EditorialUne

Le paramètre gouvernance

© D.R

Le maillage sanitaire du territoire est en train de changer d’échelle. La mise en service imminente de deux nouveaux Centres hospitaliers universitaires à Rabat et à Laâyoune, alors que d’autres complexes similaires sont en phase de travaux très avancés, marque une accélération tangible de la réforme du système de santé (lire l’article en page 12).

Ces nouveaux pôles ne sont pas de simples hôpitaux supplémentaires. Ils incarnent une nouvelle génération d’infrastructures sanitaires, à la croisée de la formation médicale, de la recherche et de la prestation de soins de haut niveau.

Pensés comme de véritables locomotives régionales, les CHU sont appelés à être la pièce maîtresse de la nouvelle architecture sanitaire fondée sur les Groupements territoriaux de santé (GST). Une architecture dont la généralisation est prévue à partir de 2026, après le retour d’expérience de la phase pilote lancée dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima. L’objectif est clair : sortir d’une gestion centralisée et fragmentée pour aller vers une organisation territoriale intégrée, plus agile et plus proche des besoins réels du terrain.

Car pendant longtemps, les politiques publiques de santé avaient tendance à se concentrer sur deux variables : l’augmentation des capacités d’accueil et la formation des ressources humaines. Des choix nécessaires, certes, mais qui se sont révélés insuffisants. Les différents plans sectoriels ont montré leurs limites lorsqu’ils n’étaient pas accompagnés d’une réforme profonde de la gouvernance. Les investissements, même lourds, dans les infrastructures et les compétences ne peuvent produire pleinement leurs effets que s’ils sont articulés dans une logique de gestion territoriale cohérente des ressources, adaptée aux spécificités locales.

C’est justement cette rupture que consacre aujourd’hui la réforme en cours. En donnant un rôle central aux acteurs régionaux, en rapprochant la décision du terrain et en décloisonnant les parcours de soins, le système de santé se dote enfin des leviers nécessaires pour gagner en efficacité et en équité. La véritable réforme n’est donc pas seulement celle des murs ou des effectifs, mais celle de la gouvernance. Et c’est sans doute là que réside la condition essentielle pour transformer, durablement, l’accès aux soins d’un slogan en réalité palpable.

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