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Economie du soin au Maroc : Le CESE appelle à la mise en place d’une stratégie nationale

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Ce travail est majoritairement assuré par des femmes. 

Avis : Le Conseil économique, social et environnemental a publié un avis qui dresse un état des lieux de la situation du soin à autrui au niveau national. Le CESE estime que le Maroc devrait se doter d’une stratégie nationale, structurée, ambitieuse et intégrée qui s’articule autour de quatre axes. Les détails.

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a présenté mercredi à Rabat les grandes lignes de son avis intitulé «Reconnaître et organiser l’économie du soin à autrui au Maroc : enjeux et perspectives». Cet avis dresse un état des lieux de la situation du soin à autrui au niveau national et propose des mesures visant à reconnaître formellement ce travail. Selon la définition proposée par l’Organisation Internationale du travail (OIT), il s’agit de «l’ensemble des activités et relations visant à répondre aux besoins physiques, psychologiques et émotionnels des personnes, en particulier les enfants, les personnes âgées, les malades et les personnes en situation de handicap». Ces activités regroupent à la fois le travail de soin rémunéré (aides à domicile, infirmières, éducateurs, assistantes maternelles aux enfants âgés de moins de 6 ans…) et le travail de soin non rémunéré (soutien apporté dans la sphère domestique ou communautaire) pour apporter des soins à autrui directs (nourrir un nouveau-né, dispenser des soins un conjoint malade, etc.) ou indirects (à la cuisine, le ménage et d’autres tâches ménagères courantes, souvent désignées comme «tâches domestiques»). Dans son avis le CESE fait remarquer que le Maroc fait face à des mutations démographiques et sociétales profondes : augmentation de l’espérance de vie, vieillissement accéléré de la population, progression des maladies chroniques et évolution des structures familiales, avec réduction des tailles des ménages (nucléaires, unipersonnels) et l’essoufflement progressif des solidarités traditionnelles. Ces changements exercent une pression croissante sur les dispositifs de prise en charge existants et entraînent une augmentation soutenue des besoins en soins à autrui. Cela dit, le CESE note que les structures et services de prise en charge relevant des secteurs public et privé restent encore insuffisants pour répondre valablement à ces besoins. L’offre disponible est limitée et inégalement répartie sur le territoire, et les programmes sectoriels destinés particulièrement aux enfants, aux personnes âgées, aux femmes et aux personnes en situation de handicap sont fragmentés. Longtemps invisible, insuffisamment reconnu et peu structuré, ce travail est majoritairement assuré par les femmes. Il engendre des coûts sociaux et économiques importants : renforcement des inégalités entre les sexes, fragilisation des parcours professionnels et réduction de la participation des femmes à la vie économique, sociale et politique. Selon le HCP, l’intégration du travail non-rémunéré dans les comptes économiques ferait croître le PIB national de 19 %, dont 16 % seraient imputables aux femmes.

Les principales recommandations du Conseil

Le CESE estime que le Maroc devrait se doter d’une stratégie nationale du soin à autrui, structurée, ambitieuse et intégrée, susceptible de faire du soin un levier structurant de développement humain, de protection sociale et de création de valeur économique durable. Ainsi, la stratégie nationale proposée s’articulerait autour de quatre axes complémentaires. Le premier axe vise à ériger le soin à autrui en priorité nationale et à en assurer une gouvernance intégrée. À cet effet, le CESE recommande de mettre en place un mécanisme national de gouvernance dédié, chargé du pilotage stratégique, de la coordination intersectorielle, du suivi et de l’évaluation de la stratégie nationale du soin à autrui. Il s’agit également de décliner la stratégie nationale en plans d’action régionaux et locaux, adaptés aux besoins spécifiques des territoires et des populations. Le deuxième axe porte sur la valorisation des métiers du soin et la reconnaissance de celles et ceux qui en assurent la continuité. À ce titre, le CESE préconise notamment de structurer et professionnaliser les métiers du soin, à travers une nomenclature nationale, une cartographie territoriale des besoins et un cadre national de formation, de certification et de reconnaissance des compétences. Il est aussi question de mettre en place des conditions de travail décentes et une protection sociale effective pour l’ensemble des professionnels du soin. Le troisième axe vise à assurer une répartition équitable du soin via des dispositifs inclusifs et solidaires. Il s’agit notamment d’investir massivement dans les infrastructures sociales de base (crèches, établissements médico-sociaux et services à domicile), afin de réduire la charge de soin non-rémunéré. Le CESE recommande également d’élargir les critères d’éligibilité des programmes sociaux dans le cadre du RSU, en intégrant systématiquement les besoins en soin des ménages, afin de mieux cibler les bénéficiaires et d’accroître l’impact social de la protection sociale. Parmi les autres recommandations figurent la mise en place des dispositifs légaux et organisationnels (congés sociaux, horaires flexibles, télétravail) favorisant une conciliation effective entre vie professionnelle et vie familiale et l’instauration d’ un cadre fiscal incitatif pour l’économie du soin à autrui, incluant des avantages fiscaux pour les familles et les professionnels du secteur, ainsi que l’exonération de la TVA sur les services de soin à domicile et les prestations essentielles de soutien à l’autonomie des personnes vulnérables et à besoins spécifiques. Quant au quatrième axe, il porte sur le développement d’une économie du soin adaptée aux réalités et aux valeurs marocaines. Le CESE préconise, dans ce sens, d’encadrer et renforcer les dispositifs de prise en charge solidaire tels que les familles d’accueil pour personnes vulnérables, en instaurant un cahier des charges national et en mobilisant des aides financières et logistiques dédiées. Le CESE suggère de mettre en place des dispositifs de financement et d’incitation ciblés (partenariats public-privé, contrats à impact social, financements basés sur les résultats) pour soutenir des projets de soin à fort impact social.