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Panorama complet du tissu entrepreneurial en 2024: Dynamisme et enjeux selon l’Observatoire de la tpme

© D.R

Tissu entrepreneurial.
Malgré la dynamique observée en 2024, le tissu entrepreneurial marocain reste marqué par des fragilités. Le dernier rapport de l’OMTPME met en lumière les défis persistants. Décryptage.


L’Observatoire marocain de la très petite et moyenne entreprise (OMTPME), relevant de Bank Al-Maghrib, dresse un tableau contrasté de l’écosystème entrepreneurial marocain. Dans son sixième rapport annuel, rendu public mercredi à Casablanca, l’OMTPME révèle des fragilités persistantes et des enjeux à relever pour renforcer la contribution de ce tissu productif à la croissance. Amal Idrissi, directrice exécutive de l’OMTPME, énumère des signes d’alerte parmi lesquels la hausse des dissolutions des entreprises âgées de 2 à 5 ans. Un constat qui met en lumière l’importance de renforcer l’accompagnement, la structuration et l’accès au financement durant cette phase critique de leur développement. Les disparités territoriales fragilisent pour leur part la dynamique entrepreneuriale. Certaines régions affichent des évolutions plus modestes en matière d’emploi, d’exportation ou de création d’entreprises. L’OMTPME souligne dans ce sens la nécessité d’un soutien différencié pour favoriser un développement plus équilibré à l’échelle nationale.

De même, l’entrepreneuriat féminin reste limité en proportion et ce en dépit de la progression constatée. L’OMTPME observe dans ce sens une forte concentration dans quelques secteurs principalement la santé et l’enseignement. On relève également des disparités en termes d’accès au financement. Se référant à l’ONTPME, la structure du financement bancaire montre que les jeunes entreprises, les TPE, ainsi que celles dirigées par des femmes, accèdent moins facilement au crédit que les grandes entreprises et les entreprises matures.

Ce constat s’inscrit dans une tendance plus large observée dans la région MENA, où les TPE et les femmes entrepreneures font face à des contraintes similaires, souvent plus prononcées. « En effet, le Maroc se positionne parmi les pays les mieux classés de la région en matière d’accès des TPE et des PME au financement, avec une part du crédit qui demeure supérieure à la moyenne MENA », révèle Mme Idrissi lors de la présentation du Rapport annuel de l’OMTPME. Et de poursuivre: «Ce positionnement favorable souligne néanmoins la nécessité de poursuivre les efforts pour réduire les écarts restants ». Selon l’Observatoire, la nouvelle charte de la TPE représente une avancée majeure, dans la mesure où elle a pour objectif de simplifier et d’étendre l’accès au financement à l’ensemble des entreprises constituées en personnes morales, avec une attention particulière portée aux petites structures et aux jeunes entreprises.

En parallèle, la proportion encore élevée d’emplois faiblement rémunérés impose la poursuite des efforts pour favoriser une progression salariale au-delà du seul relèvement du SMIG. Le rapport annuel de l’OMTPME dresse un panorama détaillé du tissu entrepreneurial à fin 2024. Ainsi, le nombre total des entreprises personnes morales actives (EPMA) a progressé de 1,3 % comparé à une année auparavant grimpant ainsi à 380.230 entités. 65 % de ces entreprises sont concentrées sur l’axe de Tanger-El Jadida. Sur le plan sectoriel, le commerce reste l’activité dominante dans huit régions, avec une part nationale de 28,3 %, tandis que la construction s’impose comme activité principale dans les autres régions, représentant 23 % au niveau national, suivie des activités spécialisées, scientifiques et techniques avec une part de 9,4 %. Quant à l’industrie manufacturière, elle représente 6,4 % de l’effectif total.

Les EPMA dont le chiffre d’affaires est inférieur à 10 millions DH représentent, pour leur part, 94 % du tissu national. Par ailleurs, les PME, avec un chiffre d’affaires compris entre 10 et 175 millions DH, en constituent 5,5 %, tandis que les grandes entreprises, dépassant 175 millions DH, ne représentent que 0,5 %. Sur le plan juridique, la SARL reste la forme dominante au plan démographique avec une part de près de 52 %. Pour sa part, la SARL-AU continue à être attractive avec une progression de 6,4 % sur la période 2023-2024. Dans l’ensemble, 96.000 entreprises ont été créées en 2024 dont 68.000 entreprises personnes morales avec une hausse de 2 % par rapport à l’année précédente. Cette évolution est portée par les personnes morales avec une évolution de 5,5 %, alors que les personnes physiques se sont repliées de 5,7 %.

