CouvertureEconomieUne

Minerais critiques : le Maroc au cœur du nouvel ordre mondial

© D.R

«Le Maroc peut donc jouer un rôle clé à cet égard et nous sommes très heureux qu’il soit ici aujourd’hui à la table avec nous», Marco Rubio.

Le Maroc composte son ticket pour un siège de choix dans le domaine des minerais critiques. Le rôle du Maroc a d’ailleurs été souligné par le département d’Etat américain. Le Maroc joue un «rôle clé» dans les efforts visant à sécuriser et à diversifier les chaînes d’approvisionnement mondiales des minerais critiques, a affirmé, mercredi à Washington, le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio. Intervenant lors d’une conférence de presse en marge d’une réunion ministérielle sur les minerais critiques, organisée au siège du département d’Etat américain, M. Rubio a expliqué que le Maroc a un «rôle clé à jouer en raison des gisements dont il dispose, mais aussi en raison de la volonté du Royaume d’investir dans la transformation et de sa coopération en acceptant de prendre part à cette initiative mondiale». «C’est important pour le Maroc, qui peut jouer un rôle de premier plan, car il dispose de réserves minérales importantes dont il peut tirer parti pour développer son économie», a poursuivi le chef de la diplomatie américaine. M. Rubio a estimé qu’à l’instar des autres pays du globe, le Royaume a «intérêt à disposer d’un approvisionnement fiable et diversifié à travers le monde en matériaux transformés, finis et raffinés pouvant être utilisés de manière rentable pour favoriser son développement économique». «Le Maroc peut donc jouer un rôle clé à cet égard, et nous sommes très heureux qu’il soit ici aujourd’hui à la table avec nous», a dit le secrétaire d’Etat américain en marge de cette rencontre qui a réuni des ministres des affaires étrangères et de hauts responsables de plus d’une cinquantaine de pays, dont le ministre des affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita.

Zone commerciale
La séance d’ouverture de la réunion a été marquée par la participation du vice-président américain JD Vance. Les discussions se sont focalisées sur les investissements dans les minerais critiques et les mécanismes de prix plancher. Les participants ont, en outre, lancé le «Forum sur l’engagement géostratégique dans le secteur des minerais et des ressources». Le vice-président américain a plaidé pour la création d’une zone commerciale préférentielle pour les minerais critiques. Intervenant à l’ouverture d’une réunion ministérielle sur les minerais critiques, organisée par les Etats-Unis avec la participation d’une cinquantaine de pays, M. Vance a souligné que cette future zone sera un «mécanisme concret à même de rétablir un marché mondial des minerais critiques plus sain et plus compétitif». Cette zone commerciale préférentielle offrira une protection vis-à-vis des perturbations externes grâce aux prix planchers, a-t-il expliqué. «Nous établirons des prix de référence pour les minerais critiques à chaque étape de la production, qui refléteront la juste valeur marchande réelle», a ajouté le vice-président américain. De son côté, le secrétaire d’État américain a fait observer que les minerais critiques sont indispensables pour les économies modernes, et constituent un pilier essentiel pour les infrastructures, l’industrie ainsi que la défense. Il a, en outre, indiqué que l’administration américaine actuelle œuvre pour assurer la mise en place «d’un marché mondial sûr et d’un approvisionnement durable et accessible à toutes les nations, à un coût abordable», assurant qu’il s’agit d’une «priorité absolue». «Chacun ici a un rôle à jouer (…) et les États-Unis sont prêts à se tenir aux côtés de chacun d’entre vous alors que nous entrons dans cette nouvelle ère de prospérité et de sécurité partagées», a-t-il ajouté, exprimant l’espoir que cette réunion ministérielle débouche sur des «actions concrètes». La réunion ministérielle, organisée par le chef de la diplomatie américaine, vise à échanger sur les solutions permettant de sécuriser et diversifier les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques.

Participation mondiale
Cette rencontre a réuni des ministres des affaires étrangères et de hauts responsables de plus d’une cinquantaine de pays, notamment l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, le Qatar, la Jordanie, le Bahreïn, Oman, la France, la Belgique, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, la Norvège, la Suède, l’Inde, le Japon, la République de Corée, Singapour, l’Argentine, le Brésil, le Mexique et l’Australie.
Les minerais critiques regroupent des dizaines de matériaux stratégiques tels que le cobalt, le nickel, le manganèse, le graphite et le lithium. Ils englobent également les terres rares, une catégorie bien définie de 17 éléments métalliques. Ces ressources sont essentielles à de nombreuses technologies du quotidien, les terres rares entrant notamment dans la fabrication des smartphones ainsi que dans celle des moyens de transport. Qualifiée d’«historique», cette réunion devrait promouvoir les efforts visant à renforcer et à diversifier les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, selon un communiqué de la diplomatie américaine. La conférence devrait également créer une dynamique de collaboration afin de garantir l’approvisionnement en ces composants essentiels à l’innovation technologique, à la puissance économique et à la sécurité nationale. Outre J.D. Vance et Marco Rubio, d’autres personnalités américaines devraient prononcer des allocutions à cette occasion, notamment l’assistant spécial du président américain et directeur principal des chaînes d’approvisionnement mondiales, David Copley, et le sous-secrétaire d’État aux affaires économiques, Jacob Helberg. «Sous le leadership de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Royaume du Maroc offre une pertinence géostratégique incomparable, une visibilité attractive et un partenariat responsable» en matière de minerais critiques, notamment à travers son positionnement géographique, les ressources et les infrastructures dont il dispose, ainsi que sa fiabilité et sa stabilité politiques, a déclaré le ministre des affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger lors de la réunion ministérielle sur les minerais critiques (voir encadré).

Pacte mondial.
Terres rares. M. Bourita a souligné que le monde d’aujourd’hui ne manque pas de minerais, ni de terres rares. «Ce qui lui manque, c’est un développement responsable, un langage de confiance entre les nations, des cadres transparents où le partenariat remplace la dépendance et des chaînes de valeur qui répartissent la prospérité plutôt que de concentrer les risques», a-t-il précisé. Le ministre a, ainsi, appelé à un «pacte de loyauté entre producteurs, transformateurs et utilisateurs, fondé non pas sur l’idéologie, mais sur le respect stratégique et l’équilibre souverain». «L’Afrique devrait être au cœur du pacte entre les producteurs, les transformateurs et les utilisateurs», a soutenu M. Bourita, qui a rappelé que Sa Majesté le Roi Mohammed VI avait appelé, dans le message royal adressé aux participants à l’édition 2025 du Forum «Ibrahim Governance Weekend» qu’«avec 40% des réserves mondiales de matières premières et 30% des minerais critiques ainsi qu’un potentiel considérable en ressources minières, énergétiques, hydriques, agricoles et biologiques, l’Afrique ne peut plus se contenter d’exporter ses matières premières».
Ainsi, le ministre a appelé à «l’investissement dans les infrastructures, les compétences et la gouvernance de l’Afrique afin de transformer ses richesses naturelles en croissance économique durable, en création d’emplois et en prospérité à long terme pour ses populations».