EditorialUne

Un cap à consolider

© D.R

Le Budget économique prévisionnel, publié chaque année à la même période par le HCP, consacre un moment charnière pour l’économie marocaine. Celui de cette année l’est davantage.

Car après une séquence longue et éprouvante, faite de chocs sanitaires, de sécheresses à répétition et de tensions inflationnistes importées, le pays semble enfin retrouver une trajectoire de croissance plus soutenue et surtout plus lisible. Cette dynamique s’inscrit pourtant dans un environnement international loin d’être porteur, marqué par le ralentissement de l’économie mondiale, la fragmentation des échanges et la persistance d’incertitudes géopolitiques majeures. Dans ce contexte contraint, la performance annoncée n’en est que plus significative.

Avec une croissance attendue de 5% en 2026, après 4,7% en 2025, le Maroc se positionne à contre-courant d’une économie mondiale qui devrait plafonner à 2,9%. Ce décalage ne vient pas de nulle part. Il traduit la capacité de l’économie nationale à mobiliser ses leviers internes et à amortir les chocs externes. Le redressement du secteur agricole en constitue le premier pilier. Grâce à une campagne 2025-2026 supérieure à la moyenne, soutenue par l’amélioration des conditions climatiques et la reconstitution progressive des ressources hydriques, la valeur ajoutée agricole devrait bondir de plus de 10%. L’agriculture redevient ainsi, au moins conjoncturellement, un moteur puissant de la croissance, avec ses effets d’entraînement sur les revenus, la consommation et l’équilibre social.

Mais expliquer cette dynamique par le seul facteur agricole serait réducteur. Les indicateurs du BEP 2026 mettent clairement en évidence la solidité croissante du tissu productif non agricole. Les secteurs secondaire et tertiaire confirment leur résilience, avec des rythmes de croissance soutenus avoisinant 4 à 4,5%. Industrie, BTP, services marchands, tourisme, transport et logistique bénéficient de la poursuite des grands chantiers d’infrastructures, de l’effort d’investissement public et privé, ainsi que des politiques de transformation industrielle engagées ces dernières années. La demande intérieure demeure, dans ce schéma, le socle central de l’activité économique, portée par la consommation des ménages, l’investissement et les mécanismes de soutien social.

Cette configuration dessine en fait les contours d’une économie plus robuste, capable d’avancer malgré les vents contraires. Elle rappelle toutefois, en filigrane, une réalité structurelle : la croissance marocaine reste largement tirée de l’intérieur. Si cette dynamique constitue aujourd’hui une force, elle pose aussi la question de sa soutenabilité à moyen terme.

Désormais, la vraie équation ne sera donc plus seulement de croître, mais de mieux croître : en transformant l’élan conjoncturel actuel en un moteur structurel durable, moins dépendant des aléas et davantage ancré dans la création de valeur, la compétitivité et l’ouverture maîtrisée sur le monde.

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