EditorialUne

Ambivalence schizophrénique

© D.R

La grande annonce faite par le président du RNI, Aziz Akhannouch, de ne pas briguer un troisième mandat à la tête du parti a, sans surprise, provoqué une onde de choc dans l’opinion publique. Il faut dire que l’éventualité paraissait presque inconcevable.

À l’heure où le parti bénéficie d’un momentum politique rare, porté par un bilan gouvernemental que même ses adversaires peinent à ignorer, peu de monde, dans les cénacles politiques comme dans les cercles partisans, imaginait un tel scénario.

Mais c’était oublier une réalité bien ancrée : la culture du passage volontaire du flambeau, dans le respect strict des règles et de la démocratie interne, reste une exception dans notre paysage politico-partisan. Surtout lorsque le dirigeant en question est auréolé de résultats positifs. Dans d’autres formations, des bilans nettement moins reluisants servent pourtant de tremplin à des troisièmes, quatrièmes, voire énièmes mandats. Parfois même à des présidences à durée indéterminée, textes et règlements intérieurs devenant alors de simples suggestions décoratives.
Dès lors, voir un patron de parti – et pas n’importe lequel – annoncer calmement qu’il s’en tient à deux mandats, par conviction et par respect des règles qu’il s’est lui-même imposées, aurait pu relever de l’évidence démocratique. Mais ce serait mal connaître certains réflexes bien rodés. Car au lieu de saluer un geste politique rare, assumé et finalement sain, certains ont préféré convoquer leur imagination fertile. Analyses «stratégiques», théories de coulisses, pressions supposées, calculs cachés… Tout y passe. À croire qu’en politique, respecter la loi et faire confiance à l’intelligence des Marocains est devenu suspect.

Le plus savoureux reste sans doute cette contradiction permanente : s’il avait annoncé sa candidature à un troisième mandat, les mêmes voix auraient crié au scandale, dénonçant l’avidité de pouvoir et l’absence de renouvellement. Maintenant qu’il choisit de se retirer, elles évoquent l’échec, la défaite ou une fuite déguisée. Décidément, quoi qu’il fasse, le problème n’est jamais la décision, mais celui qui la prend.
La vérité est peut-être plus simple, et donc moins spectaculaire: pour une fois, un responsable politique a décidé de partir au sommet, sans y être contraint. Un geste banal dans les démocraties mûres, mais encore suffisamment rare chez nous pour déranger. Et si le véritable malaise venait justement de là : voir que l’on peut quitter le pouvoir sans drame, sans crise et sans y être forcé. Une idée finalement beaucoup plus subversive qu’il n’y paraît.

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