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Paris sportifs illégaux : La contre-attaque de l’État passe à la vitesse supérieure

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Après des mois d’actions judiciaires et de sensibilisation, la riposte s’intensifie pour protéger l’économie nationale, le sport et les citoyens

Manne colossale

Le Maroc durcit le ton face aux opérateurs de paris sportifs illégaux. Une décision judiciaire majeure vient d’enjoindre aux opérateurs télécoms de bloquer l’accès aux plateformes non autorisées, marquant une nouvelle étape dans la bataille menée par l’État et la MDJS. En toile de fond, des milliards de dirhams drainés hors du cadre légal et un enjeu stratégique pour le financement du sport et la protection des citoyens.

La bataille que mène l’État marocain contre les opérateurs de paris sportifs illégaux est en train de franchir un tournant décisif. Avec la Marocaine des Jeux et des Sports (MDJS) en première ligne, la riposte de la légalité commence visiblement à produire des résultats concrets. Dernière victoire en date, et non des moindres : le tribunal de commerce de Casablanca a récemment notifié aux trois opérateurs télécoms nationaux – Maroc Telecom, inwi et Orange – de procéder au blocage de l’accès aux plateformes et sites de paris sportifs opérant sans autorisation sur le territoire national. Une décision judiciaire lourde de sens qui marque un durcissement clair de la réponse institutionnelle face à une économie parallèle aussi tentaculaire que préjudiciable.

Cette décision s’inscrit dans le prolongement d’un long processus engagé par la MDJS, société publique investie par la loi d’un monopole d’État en matière de jeux et de paris sportifs. Selon des sources proches du dossier, la direction de la MDJS a été reçue ces derniers jours par le procureur général puis par le procureur du Roi afin de confirmer et étayer sa plainte contre les opérateurs illégaux. Dans la foulée, la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) s’est saisie du dossier et a entamé son instruction. Quelques jours auparavant déjà, cette même brigade avait procédé à une série d’auditions d’influenceurs soupçonnés d’avoir fait la promotion, sur les réseaux sociaux, de plateformes de paris non autorisées, contribuant ainsi à banaliser et à amplifier le phénomène.

Car l’enjeu dépasse largement le cadre juridique ou concurrentiel. Il est avant tout économique, financier et sociétal. Selon des estimations concordantes, le marché des paris sportifs illégaux au Maroc représenterait près de 3,5 milliards de dirhams par an, soit environ 40 % du marché total des mises. Une manne colossale qui échappe totalement aux circuits légaux, fiscaux et réglementaires. À elle seule, cette activité illicite priverait l’État de plus de 700 millions de dirhams de recettes annuelles, dont près de 500 millions de dirhams de pertes pour le Fonds national de développement du sport et environ 200 millions de dirhams de manque à gagner fiscal direct pour le Trésor public. Des ressources qui pourraient pourtant être mobilisées pour financer les infrastructures sportives, la formation, la jeunesse et les disciplines émergentes, dans un contexte où l’État multiplie les efforts pour élargir l’assiette fiscale et soutenir les politiques publiques.

C’est d’ailleurs ce constat alarmant qu’avait exposé, chiffres à l’appui, le directeur général de la MDJS, lors du forum international sur le sport organisé le 18 décembre dernier à la Chambre des représentants. Devant des parlementaires, des experts et des professionnels du secteur, il avait rappelé le rôle central de la MDJS dans le financement du sport national et mis en lumière les dégâts causés par une économie parallèle largement alimentée par des opérateurs étrangers tels que 1XBET, MELBET, MARSBET, CWINZ ou MEDINABET. Des plateformes qui opèrent en toute illégalité, sans aucune contribution fiscale ni respect des règles de protection des consommateurs, exposant les joueurs à des risques majeurs : non-paiement des gains, exploitation abusive des données personnelles, manipulation des cotes et absence totale de recours.

Au-delà du cas marocain, le phénomène est mondial. Selon certaines estimations, ces entreprises « voyous » capteraient à l’échelle internationale près de 10.000 milliards de dirhams de mises, tout en opérant au grand jour, sponsorisant des clubs prestigieux, s’affichant dans les stades européens et diffusant leurs applications sur les grandes plateformes numériques. Paradoxalement, beaucoup de ces entités seraient basées, via des structures-écrans, au cœur même de l’Europe. Face à cette réalité, le Maroc fait figure de pionnier en osant engager des actions judiciaires contre ces géants de l’illégalité, là où d’autres États hésitent encore.

Visiblement, l’étau est en train de se resserrer autour de ces pirates du jeu qui prospéraient jusqu’ici dans une quasi-impunité. En bloquant l’accès à leurs plateformes, en poursuivant leurs relais locaux et en affirmant la primauté de la loi, l’État marocain envoie un signal fort : celui de la protection de l’économie nationale, du sport et de la société contre une activité illicite aux dérives multiples. Une bataille de longue haleine, certes, mais dont les premiers succès montrent que la légalité peut, elle aussi, reprendre l’avantage.

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