EditorialUne

Esprit d’Hippocrate

© D.R

En début de semaine, face aux parlementaires, le ministre de la santé a fait un choix politique courageux : celui de ne pas contourner les questions qui dérangent. Pas même celles que certains de ses prédécesseurs préféraient tenir à distance, comme les pratiques du chèque de garantie et du «noir» dans certaines cliniques privées. Des sujets longtemps traités comme des non-dits, alors qu’ils relèvent d’une réalité que nul ne peut raisonnablement nier.

Ces dérives ne sont heureusement pas généralisées. Il serait tout aussi injuste que contre-productif d’accuser l’ensemble du secteur privé. De nombreuses cliniques opèrent aujourd’hui selon des standards élevés de qualité, de professionnalisme et de transparence, et constituent un maillon essentiel de l’offre de soins nationale. Mais le problème, dans ce domaine comme dans d’autres, est que les dysfonctionnements font toujours plus de bruit que les bonnes pratiques. Et finissent, à force, par ternir l’image de tous.

Les chiffres avancés par le ministre ont eu le mérite de poser le débat sur un terrain factuel. Ils révèlent l’ampleur de ce qui relève moins d’un phénomène que d’une anomalie persistante. Plus encore, l’annonce de suspensions totales ou partielles de cliniques à la suite de contrôles menés par les services du ministère envoie un message clair : l’État n’entend plus fermer les yeux. L’ère de la tolérance implicite semble bel et bien révolue. Qu’à cela ne tienne.

Mais l’arsenal répressif, aussi nécessaire soit-il, ne suffira pas à lui seul. Inspections, contrôles et sanctions sont indispensables pour rétablir l’ordre, pas pour refonder la confiance. Cette dernière ne pourra être durable que si elle est portée de l’intérieur.
La véritable bataille est donc éthique. Elle incombe d’abord aux professionnels de la santé eux-mêmes, à ceux qui ont prêté serment, et qui savent mieux que quiconque que la médecine n’est pas un commerce ordinaire. Moraliser les pratiques n’est pas une contrainte imposée de l’extérieur : c’est une responsabilité collective.  Saâd Benmansour

Lire votre journal

EDITO

Couverture

Nos suppléments spéciaux