En parallèle, les dissolutions des EPMA ont augmenté de 6,3 % en 2024, soit 11.596 entreprises. Une tendance observée dans toutes les régions du Maroc à l’exception des régions de Fès-Meknès, Souss-Massa et Béni Mellal-Khénifra. En ce qui concerne le chiffre d’affaires, il s’est établi en cumulé à 2.628,1 milliards DH, en hausse de 9,4 % après une croissance de 5,3 % observée en 2023. Se référant à l’OMTPME, les entreprises générant moins de 10 millions DH participent à hauteur de 9,7 % à ce chiffre, tandis que les PME générant un chiffre d’affaires entre 10 et 175 millions DH représentent 26,6 %.

Les grandes entreprises dont le chiffre d’affaires est supérieur à 175 millions DH y contribuent à hauteur de 63,7 %. Pour ce qui est des emplois déclarés à la CNSS, ils ressortent à 4.067.593 postes en 2024, soit une hausse annuelle de 2 %. « Le nombre total des EPMA déclarantes a également augmenté de 3,4 %, entre 2023 et 2024, pour atteindre 343.350 », relève-t-on de l’OMTPME indiquant que la répartition régionale de ces EPMA en 2024 montre une progression positive dans l’ensemble des régions, à l’exception de Béni Mellal-Khénifra (-1,4 %) et de l’Oriental (- 0,3 %).

La région de Marrakech-Safi se distingue avec une hausse de 5,9 %. Du côté de l’entrepreneuriat féminin, les entreprises dirigées par des femmes (60.363 EPMA) constituent 15,5 % de la sphère globale. « Les parts les plus élevées sont observées dans les régions de Marrakech-Safi avec 18,4 %, Rabat-Salé-Kénitra 17,9 % et Casablanca-Settat 16,2 % », fait savoir l’Observatoire. En termes d’activité, l’entrepreneuriat féminin se concentre dans les « autres activités de services » avec 45 %, la « santé humaine et action sociale » avec 43,1 % et l’ « enseignement » avec 30,2 %. Par âge d’entreprise, la part des EPMA dirigées par des femmes atteint 17,8 % pour les entreprises de moins de deux ans et 16,6 % pour celles âgées de 2 à 5 ans. Elle recule à 12,7 % dans les entreprises de plus de 10 ans. Si l’OMTPME met en évidence des dynamiques positives, des enjeux sont à relever. Citons en premier le renforcement de l’accompagnement de la consolidation des jeunes entreprises. La finalité étant d’asseoir leur pérennité et leur capacité à contribuer durablement à la croissance.

De même, la concentration structurelle des activités économiques sur l’axe Tanger El-Jadida met en évidence l’importance de fédérer les efforts pour un développement ciblé et plus homogène, en soutenant les secteurs et régions qui disposent de marges de progression. Parmi les enjeux à relever l’Observatoire cite la facilitation de l’accès des TPE aux dynamiques à l’export à travers leur accompagnement dans le financement, l’investissement, l’innovation et le développement des compétences.

Un éclairage inédit sur l’entrepreneuriat, la productivité et l’inclusion digitale en 2026

Publications. L’année 2026 apportera un éclairage encore plus détaillé du tissu entrepreneurial. L’Observatoire se penche actuellement sur la finalisation de 4 publications stratégiques menées dans le cadre du partenariat qui le lie avec la Banque mondiale. Ces travaux, dont la publication est prévue au titre du premier semestre 2026, porteront sur l’entrepreneuriat féminin et l’emploi des femmes dans le secteur manufacturier ainsi que sur l’impact des délais de paiement sur la productivité. Une analyse de la dynamique des entreprises et de la productivité sera également rendue publique au cours dudit semestre et ce au même titre qu’une enquête sur la transformation digitale des entreprises. Notons que sur le plan méthodologique, l’OMTPME développe, en permanence, des outils propriétaires de fiabilisation de données. L’institution a développé trois outils en interne. Il s’agit en effet de fiabiliser la lecture territoriale des entreprises à travers un algorithme de géolocalisation et de référencement des entreprises. L’Observatoire a par ailleurs développé un outil basé sur une méthode de similarité sémantique, qui permet d’automatiser les correspondances pertinentes entre les activités, avec des scores mesurant leur degré de similarité. Il a été procédé également au développement d’un algorithme hybride combinant le Machine learning et des outils de l’IA de type (LLM) pour identifier de manière fiable le genre, permettant la production de données désagrégées par genre, essentielles à des politiques d’inclusion crédibles.

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