le ministre de la jeunesse, de la culture et de la communication, Mohamed Mehdi Bensaid. S’exprimant lors de la même réunion sur le thème «La lutte contre les fake news : approches et regards croisés», M. Bensaid a affirmé que le Maroc, sous la sage conduite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, est convaincu que la construction d’une société consciente et immunisée passe par l’instauration d’un environnement médiatique sain, où triomphe l’information fiable et sûre. Dans le contexte de la révolution numérique, l’accès à l’information fiable est de plus en plus menacé, a-t-il estimé, ajoutant que «l’information n’est plus seulement une nouvelle, mais est devenue un outil pouvant être mobilisé pour semer la discorde, déformer les faits, porter atteinte aux institutions et affaiblir l’immunité nationale. Selon lui, l’espace médiatique et numérique au Maroc, à l’instar des autres pays, connaît des mutations rapides qui ont une incidence sur le mode de production et de consommation de l’information, ainsi que sur les modèles connus de production et de diffusion de l’information. La diffusion rapide de l’information, dans le contexte des changements imposés par la «révolution numérique», implique la perturbation du processus de vérification des informations, ce qui augmente le nombre des fake news et des rumeurs et, par ricochet, peut aboutir à la désinformation et à la falsification des faits, a-t-il fait observer. À cet égard, le ministre a fait savoir que «ce contexte nécessite le renforcement des médias publics et privés nationaux et la production de l’information de manière transparente et rapide», soulignant l’importance de soutenir la presse d’investigation spécialisée dans la vérification des faits (fact-checking), considérée comme la première ligne de défense de la crédibilité de l’information.